Pour des raisons évidentes de sécurité, une bonne partie du pouvoir du ministre de l’Intérieur est occulte et donc lié à sa personne ; par ailleurs, dans tous les domaines, sans exception, dès que l’on sait qu’un responsable va quitter son poste, son pouvoir personnalisé est annulé : tous ceux qui sont partis à la retraite le savent bien. La France n’a donc plus de ministre de l’Intérieur.

Et pourtant, là plus qu’ailleurs, les agents de la fonction publique, notamment au sommet de la hiérarchie, ont besoin du soutien direct de leur patron ; il leur faut constamment prendre des risques pour assumer leurs responsabilités. Le peuple français vient donc d’assister, "officiellement", à un abandon de poste alors que la guerre contre le terrorisme et contre la délinquance est à son apogée : dans l’armée, on appelle cela une trahison ; ce terme n’est probablement pas adapté pour un politicien.

Car, il ne faut pas s’y tromper, cette décision est un calcul politicien ; Gérard Collomb, comme Nicolas Hulot, comme Christophe Castaner, comme Laura Flessel, comme Frédérique Dumas, constate que les sondages s’effondrent et que le pire est à venir : il est donc urgent de se démarquer du Président, chacun à sa façon. On susurre même que le Premier ministre est discrètement sollicité pour briguer la mairie de Paris, d’autant plus que la réforme de l’impôt à la source s’annonce de plus en plus catastrophique ce qui, nécessairement, affaiblira son maître d’œuvre, Gérald Darmanin, cet autre candidat presque officiel.

Ingratitude ? Oui et non : normalement, le premier rôle d’un chef est de soutenir ses subordonnés ; le moins qu’on en puisse dire est que notre Président  la joue perso ; il se pourrait même que Gérard Collomb ait été un peu "déçu" d’avoir servi de fusible et de ne pas avoir été suffisamment soutenu par Emmanuel Macron dans l’affaire Benalla, alors que le chef de l’État était le seul responsable de ce dérapage désastreux.   

Ce feuilleton politico-médiatique n’est que la partie émergée de l’iceberg ; c’est toute la Macronie qui est gelée ; son chef a perdu non seulement la baraka mais même la main et la confiance du peuple français, voire de ses soutiens les plus proches ; l’économie française stagne alors qu’elle s’améliore presque partout en Europe ; le chômage ne régresse pas ; les réformes du début du quinquennat étalent leurs insuffisances et leur amateurisme ; la délinquance se renforce tranquillement ; etc. Seuls quelques igloos abritent encore des macronistes utiles. Le réchauffement climatique n’atteint pas la Macronie.

Dans les sondages, malgré son intervention nullissime de l’entre deux tours, Marine Le Pen fait presque jeu égal avec Emmanuel Macron ! Un comble, inimaginable il y a un an et pourtant justifié.