Installés en campement, des centaines d'Irakiens pro-Iran ont de nouveau jeté mercredi des pierres sur l'ambassade des Etats-Unis à Bagdad au lendemain d'une attaque contre la chancellerie qui a fait grimper la tension entre Washington et Téhéran.
Les manifestants pro-Iran campent devant l'ambassade américaine à Bagdad

Installés en campement, des centaines d'Irakiens pro-Iran ont de nouveau jeté mercredi des pierres sur l'ambassade des Etats-Unis à Bagdad au lendemain d'une attaque contre la chancellerie qui a fait grimper la tension entre Washington et Téhéran.

Cette attaque inédite, lancée mardi par des milliers de combattants et partisans du Hachd al-Chaabi, coalition de paramilitaires dominée par les pro-Iran et intégrée à l'Etat, a fait ressurgir pour les Etats-Unis le spectre de deux traumatismes dans leurs ambassades, à Téhéran en 1979 et à Benghazi en Libye en 2012.

Mercredi, la Zone verte habituellement hermétiquement bouclée où les protestataires étaient entrés la veille sans encombres à la surprise générale a été refermée. Visiblement pour empêcher que d'autres manifestants ne rejoignent les centaines d'Irakiens qui, après l'attaque, ont campé devant la chancellerie, en signe de protestation contre la mort de 25 combattants du Hachd dimanche dans des frappes américaines.

Des centaines de ces partisans ou combattants du Hachd ont jeté le matin des pierres sur la chancellerie et brûlé des drapeaux américains en scandant "Mort à l'Amérique", ont constaté des correspondants de l'AFP.

Certains ont descendu d'immenses camions des centaines de matelas, couvertures et autres provisions pour tenir leur sit-in, qu'ils annoncent illimité, aux portes de l'ambassade.

Présentes sur place, les forces irakiennes ne cherchent visiblement pas à les déloger.

Mais les forces de sécurité américaines de l'ambassade ont brièvement tiré des grenades lacrymogènes pour disperser des protestataires.

Cela n'a pas empêché les jets de pierres et de cocktail Molotov de se poursuivre sur l'immense complexe diplomatique, dont les entrées sont désormais couvertes de drapeaux blancs du Hachd et jaunes des brigades du Hezbollah, la faction visée par les raids américains.

"Je suis là depuis hier (mardi), j'ai dormi ici et je ne partirai pas avant que les Américains ne dégagent et qu'on entre dans leur ambassade", dit Abbas, un manifestant, à l'AFP.

- Tentes et repas -

Non loin de là, près des immenses tentes où ont dormi les protestataires, des cuisiniers préparent trois repas par jour sur des enfilades de bouteilles de gaz.

En face, des unités d'élite irakiennes forment un cordon autour de l'ambassade.

L'attaque de l'ambassade, les raids américains et les attaques à la roquette les ayant précédés contre des installations abritant des Américains, font redouter que l'animosité irano-américaine ne se transforme en conflit ouvert en Irak, pays allié à la fois des Etats-Unis et de l'Iran.

Le président américain Donald Trump a accusé l'Iran d'avoir orchestré l'attaque contre l'ambassade à Bagdad et menacé de lui faire payer le "prix fort".

Quelle "audace" d'accuser l'Iran, a répliqué Téhéran, alors que le Guide suprême Ali Khamenei a condamné mercredi ces raids et la "malveillance" des Etats-Unis.

Si M. Trump a assuré ne pas s'attendre à une guerre avec son ennemi juré, Washington a malgré tout déployé 750 soldats supplémentaires au Moyen-Orient, "très probablement" pour être envoyés ensuite en Irak, a indiqué mardi un responsable américain.

Le secrétaire d'Etat Mike Pompeo s'est concentré sur les principaux leaders du Hachd, qui a combattu les jihadistes aux côtés de la coalition emmenée par les Etats-Unis et le pouvoir irakien.

Des dirigeants du Hachd se trouvaient dans le cortège qui a convergé vers l'ambassade américaine mardi et certains de leurs lieutenants, parfois inscrits sur liste noire par les Etats-Unis, se prenaient en photo au milieu de la fumée et du verre brisé des équipements incendiés de la chancellerie.

- "Pas une arène" -

Depuis leur retrait d'Irak en 2011 après huit années d'occupation, les Etats-Unis ont largement perdu de leur influence dans ce pays. Le système politique qu'ils avaient installé est désormais noyauté par Téhéran.

Les graffitis laissés sur les murs de l'ambassade américaine en témoignent: "Non à l'Amérique" et "Soleimani est mon chef", en référence au puissant général iranien Qassem Soleimani, qui déjà préside aux négociations pour former le futur gouvernement en Irak.

Cette démonstration de force du Hachd intervient alors que l'Irak est secoué depuis le 1er octobre par une révolte populaire qui conspue le pouvoir, accusé de corruption et d'incompétence, mais aussi l'influence du voisin iranien.

La flambée des tensions irano-américaines a semblé éclipser cette contestation qui se poursuit, et les députés, incapables de s'accorder sur les réformes réclamées par les manifestants antipouvoir, s'activent désormais à d'autres changements.

Ces derniers jours, une centaine de députés ont signé un appel à inscrire l'éviction des troupes étrangères d'Irak à l'ordre du jour du Parlement.

"On est très clairs depuis le 1er octobre: l'Irak ne doit pas être une arène pour les conflits entre l'Iran et les Etats-Unis", a dit à l'AFP un manifestant antipouvoir sur la place Tahrir à Bagdad, déterminé avec ses camarades à poursuivre la contestation.

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