Migrations : en attendant la loi Macron

Le président Emmanuel Macron a promis pour le début 2018 une loi sur l’immigration. Ses diverses prises de positions publiques semblent en dessiner les concours.  Du côté de la classe politique, on scrute les déclarations, les premières mesures et on s’active en coulisses. Mais rien n’est joué. Décodage

Rappel : les discours fondateurs

Devant le corps préfectoral, le président a plaidé le 5 septembre pour une "refondation complète" de la politique d’immigration seule capable de garantir le "consensus républicain autour de notre tradition d’accueil et d’asile" dont "la remise en cause ne profiterait qu’aux extrêmes". Dans son discours à l’ONU du 19 septembre, il a affirmé  
que "le migrant est devenu le symbole de notre époque…le symbole d'un monde où aucune barrière ne pourra s'opposer à la marche du désespoir si nous ne transformons pas les routes de la nécessité en routes de la liberté." Il différenciait à l’époque  trois catégories de migrations : politiques, climatiques, ethniques. Depuis il a mesuré le poids de la migration économique et sociale. D’où un plan à trois niveaux.  

La délivrance de statuts aux réfugiés politiques  

En ce qui concerne les réfugiés qu’il veut  accueillir, conformément à la mission humanitaire de la France, le principe qui semble conditionner sa politique est d’externaliser la demande d’asile pour éviter de livrer les réfugiés politiques aux passeurs ou de les laisser vendre comme esclaves, en relocalisant les hot-spots dans les pays tiers comme cela avait été autrefois fait par l’Union européenne avec la Libye. D’où les missions envoyées au Niger et au Tchad et les promesses d’accueil de milliers de réfugiés justifiables du droit d’asile. Reste à savoir si ces pays veulent jouer réellement le rôle de centres de tri et risquer d’être perçus par les Africains comme les gendarmes de l’Occident, et quelles compensations financières leur seraient offertes.   

Un accueil digne des migrants

Le Président a plusieurs fois déclaré qu’il fallait loger tout le monde et qu’il ne voulait plus voir de migrants à la rue ou dans les bois. C’est plus facile à dire qu’à faire comme en témoigne l’apparition récente, révélée par le blog du quartier,  de l’allée de deux cents baraquements sur l’ancienne ligne du chemin de fer de ceinture à Paris XVIIIe. La diffusion de ces images sur les réseaux sociaux a de fait réveillé les phantasmes d’une "jungle" dans le Paris intra muros même si l’allée, à la différence des campements de la porte de la Chapelle, est peu visible de ceux qui ne font que passer dans le secteur.

L’Etat ne dispose pas, malgré les 12.500 places promises,  de la possibilité d’héberger "dignement" tous les migrants irréguliers qui arrivent. Le réseau JRS (Jesuit Refuge Service) Welcome qui dispose d’une cinquantaine de centres en France peut indirectement lui venir en aide puisqu’il propose, un accueil dans les familles, "chaleureux, provisoire et gratuit", en lien avec diverses associations : secours catholique, Pastorale des Migrants, CIMADE, CCFD-Terre Solidaire. Mais cet accueil est réservé aux demandeurs d’asile isolés n’ayant pas obtenu une place en CADA (centre d’accueil des demandeurs d’asile).

La reconduite des déboutés

Le Président a plusieurs fois insisté sur la nécessité de réduire le temps d’attente entre la demande d’asile et la réponse qui est en France de 18 mois, compte tenu des procédures d’appel, alors qu’il est de 6 à 9 mois dans les principaux pays d’accueil européens. L’Association Contribuables Associés avait proposé d’instaurer une caution pour les demandeurs qui font appel d’une décision défavorable. Celle-ci ne leur serait remboursée que si, au terme de la procédure, le statut de réfugié ou la protection subsidiaire leur étaient accordés. Cela diminuerait le nombre de demandes infondées qui ne visent qu’à prolonger le séjour et l’hébergement dans le pays et raccourcirait d’autant le temps d’attente pour les autres. Des associations humanitaires ayant argué de la difficulté pour le migrant de s’acquitter de cette caution, il leur a été répondu que celui qui a accepté de payer  3000 euros pour son passage peut en avancer 200,  et qu’au pire ces associations de défense largement subventionnées peuvent elles-mêmes  prendre  en charge ce risque.

Par ailleurs reconduire le migrant dans son pays d’origine se heurte à son refus comme à celui de certains consulats qui,  sous prétexte humanitaire,  ne délivrent pas  le laisser-passer indispensable à sa réadmission. On peut brandir évidemment la menace de geler en contrepartie les subventions accordées au pays concerné. Mais les mouvements  de menton ne font pas une politique.   

De toute façon le président risque de se heurter à une double opposition sans compter qu’il lui faudra trouver les soutiens et les moyens nécessaires pour  faire appliquer sa loi.    

L’opposition de gauche et d’extrême-gauche

Selon ces adversaires, comme le résume  le site slate.fr, la politique de Macron est marquée par le sceau de la répression : "invisibiliser les campements, trier les réfugiés, expulser les migrants économiques, casser les dispositifs de solidarité, bloquer les départs depuis l’Afrique".
Certaines associations ne se font pas faute de dénoncer le TINA ("There Is No Alternative") qui empêcherait "d’accueillir toute la misère du monde". Sans compter les immigrationnistes et les No Border, pour lesquels le migrant constitue une valeur humaine incontournable qui doit pouvoir s’installer "où il veut, quand il veut". Ceux qui ne partagent pas leur opinion sont accusés d’alimenter la profusion de "discours racistes" qui prolifèreraient sur la "crise des migrants".  

L’opposition de droite et d’extrême-droite  

Causeur du 11/12/2017, rappelle que deux tiers de Français, proportion attestée régulièrement par les sondages, déclarent qu’il y a trop d’étrangers en France et s’indignent de l’arrivée de nouvelles vagues de migrants en situation irrégulière. La journaliste Elisabeth Lévy dénonce les « platitudes compassionnelles » et note que "le simple fait de vouloir qu’on en parle suffit à classer ceux qui s’y risquent dans le camp des populistes" alors que le parti immigrationniste est aujourd’hui ultra-minoritaire, y compris chez nombre d’"immigrés de souche".

Si l’opinion publique française est favorable "au contrôle ou à la réduction drastique des flux migratoires", ce n’est pas par racisme, mais  "parce qu’elle observe ou vit au quotidien la sécession culturelle d’une partie de la jeunesse immigrée, signe de la faillite de l’intégration républicaine – quand un tiers des musulmans français estiment que la loi de la République passe après celle de Dieu".

Pour élargir le débat : le point de vue  des chercheurs

La Table Ronde Internationale sur l’Immigration organisée à Moscou les 17 et 18 novembre avec la participation de chercheurs russes, allemands, italiens, français, anglais, finlandais… a fait état de nombreuses convergences. Celles–ci portent sur les données statistiques, le rapport coûts/bénéfices, le rejet grandissant des opinions publiques, la dénonciation de la confusion entre vagues migratoires et prosélytisme musulman,  le repérage de nouveaux  parcours des migrants comme la traversée de la Mer Noire au départ de la Turquie  vers la Bulgarie ou la Roumanie. Mais surtout sur les difficultés rencontrées par les migrants et les pays qui les reçoivent moins pour  leur accueil que pour  leur insertion professionnelle et leur intégration sociale.

Ils ont pointé également l’augmentation exponentielle de l’arrivée de "mineurs" non accompagnés, l’absence d’expertise et d’anticipation de ceux qui sont en charge dans leur pays de définir les politiques migratoires et l’inexistence d’une coordination à l’échelon européen y compris dans des domaines balisés comme l’accueil des réfugiés politiques ou le regroupement familial qui favorisent l’asylum shopping.

Pour ne pas conclure

Le cas de la France n’est donc pas exceptionnel. Et il y a un certain courage à vouloir légiférer en la matière. Mais, après le parcours d’obstacles que sera la décision définitive à prendre sur l’aéroport de Notre-Dame-des–Landes, la rédaction de la loi sur les migrations risque de constituer pour le président Macron une épreuve délicate à surmonter. Le père Noël lui apportera- t-il dans sa hotte la formule magique ?

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