Action !

Impossible d’échapper à l’invitation permanente à la consommation : produits de beauté nouvelle génération, vêtements top tendance, nouvelles technologies, etc. Le monde des objets est omniprésent. Il représente même le repère de notre identité sociale. Il faut avoir pour être, consommer dans une course folle pour exister, perdre toute singularité individuelle pour être dans le coup. Drôle d’époque, analysée en son temps par une femme d’exception visionnaire, la philosophe Hannah Arendt (La Condition de l’homme moderne).

Connue pour ses écrits sur le procès Eichmann, elle l’est moins du grand public pour ses travaux sur le totalitarisme sous toutes ses formes. Et si notre monde consumériste en constituait une variante en plaçant la valeur "travail" au centre de tout ?

Au sens strict, travailler c’est s’agiter pour vivre. Comme les animaux, nous devons agir concrètement sur la nature pour pouvoir exister. Fini le temps du Paradis terrestre où il suffisait de tendre la main pour se nourrir ! Chassés comme des malpropres, nous sommes condamnés à gagner notre pain à la sueur de notre front. Sinon c’est la disparition assurée. Le produit de notre travail n’est donc là que pour être immédiatement consommé, pour nous permettre de continuer à être là.

Rien à voir avec ce que notre philosophe appelle l’"œuvre", autrement dit le produit de la technique. Sa caractéristique ? Durer. L’œuvre concerne l’art, mais pas seulement. Elle regroupe toutes les choses, constructions, bâtiments, constituant un monde vraiment humain. L’œuvre renvoie à un univers culturel et commun destiné à s’inscrire dans le temps. Il est un principe de stabilité, de sécurité et d’unité pour tous.

Quel rapport avec notre monde ? Il est celui de la logique du travail et de son renouvellement incessant. Il témoigne d’un tourbillon de choses produites qui n’ont plus le loisir de durer, d’être imprégnées de notre sensibilité, de notre vécu et de notre personnalité. Le monde de l’œuvre est en effet aussi le nôtre comme lieu propre, puisque nous sommes censés nous y reconnaître. Ainsi tel objet nous rappellera un moment fort et intime à deux, tel autre nous fera retrouver avec intensité des moments passés avec nos parents ou nos enfants. La durée de la chose est aussi celle de notre mémoire, la complicité établie dans le temps avec l’objet a du sens.

Mais aujourd’hui, interdit de s’attacher ! Tout est fait pour nous glisser entre les doigts, la logique du travail emporte tout sur son passage. Les objets sont même programmés par les fabricants pour disparaître au bout de quelques temps. L’immédiateté est reine. Du coup, n’avons-nous pas parfois la désagréable impression d’être des consommateurs eux-mêmes fabriqués et contrôlés de toutes parts ? Des individus vidés de leur substance surveillés par un totalitarisme d’un nouveau genre ?

Nulle fatalité pourtant dans tout cela. Il nous faut certes un travail pour vivre. Et insistons là-dessus : le chômage est un drame. Mais si un objet de consommation peut être à coup sûr une source de plaisir, gare à notre logique du travail actuelle qui nous fait oublier l’"action", ce qui nous sort d’un simple rôle ou d’une fonction habituelle dirait notre philosophe. L’action est le lieu même du vivre-ensemble, de l’échange et de la discussion. Le lieu d’un espace public qui reprend ses droits, où les réflexions et les actions concrètes permettent à tous de retrouver force, liberté et originalité à partir de prises de position et d’engagements. La presse est aussi là pour ça. Réveillons nos cerveaux ! Il y a urgence. Et gageons que Planet.fr y participe pleinement.       

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