Oui, merci monsieur Benalla ! Vous venez de sauver la presse française, au moins provisoirement. J’avoue que je me demandais si on était encore en démocratie : la flagornerie des journaux vis-à-vis de notre Président devenait irrespirable ; certes, il y avait quelques exceptions, tel le Canard enchaîné, mais cela ne suffisait pas pour justifier la profession.

Et là, miracle ! Le baroudeur Benalla a fait plus en une séance de tabassage qu’un an d’erreurs au sommet de l’État : la presse est enfin sortie de sa "bienveillance" coupable. Sur ce sujet, il me semble intéressant de suivre l’évolution du journal La Croix ; rappelons que Bruno Frappat est un macroniste de la première heure ; le sera-t-il encore à la onzième heure ?

Le vendredi 20 juillet, dans son éditorial, François Ernenwein tente un contre-feu : "Soyons clair, cette bavure ne fait pas encore une affaire d’Etat". Le lundi 23 juillet, toujours en éditorial, Florence Couret conclue : "Chacun rivalise du 'meilleur' mot pour  qualifier l’affaire … La vérité sera un jour connue. Et ce ne sont pas ces excès qui auront aidé à sa manifestation". C’est tout juste si les auteurs des susdits "meilleurs mots" ne sont pas qualifiés de fouineurs dans les poubelles. Le mardi 24 juillet, François Ernenwein, toujours en éditorial, essaie de sauver les meubles : "Qui gardera les gardiens ?" ; François Ernenwein, lui, essaie de sauver notre Président. Le mercredi 25 juillet, le même journal, en page 8, prépare ses lecteurs à la révocation du fusible idéal.

Cette "bavure", si ce n’est que cela, a réussi à ressouder les oppositions : un véritable exploit. Elle a même sorti le président du Sénat, Gérard Larcher, de sa réserve coutumière. Elle nourrit trois pleines pages du Palmipède : un canard à déguster, avec un café, noir de préférence.

Et sur le fond ? Alexandre Benalla avait clairement les faveurs, non désintéressées, de notre Président ; c’est lui qui était responsable de sa garde rapprochée lors de sa campagne ; c’est lui qui était sur le point de devenir le principal patron de sa sécurité, un domaine où la priorité est le professionnalisme ; tabasser un quidam, s’infiltrer dans la police, sans autorisation officielle, être armé, sans port d’arme, se faire filmer comme un vulgaire débutant, est-ce vraiment du professionnalisme ?

N’oublions pas non plus que monsieur Benalla a probablement joué un rôle déterminant dans la descente des Champs-Élysées au pas de charge, privant plusieurs centaines de milliers de supporters de ce bonheur, pourtant bien modeste et bien mérité, de voir de près leurs champions : mais les "sans dents" n’intéressent pas notre Président ; celui-ci préfère la fréquentation des riches et des gagnants, au point de les garder pour lui seul.

L’affaire Benalla est-elle la goûte d’eau qui a fait déborder le vase, ou la vase, du fayotage ou n’est-elle qu’un feu de la Saint-Jean qui sera bientôt oublié ? Affaire à suivre.