Depuis deux semaines, suite au suicide de son ancien associé, on parle à nouveau de DSK. Malgré l’affaire du Sofitel et ses ambitions politiques avortées, Dominique Strauss-Kahn fascine toujours les Français. Auteur du "Roman vrai de DSK", la biographie de l’ancien patron du FMI parue en poche cette année, le journaliste Michel Taubmann nous éclaire sur ce qui nourrit ce sentiment.

Planet : Etes-vous d’accord avec l’idée selon laquelle Dominique Strauss-Kahn fascine les Français ?

Michel Taubmann : "On ne peut pas généraliser. Mais, bien sûr, sa personne suscite encore un véritable engouement. Il n’est plus une personnalité politique en activité  et n’est pas non plus un ‘people’ à proprement parlé mais tout ce qui le concerne intéresse les médias. C’est un personnage mythique. Il y a quelques mois, un sondage le plaçait parmi les personnalités qui pourraient 'faire mieux' que François Hollande.  Ministre des Finances, durant les années fastes de Jospin, puis patron du Fonds monétaire international, il a acquis dans ces fonctions passées une réputation de compétence économique, d’ailleurs renforcée par le début catastrophique du mandat de  François Hollande qui a forcément suscité des regrets ou au moins une curiosité. Que se serait-il passé si….. ?

Planet : C’est-à-dire ?

Michel Taubmann : Beaucoup comparent son bilan imaginaire et celui réel de François Hollande. C’est peut-être injuste mais cette comparaison est forcément défavorable à celui qui a les mains dans le cambouis…. Si le chômage avait baissé, on  aurait oublié Dominique Strauss-Kahn. On a essayé les gouvernements de droite, de gauche mais l’option DSK, elle, n’a jamais été testée. N’étant pas élu des régions rurales  du Massif central comme la majorité des  présidents de la Ve République, - Pompidou, Giscard, Mitterrand et Chirac - n’étant pas non plus un énarque, il incarnait quelque chose de résolument moderne. Le fait qu’il possédait de l’argent et ne s’en cachait pas, le fait qu’il vivait  à l’étranger, qu’il  connaissait l’ économie… tout cela a contribué à nourrir un certain fantasme autour de sa personne.

On  peut certes réécrire l’histoire en disant qu’avec son profil il n’aurait jamais été élu. C’est oublier que Sarkozy, fils d’immigré hongrois, bling-bling et divorcé avait ouvert une brèche dans la tradition. C’est oublier aussi que l’engouement pour DSK, attesté pendant plusieurs années par les sondages reflétait un vrai désir des Français pour ce candidat tel qu’il était, c’est-à-dire quelqu’un qui était marié à une star qui ne vivait pas comme un Français moyen et ne prétendait pas être 'normal'. Mais il maîtrisait les grands leviers d’une économie mondialisée.

Contrairement à Lionel Jospin, à VGE et à Sarkozy, qui ont été  écartés suite à une sanction politique, DSK n’a pas subi de défaite électorale.  Les Français l’auraient-ils  élu ? Ce n’est pas certain. Mais on ne  peut s’empêcher de penser que François Hollande ne serait pas à l’Elysée sans  l’affaire du Sofitel de New-York. Il est devenu président de la République par défaut. En tout cas, pour certains électeurs il est difficile d’accepter que la justice, qui a arrêté DSK et la presse, qui l’a enfoncé, ont réduit leur choix.

Planet : Comment l’affaire du Sofitel a-t-elle agi sur l’opinion des Français ?

Michel Taubmann : Cette affaire est l’un des plus grands évènements médiatiques, après les attentats du 11 septembre. Avec elle, DSK est devenu le héros d’un fait divers mondial, une véritable icône mondiale. Surtout en Afrique et en Asie, où il a laissé l’image d’un dirigeant du FMI soucieux des pays émergents. Des pays où on est moins regardant sur les droits des femmes. Mais en France et aux Etats-Unis, aussi, il suscite de la sympathie. Planet : Qu’entendez-vous par là ?

Michel Taubmann : Même s’il a eu un comportement stupide et indigne de ses responsabilités de l’époque, il est évident qu’il a payé beaucoup trop cher son mode de vie dissolue. Je rappelle que le tribunal pénal de Manhattan a prononcé un  non-lieu en sa faveur dans l’affaire du Sofitel et que les éléments que j’apporte dans mon livre prouvent qu’il a été piégé. Concernant l’affaire  du Carlton, qui sera jugée en février, il n’existe apparemment aucune preuve contre l’ancien patron du FMI. Qui peut croire sérieusement qu’il a été proxénète ? D’où le sentiment d’un acharnement. Et puis beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis trois ans. Les affaires Thévenoud et Cahuzac, touchant des ministres en exercice, conduisent à relativiser les scandales de mœurs de DSK  qui relèvent d’un comportement privé qu’on n’aurait jamais dû connaître. Quant à  François Hollande, qui se présentait comme l’anti-DSK et l’anti-Sarkozy, ses déboires conjugaux ont été étalés sur la place publique.

Planet : Pensez-vous que la nostalgie pour DSK durera encore longtemps ?

Michel Taubmann : Je ne sais pas. Cette nostalgie a culminé avant la nomination de Manuel Valls à Matignon en avril dernier. La gauche moderne ou libérale était orpheline. Désormais, elle s’est trouvé un leader, jeune et cohérent, il parle vrai comme Rocard et Mendès, mais il ne souffre d’aucun état d’âme par rapport au pouvoir.  Il y a aussi l’émergence d’Emmanuel Macron aux finances, qui évoque un peu DSK, jeune ministre en 1991. Avec les frondeurs, Montebourg, Aubry, on sent bien que le match pour 2017  a commencé à gauche. Dans un tel contexte,  le souvenir de DSK va progressivement  s’effacer, devenir une image du passé.

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Pour être clair, il n’a plus d’avenir comme dirigeant politique de premier plan. Retrouvera-t-il  néanmoins un droit à la parole politique que sa compétence et son expérience internationale devraient lui offrir ? On peut le souhaiter pour lui et pour la France car son élimination de la scène publique a été un immense gâchis. Je ne connais rien des problèmes rencontrés par LSK, la société qu’il avait montée avec Thierry Leyne, cet homme d’affaires qui s’est suicidé récemment. Cette société est aujourd’hui en cessation de paiement. L’avenir de DSK dans la finance  paraît compromis. Va-t-il une fois de plus rebondir avec brio ? Et sur quel terrain ? Son destin dépend principalement de lui".

En vidéo sur le même thème : Au Sénat, DSK ironise sur ceux qui incriminent "la finance"

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