Deux jours après le spectaculaire incendie de l'usine chimique Lubrizol, le parquet de Rouen a élargi samedi l'enquête à la "mise en danger d'autrui" alors que l'inquiétude persiste sur l'impact sanitaire et environnemental du sinistre.
Incendie de Rouen: l'enquête s'élargit, l'inquiétude demeure

Deux jours après le spectaculaire incendie de l'usine chimique Lubrizol, le parquet de Rouen a élargi samedi l'enquête à la "mise en danger d'autrui" alors que l'inquiétude persiste sur l'impact sanitaire et environnemental du sinistre.

Le parquet de Rouen, qui a reçu plusieurs plaintes, a décidé de diligenter l'enquête sur une qualification plus large que celle de "destructions involontaires par l'effet d'une explosion ou d'un incendie", ouverte quelques heures après l'incendie de ce site industriel Seveso seuil haut, produisant des additifs d'huile.

Me Jonas Haddad, avocat de Rouen, a dit à l'AFP avoir été sollicité par plusieurs personnes, mais aussi par des entreprises, et s'attend "à une centaine de plaintes". "On peut comparer cela à une marée noire dans l'air, ça ne se calme pas", a-t-il dit au sujet de l'accident industriel.

Concernant l'enquête, le parquet a indiqué que "des investigations techniques ont notamment été menées par l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale au moyen de drones".

Les constatations sur les lieux se dérouleront en début de semaine prochaine, "en fonction des possibilités d'accès au site", d'après le parquet, rappelant que la cause de l'incendie n'était pas encore connue. Le PDG de Lubrizol France, Frédéric Henry, s'est dit lui vendredi lors d'une conférence de presse "très étonné de voir un incendie qui se déclare en pleine nuit, dans un endroit où il n'y a personne".

D'après une journaliste de l'AFP présente sur place, une forte odeur se faisait toujours ressentir samedi après-midi dans la ville normande. La ministre de la Santé Agnès Buzyn, en visite vendredi à Rouen, avait reconnu que la ville était "clairement polluée". Une conférence de presse du préfet de Normandie doit se tenir samedi à 17H00 à la préfecture, à Rouen.

- Demande de transparence -

Plusieurs riverains, associations ou syndicats faisaient toujours part de leur inquiétude ou de leur colère samedi, alors que cette usine est située dans la ville, à environ trois kilomètres de la célèbre cathédrale.

Plusieurs syndicats, dont la CGT et Solidaires, mais aussi des associations écologistes (Greenpeace, France nature environnement) ont appelé à manifester mardi à 18h devant le palais de justice, exigeant "une transparence complète" sur cet accident industriel.

Dans un communiqué commun, ils regrettent que "la liste des produits qui ont brulé n’a pas été communiquée" et "que les résultats complets d’analyse des fumées, de l’air, des résidus et de l’eau n’ont pas été rendu publics".

"Le +Tout va très bien, madame la marquise+ est la pire des communications dans ce genre de circonstances. L'incendie de Lubrizol est le plus grave accident industriel depuis AZF en 2001. Le nuage de fumée, les risques de pollution par les suies et les hydrocarbures sont loin d'être anodins", a aussi dit Delphine Batho (Génération écologie), ex-ministre de l’Écologie, dans Le Parisien paru samedi.

"Ce qui me rassurerait, c'est qu'on lance un protocole de suivi épidémiologique et sanitaire sur la population exposée, qu'on vérifie ce qui se passe dans le temps, qu'on ait le sentiment d'être accompagnés dans ce traumatisme", a expliqué samedi sur Europe 1 David Cormand, secrétaire national d'EELV et élu de la métropole de Rouen.

La ministre de la Santé Agnès Buzyn a promis vendredi de "rendre transparents la totalité des prélèvement réalisés".

L'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie a également fait part samedi de son inquiétude quant aux répercussions sur le plan touristique de l'incendie, réclamant "la recherche d'une solution pérenne pour que ce type d'accident ne se reproduise plus en cœur de ville" et demandant "une modération des propos qui peuvent desservir notre territoire".

Preuve de l'importance de la pollution, le maire de Bohain-en-Vermandois Yann Rojo, commune au nord de l'Aisne, à 200 km de Rouen dit que ses habitants ont "constaté des flaques d'eau brunâtres, teintes de résidus d'hydrocarbure" et "des traces de suie".

"Pour le moment on ne sait pas trop ce qu'il y a dans cette suie. Les autorités au niveau national disent +toxique mais pas trop+? Ça veut dire quoi ?"

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