Avec la Coupe du monde de football en Russi, les compagnes de footballeurs (Wags) vont susciter leur lot d'attention. Décryptage de cette figure. 
Pamela Anderson, compagne d'Adil RamiAFP

De Victoria Beckham à Pamela Anderson

Linda Evangelista, Ludivine Sagna, ou encore Victoria Beckham… Leur point commun, outre celui d’être une femme ? Avoir été une "wag", une "wife and girlfriend". Révélé au début des années 2000, cet acronyme est surtout l’expression d’une figure stéréotypée appliquée à certaines compagnes de joueurs et que qu’on devrait d’ailleurs retrouver à l’occasion de la Coupe du monde de football en Russie, avec les traditionnels : "Les plus belles wags de l’année", "Que font les wags pendant que monsieur tape dans le ballon", "Amitié et rivalité chez les wags" etc. Autant de titres qui se conjuguent encore bien trop uniquement au féminin et qui évoquent une figure indissociable de l'univers du ballon de rond dans ce qu'il a de plus misogyne.

Avant d'être une wag dans les médias, la compagne du joueur de foot de ballon est tout simplement sa compagne, avec ce que cela peut impliquer suivant les époques. Entre les années 30 et 90, la moitié a surtout représenté comme celle qui materne le héros sportif depuis sa cuisine. 

Tout cela change au début du siècle, quand les médias britanniques s’emparent du mot wag. De médias, ce sont en réalité surtout les tabloïds qui vont donner à cet acronyme toute sa dimension performative, notamment au moment de la Coupe du monde de football de 2006. A l’époque, la reine du phénomène wag est Victoria Beckham, épouse de David, star de l'équipe anglaise. Un documentaire est même tourné sur l’organisation d’une soirée de gala au manoir du couple en marge de la compétition.

Si la figure de la wag est née outre-Manche, ce n’est d'ailleurs pas un hasard.

"Le football est né en Angleterre, d’abord dans les milieux aristocratiques avant d’être repris et redéfinit par des milieux plus populaires. Ensuite, c’est encore par l’Angleterre qu’est arrivé le phénomène de starisation des joueurs de football fin 90 et début années 2000. A l’époque, les tabloïds voulaient approcher au plus près la vie des footballeurs en dehors du terrain. Il fallait donc aller regarder dans leur vie privée et dans les tribunes ce qu’il se passait. C’est là que l’attention s’est focalisée sur leurs compagnes. Il y avait même à l’époque des campagnes de ‘’Kiss and tell’’, c’est-à-dire que les tabloïds n’hésitaient pas à payer des jeunes femmes pour leur soutirer ensuite des histoires salaces et des ragots", explique Claude Boli, historien du sport, contacté par Planet.

Ainsi à la traditionnelle recette à succès des tabloïds, sexe plus argent, s’ajoutait la dimension sportive

Wags : mélange des genres et définition de deux paradigmes

Très rapidement la starisation des footballeurs entraîne un mélange de paillettes et de sueur, puisqu’ils sont amenés à rencontrer des personnalités du monde de showbiz ; renforçant encore un peu plus leur exposition. En France, le processus est identique. La fin des années 80 a été marquée par un tournant dans les montants payés pour diffuser les matchs de football qui atteignent désormais des sommets, grâce, notamment, à Canal Plus.

Le foot est devenu un business comme les autres ; ses joueurs ses ambassadeurs, leurs compagnes des faire-valoir. A tout cela s’ajoute la petite étoile gagnée 3-0 face au Brésil il y a 20 ans.

"Après 1998, il y a eu un énorme déclic en France, les journaux people s’emparent des joueurs et de leur vie privée. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder la couverture de Paris Match de décembre 1999 qui montrait Fabien Barthez et Linda Evangelista par exemple", rappelle Claude Boli.

C'est exactement dans ce tourbillon, en France comme outre-Manche, que se contruit la figure de la wag et ses codes, que là-encore, la médiatisation se charge très rapidement de baliser. Deux types d’histoires se retrouvent ainsi dans l’encre mal séchée du papier journal bon marché. Dans la première version, penchant vers le conte pour nouveax-riches, le joueur de football épouse sa petite amie du lycée. Une version qui a tout pour séduire l’Angleterre où les grands clubs se sont développés dans des cités minières. Dans la deuxième version, la wag est un ancien mannequin ou une ancienne chanteuse.

Roturière ou déjà star, la ‘’femme de’’ est dans les deux cas l’archétype de la femme-objet, symbole de la réussite de son mari, existant par et pour lui.

"Belle et toute en féminité : elle est là pour mettre en valeur le joueur. Elle ne doit surtout pas parler de foot et rester maternelle. C’est une figure stéréotypée sur laquelle on pose un regard sexiste. Par exemple, quand elle est la petite amie historique du lycée, l’imaginaire collectif considère qu’elle a acquis ce statut uniquement grâce à son mari, on la soupçonne donc d’être une profiteuse", analyse Claude Boli.

Audrey Keysers, co-auteure avec Maguy Nestoret Ontanon de Football Féminin, La femme est l’avenir du foot, précise. 

"Comme la belle voiture ou la belle montre, avoir une belle femme est un gage de réussite dans l’imaginaire collectif. C’est une consommation comme une autre et qui en l’occurrence pour la wag se retrouve effectivement coincée entre son obligation d’avoir une plastique parfaite et incarne un rôle d’épouse modèle", commente-t-elle.

Les mannequins ou stars déjà rompus à l’exercice médiatique n’échappent pas à ces injonctions. Une interview de Victoria Beckham, par la BBC menée en 2003 illustre assez bien le phénomène : alors qu’elle est déjà une star internationale de la chanson grâce aux Spice Girls, les trois-quarts des questions sont relatives à la carrière de son époux. 

L’antithèse de ‘’la femme de footballeur’’, qu’aurait pu incarner en son temps une certaine Zahia Dehar, n’est pas mieux lotie, car plutôt que de s’intéresser au réseau de proxénétisme avec lequel elle avait prise, elle écope sous de nombreuses plumes du rôle de la tentatrice aguicheuse qui aurait profité de la crédulité des joueurs de foot. Dans ces cas-là, souligne Claude Boli "la wag officielle est priée de soutenir son mari".

Wags : un rôle à la lente évolution

Il n’est pas question de dire que toutes les conjointes de footballeurs ont été des victimes non-consentante de la figure stéréotypée de la wag. Certaines ont parfaitement su - et savent toujours - mener leur barque pour accepter le jeu de la mise en scène et par la même occasion des contrats avec certaines marques qui leur fournissent manteaux et chaussures à porter les soirs de victoire.

Sauf que plus de dix ans après que les tabloïds ont popularisé une certaine image de la femme du joueur de foot, et alors que les sociétés tolèrent de moins en moins les inégalités hommes-femmes et les grilles d’analyses sexiste, les évolutions sont lentes juge Audrey Keysers.

"C’est vrai qu’il y a de plus en plus d’articles pour montrer ce qu’elles font en parallèle dans le domaine de l’entreprenariat ou associatif, qu’elles sont indépendantes en fait. Mais elles n’existeraient pas dans les médias si elles n’étaient pas avec leur conjoint, et ça c’est un regard machiste en soi. Il existe toujours certains réflexes… Quand on s’intéresse par exemple à l’amitié entre les femmes de footballeurs. Est-ce qu’on s’intéresserait à l’amitié entre les femmes de banquiers ?"

A cette dernière question, Claude Boli apporte un élément de réponse.

"Finalement les femmes de footballeurs attirent autant le regard que les femmes des politiques, deux milieux où il est question de puissance et de pouvoir. Dans les deux cas, on se demande d’où l’homme tire sa force, et c’est naturellement vers sa compagne qu’on se tourne. C’est d’ailleurs aussi cette place dans l’intimité du joueur qui nourrit le soupçon à l’égard de la conjointe".

Est-ce à mettre en lien avec la dure lutte qu'a mené le football féminin, longtemps déconsidéré, pour sa médiatisation ? Peut-être pour Audrey Keysers. "Ceux qui trouvent cela normal que les femmes soient enfermées dans cette image de la bonne épouse maternelle et superficielle à la plastique parfaite, sont les mêmes qui diront qu’ils ne regardent pas le football féminin parce que ce n’est pas intéressant, et alors même qu’ils n’en ont jamais vu", explique l’auteure pour qui malgré de timides avancées – comme la suppression des hôtesses sur le Tour de France – il reste encore beaucoup à faire et surtout beaucoup à déconstruire.

Quant à la wag, si Victoria Beckham avait ouvert la voie dans les médias, elle est aussi celle qui a pu se détacher de cette figure qui lui collait à la peau, en s’imposant notamment comme une créatrice de mode depuis. Wag un jour, wag pas toujours.

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