Au lendemain des attaques du 13 novembre 2015 qui ont couté la vie à 130 personnes, nous pouvons constater que nous avons à faire à une double hypocrisie politique en ce qui concerne la question de l'armement des policiers municipaux.

La première de ces hypocrisies résulte des décisions prises par de très nombreux maires au lendemain des ces attaques. Ainsi, il aura fallu les 18 victimes de Charlie Hebdo, suivies des 130 victimes du Bataclan à Paris le 13 novembre 2015 et de très nombreuses victimes à jamais marquées, pour que ces élus locaux viscéralement, ce depuis toujours, opposés à toute idée d'armer leurs policiers municipaux, faisant fis des 13 policiers municipaux abattus depuis 1986 comme si ces 13 victimes n'y suffisaient pas pour passer le Rubicon. Nous ne pouvons croire que les consciences de ces élus locaux se seraient réveillées soudainement au lendemain de ces tueries. Ces décisions pourraient mal cacher de sérieux intérêts bassement politiques à la veille d'un scrutin important au cours duquel les enjeux sécuritaires pourraient bien peser lourd. Hypocrisie politique sans aucun doute.

La deuxième de ces hypocrisies plus sérieuse : les policiers municipaux ne peuvent être dotés que des seules armes prévues par la loi de 1999. Des armes déclarées obsolètes par la police nationale, ce depuis plus de 20 ans et abandonnées par celle-ci pour être remplacées par des armes plus modernes ce dans un autre contexte que celui que nous connaissons aujourd'hui. Des armes elles-mêmes devenues obsolètes face à des armes de guerre. Des armes de guerre de plus en plus utilisées, non seulement par la grande criminalité, mais par les terrotistes. Autant dire que les policiers municipaux qui sont par essence la police de proximité, les premiers sur les lieux, dont la mission est de protéger sont et seront équipés d'armes faisant figure de véritables jouets face à des armes de guerre et  réduits à l'état d'impuissance. Ainsi un maire ne peut-il laisser croire par une telle mesure à ses administrés, les citoyens que ses policiers municipaux seraient à même de pouvoir les protéger. C'est une véritable hypocrisie.

Les policiers municipaux n'ont pas pour mission celle de lutter contre la grande criminalité, ni même contre le terrorisme, loin d'eux de telles prétentions, ils ne demandent qu'à pouvoir disposer de moyens de nature à leur permettre de remplir avec efficience leur mission qui est celle de protéger, de pouvoir faire échec, en tous les cas être en mesure de pouvoir limiter les conséquences de telles attaques.

La profession s'interroge sur la passivité des députés et des sénateurs au rang desquels nombre d'employeurs publics des policiers municipaux au lendemain de ces attaques, alors que manifestement ceux-ci ne peuvent ignorer que l'armement de ces derniers est obsolète depuis plus de 20 ans, que les dispositions de la loi de 1999 elles-mêmes sur le sujet sont obsolètes. Des députés et des sénateurs qui à cette heure n'ont pas jugé ni nécessaire, ni visiblement urgent et utile, de légiférer pour changer la loi.

Ainsi se pose la question : combien faudra t-il d'Aurélie, de Clarissa, de Charlie, de Bataclan pour que nos députés, nos sénateurs, les employeurs publics des policiers municipaux pour nombre d'entre eux se décident enfin à juger urgent de changer la loi ?

Contrairement aux politiques qui nient l'évidence, les professionnels que sont les policiers municipaux ne peuvent pas mentir à leurs familles, leurs amis, leurs voisins et leur laisser croire qu'armés d'armes réputées obsolètes depuis plus de 20 ans, demain lors d'une attaque  ils seraient en mesure de pouvoir sérieusement les protéger. Seule l'hypocrisie politique pourrait le leur laisser croire à la veille d'un scrutin.

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