Ministre déléguée aux Personnes âgées et à l'Autonomie pendant la mandature de François Hollande, Michèle Delaunay vient de publier un ouvrage intitulé Le fabuleux destin des baby-boomers (édition Plon). Elle y dresse le portrait d'une génération pivot, au rôle central dans les transformations sociales à venir.
Michèle Delaunay : "Plus qu’aucune autre, la génération boomer est un pivot de la société"AFP

Planet : Dans votre ouvrage Le fabuleux destin des baby-boomers, vous dressez le portrait de cette génération, scindée selon vous entre les "oiseaux du matin" et ceux de "midi". Qui sont ils ?

Michèle Delaunay : Très simplement, il faut comprendre que la génération des boomers a évolué. Les "oiseaux du matin", dont je fais partie d’ailleurs, constituent la première vague de baby-boomers. Ils ont été encore marqués par leurs parents, leurs familles, leurs connaissances politiques tout simplement, mais aussi par les guerres. De ce fait, ils ont une vision particulière du monde.

Par ailleurs, et je crois que cela fait partie des différences à noter entre les oiseaux du matin et ceux de midi, ce sont eux les premiers - et surtout les premières - à avoir conquis l’accès à l’école secondaire, ainsi qu’à l’université. Contrairement à ce qu’on entend souvent, cette première vague a vécu dans une assez grande sobriété. Ils ne connaissaient pas encore, du moins dans leur toute jeunesse, la publicité ou les achats excessifs par exemple. En tant qu’étudiants, ils ont vécu dans des conditions assez spartiates qui sont, et tout le monde en est d’accord aujourd’hui, très largement globalement inférieures à celles de la plupart des étudiants actuellement.

Ce ne sont pas, dans la première partie de leur vie au moins, ces hyper-consuméristes que l’on a décrit ensuite.

La seconde vague, les oiseaux de midi, se réveille à la consommation en même temps que la publicité — qui a eu un effet très nocif sur ce consumérisme, je dois dire. Ils se sont aussi réveillés sur le progrès technologique. Contrairement à la première génération de boomers, où ce sont les parents qui ont progressivement introduit le réfrigérateur ou le poste de télévision, ils obtiennent pour eux même des avancées technologiques telles que le tourne-disque ou des appareils de radio pour ne citer que ceux-là. 

Ce sont des consuméristes débutants, quoique fanatiques. Et comment ne le serait-on pas en face de progrès techniques tout à fait considérables ? Je dirais que ceux-là sont un peu comme les millenials d’aujourd’hui, qui changent de téléphone portable tous les quatre matins. Ceux-là aussi, parce qu’ils veulent écouter de la musique ou voire des spectacles s’ancrent davantage dans la consommation que leurs aînés.

La première vague, je le rappelle, était avant-tout composée de conquérants de la promotion scolaire, universitaire ensuite, mais aussi sociale pour finir. C’est particulièrement vrai dans le cas des femmes qui, jusque là, n’avaient pas - ou beaucoup moins - accès à l’ensemble des professions.

Pour autant, s’il existe effectivement un décalage entre ces deux générations, elles sont liées par l’événement aussi passager que fondamental que représente Mai 68. Toutes les deux ont contribué à un décorsetage majeur de la société. Elles ont nourri un appétit pour une plus grande liberté, sous toutes ses formes. Y compris, bien évidemment et en particulier pour les femmes, pour une certaine émancipation sexuelle. 

C’est cette conquête de plus de liberté qui réunit ces deux vagues. C’est pourquoi il existe entre elles une union fondamentale.

D’aucuns accusent parfois les baby-boomers d’avoir eu la vie plus facile que les autres. Que leur répondez-vous ?

En effet, ils ont vécu une période bénie du fait des progrès technologiques. On oublie toujours de citer les progrès médicaux et en soin qui ont été exponentiels. Ils seront à l’origine de la longévité que nous allons, et je parle là de nous autres boomers, rencontrer.

Dans cette zone de progrès et d’appétit de vivre, nous avons connu un plein-emploi qui n’a rien à voir avec la situation actuelle. Cependant, il ne faut pas pour autant penser qu’il aurait suffit à l’époque de lever le petit doigt pour trouver du travail. Je me lève contre cette idée. N’oublions pas que le marché du travail était en train de se partager entre les hommes et les femmes. Dans les professions comme celle de médecin, dont je parle parce que cela fut la mienne, la rivalité dans les amphithéâtre et ensuite à l'hôpital - par exemple - constituait une nouveauté. Et pour cause ! Auparavant il n’y avait que des hommes. Il y avait donc nécessité d’un fort engagement dans le travail, qu’il ne faudrait pas nier aujourd’hui.

Autre aspect important à ne pas oublier : nous vivions dans une ère d’optimisme. Les guerres étaient terminées et il existait chez nous une vraie croyance dans le progrès. Par conséquent, nous étions beaucoup plus optimistes que ne peut l’être la génération d’aujourd’hui. Or, il s’agit là, je pense, d’un élément tout à fait déterminant. Non seulement nous avions plus de chance dans l’emploi mais en plus nous pensions que les choses pouvaient bouger. A l’époque, nous nous mobilisions pour différentes causes : la paix au Vietnam, la liberté sexuelle, davantage de facilités politiques par exemple. 

Dorénavant, il me semble que les jeunes se mobilisent davantage contre. Le seul sujet à les mobiliser, c’est l’environnement. Mais malgré tout, même cette thématique est traitée sous un prisme plutôt négatif : on nous explique ce qu’il ne faut pas faire plutôt que le contraire. Je ne tiens pas à mettre nos deux générations en opposition, bien au contraire. Pour autant, il est certain que nous n’étions pas dans le même état d’esprit.

En outre, je pense qu’il est important de rappeler la dimension sociale que présentaient nos combats. Cet aspect-là, me semble-t-il, a disparu. Je n’entends pas un jeune se mobiliser pour défendre la cause des réfugiés, par exemple.

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