Un conseil criminel ?

J’ai déjà dit que le Conseil constitutionnel était un coup d’État permanent car il s’arroge des droits qui ne correspondent absolument pas à l’esprit de la Constitution ; mais sa dernière décision – en simplifiant, le principe de fraternité peut justifier une aide au séjour irrégulier – dépasse les limites de l’intolérable : c’est exactement comme cela que l’on démolit un pays et que l’on détruit la confiance du peuple en ses élites. Pour les non initiés, je rappelle que les membres du Conseil constitutionnel sont nommés : il n’ont donc, à ce titre, aucune investiture populaire.

La fraternité est évidemment une valeur de référence mondiale, et pas seulement en France ; reste à savoir comment l’appliquer concrètement, notamment comment arbitrer entre le court et le long terme ; les choix, au coup par coup, relèvent évidemment du pouvoir législatif et/ou du pouvoir exécutif et certainement pas du Conseil constitutionnel. Et, même si l’avis du Conseil constitutionnel n’était qu’un "conseil", serait-il judicieux ? À mon avis, non : je le crois même criminel.

Concrètement, autoriser la "fraternité" illégale c’est : inciter à ne pas tenir compte des lois et usages (en France), renforcer le pouvoir – et donc les excès, voire le sadisme - des passeurs, inciter des candidats hésitants à abandonner leurs "frères" pour risquer inutilement leur vie ou celle de leurs enfants, déséquilibrer des communautés qui ont mis plusieurs siècles à trouver un consensus de vie à peu près "fraternelle", inciter les plus pauvres à se révolter contre un pouvoir de nantis qui demandent toujours plus aux plus fragiles mais continuent à "s’en mettre plein les poches", s’en remettre, plus ou moins cyniquement, à des régimes comme ceux de la Turquie ou de la Libye pour freiner le raz-de-marée vers l’Europe.

Et le pape ? Sur ce point, comme sur beaucoup d’autres, je suis en total désaccord avec le patron de la "très sainte église catholique et apostolique" ; n’oublions pas que la hiérarchie catholique a vivement encouragé les croisades, l’Inquisition, la colonisation bêtement prosélytique, la mise sous tutelle de la femme, l’interdiction de l’avortement, etc. Elle commence seulement à comprendre que lutter contre la pédophilie n’est pas un détail accessoire. Est-ce que les prises de position du magistère romain sur les migrants peuvent accélérer l’hémorragie des fidèles pratiquants, comme "Humanae vitae" en son temps ? Peut-être : comment faire confiance à un tel pasteur ?

Le problème des migrants n’est pas simple, mais un point me semble évident : encourager la "fraternité sincère et désintéressée" en dehors de tout contrôle est, parmi les réponses simplistes, la pire qui soit ; une solution "criminelle" ? Oui, je maintiens.

Enfin, les réactions de Valérie Pécresse et de Laurent Wauquiez sur ce sujet précis pourraient avoir un impact décisif pour les combats électoraux à venir.

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