La guerre en Ukraine se poursuit depuis maintenant plus d'une semaine. D'aucuns craignent qu'elle ne perturbe l'élection présidentielle française, programmée pour avril 2022. L'analyse d'Olivier Rouquan, politologue.
Ukraine : "La guerre ne devrait pas perturber le cours normal de la démocratie"Istock
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La guerre se poursuit. Plus d’une semaine après le début du conflit en Ukraine, l’armée russe a fini par prendre la ville de Kherson, nichée au sud du pays. Plus centaines de milliers de réfugiés, au moins un million, ont d’ores et déjà fui la nation, informe 20 Minutes sur la base des informations de l’ONU. Les pourparlers ont repris ce jeudi 3 mars 2022 après plusieurs jours de bombardement. D’aucuns, pourtant, estiment que le spectre des combats pourrait planer plus loin que la seule Ukraine et venir perturber jusqu’à l’élection présidentielle française. Cette dernière doit en effet se tenir incessamment sous peu : le premier tour se tiendra le 10 avril prochain. 

D’ici là, l’impact du conflit russo-ukrainien pourrait-il avoir rebattu les cartes politiques ? Bouleverser le statu quo ? Potentiellement. "Il est très difficile, à ce jour, de répondre avec certitude à une pareille question", estime d’entrée de jeu Olivier Rouquan, politologue associé au Cersa. L’enseignant-chercheur, spécialisé en droit constitutionnel ainsi que dans l’analyse de la vie politique, observe tout de même un gain réel pour le chef de l’Etat. "A l’évidence, Emmanuel Macron bénéficie en ce moment de l’incarnation de la fonction en temps de crise. Il pourrait aussi profiter du réflexe d’une partie de l’électorat se montrant peu désireuse de changer de tête en temps de conflit. La situation peut lui être favorable", juge-t-il encore. Si toutefois l’élection a lieu !

Guerre en Ukraine : l’élection présidentielle sera-t-elle maintenue ?

Pour certains membres de l’opposition, dont fait partie Gérard Larcher, la direction que prend la campagne est très inquiétante depuis le début du conflit. "Il faut qu’on soit attentif, nous sommes maintenant à cinq semaines et demi de l’échéance du 1er tour, s’il n’y a pas de débat, s’il n’y a pas de bilan, de projet, imaginos le président de la République réélu, alors ce sera dans une forme d’omission de débat démocratique, avant un risque de légitimité au cour du mandat", a-t-il alerté devant les micros d’Europe 1, le 1er mars 2022.

Ce à quoi n’a pas manqué de répondre le gouvernement…

Ukraine : "La présidentielle est une échéance majeure", assure Jean Castex

"La présidentielle est une échéance majeure", affirmait en effet le Premier ministre après avoir reçu "les principaux candidats au scrutin d’avril", informe Ouest-France. Et Gabriel Attal, porte-parole de l’exécutif, d’insister : "Nous avons partagé les informations en notre possession, notre stratégie. Il a également été question de l’élection présidentielle. Le débat doit se tenir. Il est essentiel. Il s’agit d’une échéance majeure."

Si d’aucuns estiment que le scénario d’une annulation de l’élection pourrait avoir lieu, ce n’est pas le cas d’Olivier Rouquan.

"Ce qui, en France, peut perturber le cours normal de la démocratie, ce sont les atteintes graves à notre souveraineté. Il est ici question de désordre politique, de trouble grave à l’ordre public, de menace sur l’intégrité du territoire susceptible de questionner la stabilité même de nos institutions. Dans ce genre d’hypothèse, la survenance des élections devient impossible mais rien de tout ce que nous venons d’évoquer est aujourd’hui constaté. Les chars russes ne sont pas à 10 kilomètres de Paris", explique d’entrée de jeu l'enseignant-chercheur qui rejoint l’idée qu’un débat est nécessaire avant le premier tour.

"La tenue du premier tour de l’élection présidentielle implique celle d’une campagne précédant le scrutin ; sans quoi il n’y a simplement plus de scrutin. Or, le débat télévisé est désormais entré dans l’usage de la campagne et en constitue un rouage important", rappelle-t-il.

Guerre en Ukraine : ce que cela va forcément changer pour la politique en France

Certains acteurs politiques essentiels de la prochaine élection sont pointés du doigt à propos de leurs éventuelles complaisances russes. Faut-il s’attendre à leur disparition du paysage français ? Pas nécessairement, affirme Olivier Rouquan. "Bien sûr, les acteurs politiques qui par le passé ont insisté sur la qualité de leur relation avec Vladimir Poutine auront à se justifier. Cela ne signifie pas pour autant que cela annihile toutes leurs chances de peser dans la vie politique française ou de réaliser un bon score lors du prochain scrutin. D’autres enjeux importants concourent à asseoir la crédibilité d’un programme", rappelle en effet l’enseignant.

Selon lui, l’évolution engendrée par le conflit russo-ukrainien portera bien davantage sur les thématiques fortes du débat politique français. "La priorité sera donnée aux nouveaux enjeux européen. Nous devrions voir émerger l’envie d’une Europe puissante, tant sur le plan de la politique étrangère que sur celui de la défense. Ce conflit remet en question notre perception collective de la souveraineté", juge-t-il encore.

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