Sur le plateau du Théâtre Éphémère des Amandiers, à Nanterre, prisonnière d'une cage de verre remplie de flocons, elle trône sur son royaume en train de fondre. Le personnage exploré par Marie-Sophie Ferdane, chasseuse prise dans la tempête qu'elle a déclenchée, est un génial Richard II au féminin.
Théâtre : Marie-Sophie Ferdane épatante dans "Dissection d’une chute de neige"

La pièce de Sara Stridsberg explore les secousses du pouvoir féminin, un sujet déjà abordé par l’autrice suédoise dans La Faculté des rêves, où elle s’inspirait de Valerie Solanas, la féministe radicale qui tira sur Andy Warhol, pour inventer un personnage déjanté de « Présidente de l’Amérique »… Dans Dissection d’une chute de neige, elle prend Christine de Suède (1626-1689) pour source d’inspiration, la reine amie du philosophe Descartes qui voulut régner au-delà de la dichotomie des genres, contrevenant à tous les codes de son époque.La mise en scène de Christophe Rauck est à la fois floconneuse et coupante : diaphanéité tailladée par des hallucinations, tendre duo d’amantes interrompues par un assaut sexuel. Un paysage romantique découpé par des jets d’acide. Rauck campe un monde du pouvoir cristallin, aux paroles gelées. On imagine les palais vides d’enfant, leurs courants d’air qui rendent phtisiques, leurs armureries poussiéreuses et sanguinolentes, leurs lits glacés.Le féminin au pouvoirLa Fille Roi n’est pas plus capable de régner que de renoncer à la puissante étreinte du royaume. Elle est hantée par le pouvoir autant que par le désir de disparaître. On songe aux paroles...