Initialement prévue le 15 mars, la trêve hivernale a finalement été repoussée jusqu'au 31 mars. Dès lundi, les expulsions locatives pourront donc reprendre. "Chaque journée qui commence par une expulsion locative est une mauvaise journée qui s'annonce", confie Me Pascal Thuet, huissier de justice à Sarreguemines et trésorier de la CNHJ. Découvrez pourquoi.
Fin de la trêve hivernale : les confidences d’un huissier de justice©FotoliaFotolia

Planet : La trêve hivernale a été repoussée d’une quinzaine de jours. C’est une bonne nouvelle ?

Me Pascal Thuet : Cela ne change pas grand-chose pour personnellement. En revanche, ces quelques jours supplémentaires peuvent véritablement servir les foyers visés par une expulsion locative. Ce report leur laisse, en effet, plus de temps pour trouver une solution.

Planet : En quoi consiste votre rôle dans ce genre de dossier ?

Me Pascal Thuet : L’huissier de justice est un personnage central dans les affaires d’expulsions locatives. Il ne faut pas croire l’image d’Epinal selon laquelle ‘par un beau matin ensoleillé, l’huissier de justice est venu frapper à la porte d’une famille….’. Les expulsions locatives sont précédées d’une longue procédure. Celle-ci dure entre 15 et 18 mois. Au cours de cette période, l’huissier de justice va tenter plusieurs recours pour essayer d’éviter l’expulsion du locataire défaillant.  Et si jamais, à l’issue de cette période, aucune solution n’a été trouvée il procède à l’expulsion. L’huissier de justice est alors accompagné d’un serrurier et bénéficie du concours de la force publique, lequel est obligatoire. Il est important de souligner que chaque expulsion est vécue comme un échec. Cela veut dire que toutes les démarches que nous avons mises en œuvre pendant plus d’un an ont échoué.

Planet : De quels moyens dispose l’huissier de justice pour éviter l’expulsion locative à un locataire défaillant ?

Me Pascal Thuet : L’huissier de justice agit véritablement comme un médiateur. Quand un locataire est défaillant, il a souvent tendance à s’enfoncer dans ses problèmes et à s’isoler. L’huissier de justice va alors assurer un lien social entre le débiteur et le reste de la société. Il peut notamment lui proposer un accord pour libérer les lieux ou l’orienter vers les services sociaux concernés. Et puis, il ne faut pas oublier le propriétaire. Loin du cliché du nanti, c’est souvent quelqu’un qui comptait sur ce loyer pour compléter sa retraite et qui, à cause de son locataire défaillant, se retrouve lui aussi à avoir des problèmes financiers (impossibilité de rembourser son prêt, etc). L’huissier de justice est également là pour l’aider. Il est à la fois au service du locataire défaillant, mais également à celui du propriétaire qui attend d’être payé.

Planet : Y-a-t-il une expulsion qui vous a davantage marqué que les autres ?

Me Pascal Thuet : Toutes les expulsions sont difficiles à vivre car l’on est en contact direct avec des personnes en détresse. Ces opérations ont un impact social et familial qui les rend toujours douloureuses. Et je ne suis pas le seul huissier de justice à ressentir cela. Je suis certain que c’est la même chose pour mes collègues. L’année dernière, j’ai été amené à procéder à l’expulsion manu militari d’une famille. Tous mes recours avaient échoué en amont, ce devait donc être l’ultime étape de ce dossier. Mais en arrivant chez eux, j’ai constaté à quel point ils étaient en détresse et j’ai décidé de reporter l’intervention. Il faut savoir qu’en cas d’expulsion locative, les opérations se déroulent sous l’entière et unique responsabilité de l’huissier de justice. Ce jour-là, j’ai donc renoncé à expulser cette famille car sa situation était trop difficile. Nous avons attendu quelques jours, le temps de lui trouver une solution de relogement in extremis. Ce n’était pas une décision facile à prendre car, même si la famille était soulagée, j’avais de l’autre côté des forces de police qui avaient été mobilisées pour rien et un propriétaire qui attendait toujours. C’était d’ailleurs à moi de lui expliquer pourquoi j’avais pris une telle décision, qu’il a finalement acceptée. Mais dans tous les cas, et même si le propriétaire n’est pas d’accord, le dernier mot revient à l’huissier de justice.

Planet : Quel conseil pourriez-vous donner aux locataires défaillants ?

Me Pascal Thuet : Le conseil que j’aimerais leur donner est d’entrer en contact le plus tôt possible avec l’huissier de justice pour essayer de trouver une solution. Et cela ne s’adresse pas uniquement aux locataires défaillants mais également aux propriétaires. Nombre d’entre eux attendent souvent plusieurs mois avant de solliciter la justice. Or, ce délai joue en leur défaveur. En effet, plus ils attendent, plus les arriérés de loyers s’accumulent.

Planet : Souffrez-vous parfois de l’image que votre métier peut renvoyer ?

Me Pascal Thuet : Je n’irai pas jusqu’à dire que j’en souffre. Mais il est vrai que ce métier renvoie une image qui n’est pas toujours facile. Heureusement cela s’améliore de jour en jour. Personnellement, j’assume complètement ce métier que j’ai d’ailleurs choisi. Je pense que nous, les huissiers de justice, pouvons changer cette image grâce au travail de terrain que nous faisons. C’est l’occasion pour nous de montrer que nos missions, même les plus délicates, peuvent être menées avec du sérieux, de la dignité et de l’humanité.

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