Elle préfère parler d’un clan plutôt que d’une famille et n’hésite pas à faire des révélations sur ses membres. Dans "Les Chirac, les secrets d’un clan", Béatrice Gurrey raconte les coulisses de la "fin du règne" de Jacques Chirac. Entretien avec l’auteure.

Planet : Pourquoi vous êtes-vous concentrée sur la période qui a suivi l’AVC de Jacques Chirac ?Béatrice Gurrey* : "J’ai choisi cette période car elle marque selon moi la fin symbolique du pouvoir. Quand Jacques Chirac a eu son AVC, il lui restait encore un an et demi de mandat avant son départ définitif, mais à ce moment-là tout le monde a compris que cet accident qui l’avait tenu hospitalisé pendant une semaine était le signe qu’il ne pourrait pas se représenter. Cela marquait également le début d’une période d’affrontement entre ses rivaux. Et puis, d’une manière générale, une fin de pouvoir après une si longue carrière est toujours intéressante à observer.

Planet : Vous parlez de ‘clan’ et non pas d’une famille, pourquoi ?Béatrice Gurrey : C’est bien évidemment une famille avant tout, mais plusieurs éléments me font penser qu’elle s’apparente à un véritable clan. Cette famille a en effet un destin hors du commun, presque romanesque. Elle fait même partie de l’imaginaire national. La politique, c’est beaucoup de psychologie. Et ce de point de vue-là, les Chirac forment une famille étonnante car ils se sont brûlés au feu de la politique. Pendant plusieurs décennies, ses membres ont réussi à exercer le pouvoir. Jacques était alors au centre, entouré de deux femmes, son épouse et sa fille, Claude, qui lui étaient entièrement dévouées. Même si des contradictions ont parfois éclaté entre eux. Leur histoire, c’est une histoire captivante que l’on raconte et dans laquelle tout est vrai.

Planet : Comment Jacques Chirac a-t-il vécu cette période de l'après-AVC, puis de l'après-pouvoir ?Béactrice Gurrey : C’est difficile à dire, personne n’est dans sa tête. Néanmoins, au regard de ce que j’ai pu observer de lui et de l’intérêt que j’ai développé pour lui, je dirai qu’il a certainement été victime d’une sorte de déprime post-pouvoir. Après son accident, il lui a fallu tenir jusqu’à la la fin de son mandat. Puis après, il y a eu l’étape du procès. Mais entre les deux, je pense qu’il a traversé une sorte de déprime. Ce qui me semble normal pour quelqu’un qui, après quarante ans d’une vie au rythme effréné, s’est soudainement retrouvé à la retraite.

Concernant la maladie en elle-même, on dit que les personnes qui en sont atteintes n’ont pas conscience de l’état dans lequel elles se trouvent. Ce qui laisse supposer qu’elles sont donc relativement sereines. Mais je doute que ce soit le cas de Jacques Chirac. C’est quelqu’un de si intelligent et si intuitif qu’il ne peut pas l’ignorer. Il a d’ailleurs dit lui-même qu’il avait le sentiment de ne plus avoir de pouvoir… Jacques Chirac est comme un roi sans sceptre.

Pour autant, la vie avec lui n’est pas triste. Avec lui, rien n’est jamais triste. Il a traversé des épreuves très difficiles comme la maladie de sa fille, Laurence, et le suicide de son gendre mais il est toujours resté plein d’humour. Son épouse aussi, d’ailleurs.

Planet : Comment Bernadette Chirac a-t-elle vécu cette période ?Béatrice Gurrey : C’est quelqu’un de drôle, imprévisible. Avec elle, on ne sait jamais à quelle sauce l’on va être mangé. Elle sait aussi être méchante. Elle l’a d’ailleurs récemment montré avec les propos qu’elle a tenus à l’égard d’Alain Juppé.

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Bernadette Chirac a pas mal souffert des agissements de son mari. C’était un homme séducteur qui avait beaucoup de succès et en profitait. 'Je les connais toutes, je leur ai pardonné, sauf à trois d’entre elles', a-t-elle un jour déclaré. 'Non, elle ne les connait pas toutes', a ensuite rectifié un proche du couple Chirac. Aujourd’hui, même si son mari est comme enfermé et coupé de toute vie sociale – il ne reçoit que quelques visites amicales ou affectueuses – Bernadette ne s’interdit rien. Elle continue à s’impliquer politiquement en Corrèze comme avant. ‘Si on supprime mon canton, j’en mourrais’, a-t-elle-même affirmé au moment des débats sur le redécoupage territorial. A 81 ans, elle mène par ailleurs toujours l’opération Pièces jaunes, assiste à tous les meetings de Nicolas Sarkozy et se rend à tous les dîners en ville. Je pense qu’elle fera comme Molière, elle mourra sur scène !".

*Béatrice Gurrey est l'auteur de Les Chirac, les secrets d'un clan (ed. Robert Laffont)

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