L'idée semble folle (et elle l'est !) mais de plus en plus d'observateurs pointent la porosité entre Front National et Les Républicains. Une vraie alliance des droites est-elle possible ? Découvrez qui sont ceux qui, hypothétiquement, pourraient la porter.

Le 15 mars, Marine Le Pen appelait ses électeurs à voter en faveur d’Elad Chakrina, le candidat LR aux élections législatives partielles de Mayotte. En début de semaine, Gilbert Collard, le député FN du Gard, se prononçait en faveur de rapprochements avec Les Républicains chez France Info. "Lorsque la situation l’exige on doit pouvoir s’allier. Cela veut dire qu’on est en train de préparer des rapprochements" a déclaré l’élu pour qui la situation est appelée à se répéter auprès des députés de la droite républicaine qui ne sont pas "socialo-compatibles".

Il n’est pas le seul à estimer qu’une alliance soit nécessaire. Pour Thierry Mariani (LR) ancien député du Vaucluse et ministre des Transports de 2010 et 2012, c’est une évidence. A ses yeux, Nicolas Dupont-Aignan et le Front National constituent les alliés logiques d’un parti "de droite et du centre devenu surtout un parti de droite". Prenant exemple sur l’initiative de François Mitterrand et la mise en place du Programme commun en 81, il milite pour un rapprochement nécessaire pour permettre à LR de revenir au pouvoir.

Une porosité militante mais des états-majors distants

Pour Christophe Bouillaud, enseignant-chercheur en sciences-politique à l’Institut d’Etudes Politiques (Sciences-Po) de Grenoble, le scénario d’une alliance semble toutefois très compromis. "La convergence idéologique existe entre LR et FN. Mais elle est surtout militante. D’un côté comme de l’autre, les militants se ressemblent beaucoup et se retrouvent sur un panel de thématiques.Toutefois, du côté des états-majors, il y aura toujours une certaine distance", tempère le chercheur. Selon lui, il est impossible à deux forces politiques semblables de se rassembler, surtout après 30 ans d’opposition frontale.

Ce qui ne veut pas dire que certaines personnalités ne seraient pas à l’aise dans un tel schéma. Preuve en est, certains appellent déjà de leurs voeux une union de la sorte. "Le scénario le plus probable d’une alliance entre les droites pourrait se construire autour d’un retour de Marion-Maréchal Le Pen", indique le professeur de sciences-politique, qui se prête au jeu de la politique-fiction. Selon lui la nièce de Marine Le Pen pourrait être "très intéressée". "Si Marion-Maréchal Le Pen revenait en politique et montait une liste des droites unies, elle disposerait probablement d’un soutien assez large. En revanche, cela déclencherait de facto le procès de Marine Le Pen et ouvrirait un conflit familial, susceptible de faire basculer, à terme, le leadership du FN", précise Christophe Bouillaud.

Au FN, le chercheur pense également à Gilbert Collard, qui estime que ce qui sépare les deux partis, "c’est le courage des dirigeants". "Gilbert Collard est d’ores et déjà un électron libre. Il n’a rien à perdre à une alliance, mais tout à y gagner. Naturellement, il y serait tout à son aise", analyse-t-il. Enfin, même s’il ne fait pas à proprement parler partie du Front National Robert Ménard pourrait constituer un candidat de choix dans un tel scénario. "Il me semble que le maire de Béziers serait effectivement intéressé. Cependant, dans une liste électorale, il pourrait être un élément perturbateur et effrayer d’autres candidats", souligne l’enseignant.

Côté Les Républicains, il semble y avoir moins d’individus gravitant en dehors des sphères traditionnelles du parti. Néanmoins, il en existe quelques uns. Thierry Mariani est l’un d’eux. "En admettant que les obstacles partisans cessent d’exister, on pourrait imaginer que certains gagnent à se rassembler. Dans tous les cas, les discours ont vocation à se rapprocher. Sur des sujets comme l’immigration, la sécurité, le terrorisme, la place de l’islam ou la bioéthique, la différence est devenue cosmétique", juge le professeur à Sciences-Po. Plusieurs personnalités LR adoptent effectivement un discours proche de celui du FN. "On peut penser à Virginie Calmels, l’ancienne bras-droit d’Alain Juppé et désormais bras gauche de Laurent Wauquiez qui s'indignait récemment de l’occupation de la basilique de Saint-Denis par des sans papiers ou à Valérie Boyer, Guillaume Peltier, entre autres… Le rapprochement pourrait se faire, s’ils étaient prêts à trahir Laurent Wauquiez. Rien ne laisse penser que ce soit le cas" selon Christophe Bouillaud.

Vers une atomisation des droites ?

En effet, selon lui, les plus gros obstacles à un rapprochement FN-LR ne sont autres que les têtes respectives des deux partis. "Laurent Wauquiez tient des discours que l’on pourrait entendre au FN, c’est un fait. Pour autant, il ne peut pas admettre une alliance. Il aurait tout à perdre d’une convergence des droites dans laquelle il n’est pas sûr de conserver sa position, son autorité. Marine Le Pen fait face au même problème. S’allier avec LR, cela revient d’une certaine façon à accepter le sacrifice du parti." Et ils ne sont pas les seuls : Nicolas Dupont-Aignan est confronté à la même problématique. "Il voudrait évidemment organiser une union des droites, mais ni Laurent Wauquiez, ni Marine Le Pen n’accepterait de se ranger sous ses ordres. De la même façon, il refuserait de perdre son indépendance", conclut le chercheur.

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Au final, le plus probable, selon l’enseignant, c’est l'atomisation des formations politiques de droite aux prochaines élections. Il y voit une résultante du mode de scrutin qui entraînera l’émergence de plusieurs listes. "Il est tout à fait envisageable qu’aux prochaines échéances électorales, on voit fleurir les listes FN, LR, Patriotes, Debout la France, par exemple."

Vidéo : FN/LR: préliminaires avant union ? 


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