Journaliste indépendant et membre de l'Observatoire du sport de la Fondation Jean-Jaurès, Laurent-David Samama a publié il y a peu « Footporn » (L'Aube), dans lequel il décrit les évolutions du football, qui privilégie de plus en plus le spectaculaire, le culte de la performance, mais aussi l'image et les statistiques… Comme dans l'industrie pornographique.
Laurent-David Samama : "Comme le porno, le foot se vit dans un rapport accéléré au temps"

Marianne : Selon vous, trop de football tuerait le football. Pourtant, il y avait davantage de football sur les chaînes nationales gratuites à l’époque où TF1 avait les droits d’une partie de la Ligue des champions…Laurent-David Samama : Le football est, par essence, une fabrique du commun. Dans les années 1990, lorsque TF1 diffusait la grande affiche européenne en semaine, toute la France du foot était rivée devant sa télé. On vibrait avec l’OM, le PSG, Nantes, Auxerre comme un seul homme… On regardait surtout le même match dont on parlait le lendemain dans la cour de récréation ou à la machine à café. Cela avait une vertu énorme : on fabriquait ainsi des souvenirs communs.Surtout, cela n’avait rien à voir avec la démesure actuelle. Dans Footporn, je raconte l’expérience menée par un certain Sean Ingle, journaliste au Guardian. Ce dernier s’était mis en tête de comptabiliser le nombre de matchs diffusés en direct par la télévision anglaise. L’expérience portait sur une semaine avec un résultat effrayant : pas moins de 87 matchs furent diffusés outre-Manche sur une période de sept jours, soit plus de 130 heures de football, sans compter les arrêts de jeu et les éventuelles...