Le président s'est récemment plaint du "pognon de dingue" que coûtent les aides sociales. Elles pèsent effectivement très lourd sur votre portefeuille…
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Aides sociales : elles représentent un tiers du PIB

"Tout le système social, on met trop de pognon, on déresponsabilise et on est dans le curatif", lançait Emmanuel Macron dans une vidéo publiée sur twitter par les services communications de l’Elysée. Dans la suite de son discours, il s’est ému du "pognon de dingue" investit dans les minima sociaux, sans parvenir à sortir les gens de la pauvreté.

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En pratique, il est indéniable que les aides sociales coûtent beaucoup d’argent. "Si l’on parle des minima sociaux, ils représentent 1,2% du PIB, soit environ 26 milliards d’euros à l’année", explique Frédéric Farah, économiste, chercheur affilié au PHARE, enseignant à l’université Panthéon-Sorbonne. Toutefois, c’est loin d’être le seul pôle de dépense des aides sociales, précise-t-il. "Dans leur globalité les aides sociales représentent environ 32% du PIB, soit 700 milliards d’euros à l’année. Toutefois il est important de préciser que, d’après la Drees, les recettes progressent plus vite que les dépenses", souligne l’économiste. Enfin, il ne faut pas oublier les aides sociales départementales, versées par ce que la littérature économique décrit comme le "département providence". Elles visent essentiellement à lutter contre les problèmes de logement ou de dépendance. Chaque année, elles s’élèvent à 40 milliards d’euros, indique le chercheur.

"Ramené au citoyen, le coût des aides sociales est assez élevé puisqu’il représente 8 à 10 000 euros par an", indique Philippe Crevel, économiste et directeur du Cercle de l’Epargne. Néanmoins, insiste-t-il, c’est un calcul qui ne signifie pas forcément grand-chose. "Les Français ne bénéficient pas tous des aides sociales de la même façon. Certains en profitent beaucoup, d’autres très peu, voire pas du tout", rappelle-t-il. Sans oublier, ajoute Frédéric Farah, qu’une partie considérable des Français visés par ces aides ne les perçoivent pas nécessairement. "Sur ce point, l’Observatoire des non-recours aux droits et services (ODENORE) est très clair. Chaque année, l’Etat économise 5 milliards d’euros sur le versement du RSA parce que, pour une raison ou une autre, des bénéficiaires potentiels n’en ont pas fait la demande. Même chose pour la Couverture maladie universelle (CMU), puisque cette fois-ci l’Etat économise 700 millions par an. Il économise aussi 378 millions sur les complémentaires de santé tous les ans. Pour les comptes publics, c’est une véritable source de revenus."

Aides sociales : quid du retour sur investissement ?

Sans oublier, bien évidemment, que les aides sociales ne constituent pas une source de dépense pour dépenser : elles ont plusieurs objectifs, parmi lesquels celui de réduire la pauvreté dans l’Hexagone. Or d’après Emmanuel Macron c’est précisément là qu’elles échouent. "La France est championne d’Europe des dépenses sociales. Pourtant, le résultat est assez piteux : les problèmes de chômage ou de logement persistent par exemple", juge Philippe Crevel. "En France, la pauvreté touche 13.6% de la population. C’est évidemment trop, mais cela reste moins que dans le reste de l’Europe. Par ailleurs, l’intensité de la pauvreté en France est moins forte que chez nos voisins : quand nos concitoyens sont pauvres, ils le sont statistiquement moins", analyse de son côté Frédéric Farah. "C’est évidemment le fait des aides sociales qui permettent de diminuer le taux et l’intensité de la pauvreté en France", insiste-t-il. "En terme de pauvreté, la France s’en sort effectivement mieux que ses voisins. Cependant, compte-tenu du coût général, on peut penser que c’est cher payé, voire que le système perd en légitimité", tempère Philippe Crevel.

Pourtant, l'étendue du retour sur investissement ne s’arrête pas là. "La protection sociale comprend également les mécanismes de redistribution. Avant redistribution, les 10% des Français les plus pauvres ne disposent que de 3000 euros environ pour subvenir à leurs besoins annuels. La redistribution ramène ce revenu à 9870 euros, en moyenne", énonce l’enseignant-chercheur affilié au PHARE, qui pointe du doigt la portée correctrice des aides sociales en matière d’inégalités.

"Quand bien même on serait cynique au plus haut point, incapable de se soucier des conditions de vies des ménages qui bénéficient des aides sociales, force est de constater qu’elles maintiennent le pouvoir d’achat de tout un pan de la population", continue-t-il. "Dans une société dont l’économie fonctionne quasi-exclusivement sur la consommation, un soutien de ce genre a évidemment un impact positif. L’économiste américain Peter H. Linder t l’a d’ailleurs montré dans son analyse des Etats sociaux : la protection sociale rapporte mécaniquement plus que ce qu’elle ne coûte", estime Frédéric Farah.

Aides sociales : une question qui camouffle un vrai débat de société ?

En vérité la question soulevée par le président de la République n’est pas juste comptable. Elle est éminemment politique, puisqu’elle met en opposition deux visions du monde, deux projets de société. "Derrière cette question il y a forcément une vision de la société, elle est donc forcément politique. Dire des dépenses sociales qu’elles sont trop élevées, c’est poser le problème de l’assistanat", analyse le directeur du Cercle de l’Epargne. "C’est un sujet qui va bien au-delà des seules prestations sociales puisqu’il questionne notre rapport au travail. Or, en pratique, le lien entre prestations sociales et travail est de plus en plus ténu. Nous glissons d’un système construit autour du travail à un système d’assurance. C’est précisément dans ce sens que souhaitait nous emmener Benoît Hamon avec le revenu universel", estime-t-il.

Une observation contre laquelle Frédéric Farah s’inscrit en faux. Si lui aussi perçoit la question comme "évidemment politique", il tient à souligner qu’elle est posée en des termes "comptables" qui visent à "masquer tout débat sur le sujet, à l’annuler". "Pourtant la mutation en cours est profonde et vise à réduire la protection sociale à des filets sociaux minimums, à réduire ses ambitions. Dans le modèle en train de se mettre en place, elle n’aura plus vocation à réduire les inégalités", juge l’économiste-enseignant. "Pourtant, même en restant cynique, elle est indispensable à ce système ! Après tout, c’est elle qui permet l’acceptation du capitalisme, qui le rend tolérable…"

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