Penché au balcon de son appartement dans la cité Maison Blanche à Marseille, un habitant, souffrant, lance des draps noués pour hisser un colis de nourriture offert par des voisins. Dans ce quartier défavorisé, confinement rime avec système D et solidarité.

Penché au balcon de son appartement dans la cité Maison Blanche à Marseille, un habitant, souffrant, lance des draps noués pour hisser un colis de nourriture offert par des voisins. Dans ce quartier défavorisé, confinement rime avec système D et solidarité.

En bas de cette barre d'immeuble à la façade décrépie, une longue file s'est formée devant les cartons de nourriture distribués par le collectif Maison Blanche, une association formée d'habitants et anciens de la cité.

Pères, mères, jeunes ou retraités, pour beaucoup immigrés, ils viennent récupérer lait, sucre, mozzarella, barres de chocolat et jus d'orange bon marché.

Des vivres offerts par les six membres du collectif qui n'hésitent pas à donner pour l'un plus de la moitié de son salaire de chauffeur de bus, pour d'autres une grande partie de leur bourse d'étudiant ou de leur maigre pension afin d'aider leurs voisins "moins chanceux qu'eux".

"On n'attend rien de personne, on se débrouille, mais on ne peut pas laisser les gens dans cette situation, même en ce moment", explique un masque de fortune sur le visage, Nair Abdallah, le pilier du groupe, aidé depuis quelque mois par le Secours populaire.

Dans cette copropriété privée de 226 logements, la plupart insalubres, rester confiné est une épreuve. Certaines familles doivent s'entasser à six dans un T3.

Malgré les difficultés de l'enfermement dans ces conditions, aller chercher les colis de nourriture en bas de l'immeuble est la seule sortie que s'octroient nombre de ces Marseillais. Dans ce quartier paupérisé, beaucoup souffrent de problèmes de santé qui les rendent plus vulnérables et ont "peur", comme tout le monde, de tomber malade.

Des habitants doivent aussi faire face à une perte sèche de revenus, sans grand espoir de bénéficier des mesures mises en place par le gouvernement pour les salariés et les entreprises.

- "Vite se laver" -

"Cette situation est stressante. J'ai la santé pour l'instant c'est ce qui compte, mais j'espère que ça ne va pas trop durer", s'inquiète Bouba, auto-entrepreneur, qui vendait des babioles à 1 euro sur les marchés, aujourd'hui interdits.

"Ces paniers, ça nous permet d'économiser sur la nourriture",apprécie ce gaillard en claquettes qui, aussitôt rentré chez lui, va se "déshabiller" à l'entrée de son appartement et "vite se laver" pour ne prendre le risque de contaminer sa femme et ses deux jeunes enfants.

Les mains couvertes de gants roses pour faire la vaisselle, Michel Garcia, qui vit avec son fils de 13 ans "accroché à sa PlayStation" et sa fille de 15 ans "rivée sur son téléphone" depuis qu'ils n'ont plus l'école, repart avec son sac plein.

"J'ai du mal à les aider dans leurs devoirs", se désole cet agent d'entretien qui continue de travailler, même sans protection, car les "factures ne s'arrêtent pas".

Une étole devant le visage tenue d'une main et l'autre portant un sac de nourriture, Nadhurati, 25 ans, a vu le centre de vacances où elle travaillait fermer avec le confinement. Elle explique avoir mal à la tête et perdu l'odorat.

"Pour l'instant ça va. J'ai peur de savoir si c'est le coronavirus alors j'essaye de ne pas trop y penser", explique la jeune femme qui vit avec sa mère et cinq autres frères et soeurs dans un T4. Elle tente tant bien que mal de leur dire de ne pas l'approcher.

- "Privés de repas" -

"La situation n'est facile pour personne, mais encore moins pour eux" dans cette cité, reconnaît la pédopsychiatre Michèle Cros qui effectue de l'accompagnement à la parentalité à Maison Blanche.

"Pour répondre aux exigences sanitaires, il faut déjà qu'on réponde aux besoins primaires: l'eau, la nourriture, l'électricité...", souligne la praticienne hospitalière.

"Or, certains enfants qui avaient la quasi-gratuité de la cantine sont aujourd'hui privés d'un repas; les parents qui pour beaucoup arrondissent leur fin de mois par des petits boulots au noir ne peuvent plus le faire et les prix flambent, sans compter la promiscuité et les devoirs à la maison", souligne-t-elle.

Autant d'ingrédients qui font craindre au médecin une "hausse des maltraitances", alors qu'elle a déjà pu constater celle des accidents domestiques.

Pas résignés, la pédopsychiatre et le collectif s'apprêtent à distribuer aux familles des feuilles et des crayons de couleur et à leur apprendre à fabriquer des jeux de l'oie avec "presque rien".

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