A quelques jours des élections européennes, Nicolas Dupont-Aignan détaille son projet pour l'Europe. Dans les colonnes de Planet, il revient sur les grands enjeux du scrutin... Et écorche ses principaux adversaires.
AFP

Planet : Vous ne souhaitez pas un Frexit mais entendez "sortir l'Union Européenne de l'Europe". Que voulez-vous dire par là ?

Nicolas Dupont-Aignan : Fondamentalement, nous sommes comparables à des copropriétaires de l’Europe. Or, la France n’a pas à déménager sous prétexte que le syndicat de l’immeuble fait n’importe quoi. Au contraire, c’est ce dernier dont il faut se débarasser, dont il faut réduire la facture. Par ailleurs, il est important de rétablir les portes de nos appartements respectifs. Ce syndicat européen n’a pas à décider de règlements qui s’immiscent dans la vie des nations et, en la matière, nous ne devons pas le laisser faire.

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Pour poursuivre la métaphore, il nous faut également remettre le syndicat au travail sur les parties communes de l’immeuble. Je pense notamment aux grands projets scientifiques et humanitaires qui permettent de relever les défis européens.

En un mot, je veux recentrer l’Europe sur quelques grands défis et laisser renaître nos démocraties nationales. Il s’agit donc de récupérer la souveraineté française, mais dans le cadre d’une alliance “light” des pays européens, qui concentrera son action sur des sujets essentiels comme, par exemple, la recherche contre le cancer. Cette coopération concernerait, entre autres, les avancées technologiques (panneaux solaires de demain, intelligence artificielle, numérique). Ce serait également à elle s’occuper de l’aide à l’Afrique ou de la gestion de la méditerranée.

Planet : A quoi ressemble cette Europe que vous souhaiteriez construire ? Faut-il inverser les rapports de force ?

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Nicolas Dupont-Aignan : Les rapports de force géopolitiques dépendent avant tout des nations. L’Europe à 28 est impuissante… C’est pourquoi je lui préfère une version intergouvernementale.

Quelques uns des principaux européens - les trois ou quatre les plus puissants, par exemple - travailleraient ensemble à la résolution des grands enjeux que nous avons déjà évoqués. Cela serait bien plus efficace que la gouvernance actuelle.

En pratique, l’Europe que je souhaite devrait être nettement plus flexible et beaucoup moins uniformisatrice. Et pour cause ! Cela fait vingt ans que l’on transfère toujours plus de pouvoir à l’Union Européenne et pourtant elle n’a cessé de s’affaiblir face aux Etats-Unis d’Amérique et la Chine. Cela signifie bien que ce n’est pas au poids que cela fonctionne. C’est notre capacité à articuler la nation et l’Europe qui générera de la force. Dans ces conditions, je plaide donc pour un système à la carte plutôt que pour un menu imposé.

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Planet : A plus d'une reprise votre programme a été comparé à celui d'autres formations de droite souverainiste, comme le Rassemblement national (ex-FN). Quelles sont les différences concrètes entre vos deux projets ?

Nicolas Dupont-Aignan : Il existe évidemment, entre le projet du Rassemblement national et le mien, des points communs. Je ne le nie pas. Cependant, n’oublions pas qu’il en existe également entre les listes conduites par François-Xavier Bellamy (Les Républicains, LR) et Nathalie Loiseau (Renaissance, En marche), par exemple.

Cependant, il y a aussi d’importantes divergences qu’il convient de noter. Contrairement au RN, nous avons réfléchi un projet de coopération européenne beaucoup plus approfondi, particulièrement sur la question des grands défis scientifiques précédemment évoqués. Ce volet fait figure de grand absent parmi les sujets traités par le Rassemblement national. C’est une différence importante : chez Debout la France (DLF), nous ne souhaitons pas seulement un retour aux nations. Il doit aussi s’accompagner de coopérations sur des enjeux spécifiques.

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Par ailleurs, nous cumulons 23 partenaires européens. Chacun d’entre eux pourrait être qualifié “d’euro-réaliste modéré”. A Strasbourg, ils permettront à nos députés de disposer d’un véritable relai efficace. La dernière fois que le Rassemblement national est arrivé en tête, ses députés sont restés isolés au Parlement européen et n’ont donc pas fait grand chose. Parce qu’il pourra compter sur ses relais, un élu Debout la France sera mécaniquement dix fois plus utile que dix parlementaires issus des rangs du RN. De surcroît, c’est important, tous nos élus sont profondément sincères et cohérents. Aucun d’entre eux n’est mis en examen.

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Par ailleurs, contrairement à de nombreux autres partis, j’ai fait le choix de soumettre ma propre candidature. Là encore, cela fait une sacré différence ! C’est pour cela que j’ai pu tisser de telles relations avec 23 autres pays. Je m’engage avec mon expérience politique parlementaire, ce qui ne peut que nous aider à gagner en poids, une fois sur place.

Partout ailleurs en Europe, les partis politiques envoient à Strasbourg des personnalités endurcies, rompues à l’exercice. Il n’y a qu’en France que l’on considère le Parlement européen comme une voie de garage.

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Planet : Que répondez-vous à Marine Le Pen quand elle invite au "vote utile" contre Emmanuel Macron ? Ne craignez vous pas une certaine porosité de votre électorat avec son parti ?

Nicolas Dupont-Aignan : Ce que dit Marine Le Pen est absurde. Puisqu’il s’agit d’un scrutin proportionnel, les oppositions vont s’additionner. C’est pourquoi Emmanuel Macron a d’ores et déjà perdu cette élection.

La présidente du Rassemblement national veut le monopole de l’opposition au président de la République. C’est également ce que souhaite le chef de l’Etat, car c’est pour lui la meilleure des assurance-vie.

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C’est pourquoi je dis aux électeurs et aux électrices qui s’opposent à Emmanuel Macron qu’il n’est peut-être pas nécessaire de rééditer le fiasco du débat du second tour de la dernière élection présidentielle.

On peut tout à fait être anti-Macron, patriote, sans nécessairement voter pour le Rassemblement national. Ne voter que pour le parti de Marine Le Pen, c’est se condamner à voir Emmanuel Macron réélu systématiquement. A mon sens, c’est précisément pour cela que les opposants au chef de l’Etat ne devraient pas mettre tous leurs oeufs dans le même panier…. Particulièrement quand celui-ci s’avère être percé. Autrement nous ne pourrons pas gagner et, à terme, je souhaite que nous l’emportions.

Planet : Certains titres de presse, comme Paris Match, décrivent votre campagne comme une “campagne cauchemar”. A près de 10% des intentions des votes en janvier, vous tutoyez désormais les 5%. Comment expliquez-vous cette dégringolade ?

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Nicolas Dupont-Aignan : En vérité, c’est Paris Match qui fait campagne contre moi. Ce journal passe sa vie à dire que ma campagne ne fonctionne pas, ce qui n’est pas vrai. C’est un titre qui publie des sondages absolument traficotés et qui sert très vraisemblablement Emmanuel Macron.

Ma campagne gène la mise en place d’un duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Le président de la République vise, en effet, à éradiquer toute vie politique en France, en dehors de son propre parti et du Rassemblement national. Mais j’ai la ferme intention de faire mentir ce scénario. Mon cauchemar ressemble donc plus à Paris Match qu’à une campagne.

Planet : Lors du “débat avant le débat”, le 22 mai, Benoît Hamon, tête de liste pour le parti Génération·s, pointait du doigt un service public qui remettrait en cause le débat démocratique. Blâmez-vous également le traitement des “petits” candidats par les grands médias durant cette campagne ?

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Nicolas Dupont-Aignan : Le 22 mai 2019, les candidats n’étaient pas égaux. D’un côté on avait 6 candidats estimés “importants”, dont trois se sont défilés, en première partie. Ils ont rassemblé 2 millions de téléspectateurs. 9 autres candidats, que les médias ont jugés trop petits, n’ont pas été conviés. Ils ont participé à un autre débat et rassemblé 1 million de téléspectateurs. Après cela, difficile de dire que nos luttons à armes égales.

Naturellement, le service public est fautif sur ce point. Nous avons assisté à une rupture criante d’égalité. C’est une véritable discrimination.

Planet : Pensez-vous toujours pouvoir dépasser la liste Les Républicains conduite par François-Xavier Bellamy ?

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Nicolas Dupont-Aignan : Je ne sais pas. Tout a été fait pour que cela ne soit pas possible. Je n’ai pas la puissance de feu du Figaro qui a fait un tract électoral quotidien pour la liste des Républicains. Pour autant, j’espère que les Français verront que je suis sincère dans mes convictions et que nos votes sont égaux à nos idéaux. Pour ma part, je constate que François-Xavier Bellamy dit une chose avant de faire son exact opposé. Dépasser sa liste sera peut-être difficile mais nous ferons tout ce que nous pouvons.

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