Le projet de loi Asile et immigration a été discuté cette semaine à l'Assemblée nationale. Si gauche et droite et se déchirent sur le texte, même les députés de La République en marche ne sont pas tous d'accord. Premier accroc dans l'autorité d'Emmanuel Macron ?
AFP

Gérard Collomb ne fait pas l'unanimité sur l'immigration

"Nous ne sommes pas des députés godillots". Depuis le début du quinquennat d’Emmanuel Macron, les députés marcheurs sont régulièrement pointés du doigt : trop suiveurs, jamais contestataires… Pourtant, les débats autour du projet de loi Asile et immigration, discuté en première lecture cette semaine dans l’hémicycle, tordent légèrement le cou à cette description peu amène.

Selon les décomptes, ils ont été entre 15 et 30 députés de La République en marche à exprimer leur mécontentement face aux texte proposé par Gérard Collomb. Il n’en fallait pas plus pour que le mot de fronde fasse son apparition dans le vocabulaire des commentateurs, d’autant que les élus ne se cachent pas et font campagne, à l’instar de Sonia Krimi, sur les ondes de France Inter, lundi.

Comment ces députés ont-ils pu faire valoir leurs voix dissonantes alors que les élus de la majorité ont interdiction de voter les amendements et lois des autres groupes ? Plusieurs paramètres sont à prendre en compte comme le relève le jeune chercheur en science-politique, Jonathan Bocquet : "Les députés commencent à prendre leur place et à avoir un plus grand sentiment de légitimité. Ils ont pris en main le fonctionnement de l’assemblée et sont plus à l’aise. Il y a aussi de nouvelles formes de solidarité entre les députés, qui se connaissent mieux".

Ensuite, il y a l’essence même de la loi, selon le chercheur. "Les débats ont renvoyé non seulement à des aspects idéologiques mais surtout à des convictions profondes, presque intimes. On voit comment certains députés ont fait référence à leurs propres parcours de vie. Au delà du projet d'En Marche que les députés peuvent partager sur le fond, cette loi touche à des valeurs et à des symboles. En cela, elle a un caractère très politique car elle permet à certains députés de poser des marqueurs forts, de gauche, ou de  droite. C'est pourquoi LaRem est prise en étau au sein même de sa majorité", détaille-t-il pour Planet.

Pour autant, ces députés représentent-ils vraiment un danger pour l’unité du groupe, sur laquelle Emmanuel Macron appuie son autorité ? Pas vraiment selon Jonathan Bocquet. "Ce n’est pas une fronde, parce qu’ils ne remettent pas en cause la légitimité du gouvernement ou du ministre. Mais pour certains députés, c’est aussi l’occasion de faire émerger une aile gauche à LaRem et même de l’expliciter. La question c’est jusqu’à quel point ils veulent exister. Envisagent-ils de former un groupe, formel ou informel ?", explique le chercheur qui voit peut-être, dans le futur, des évolutions dans l’organisation des débats au sein même de la majorité.

Emmanuel Macron, non, mais Richard Ferrand…

Pour autant, selon Jonathan Bocquet, ce n’est pas Emmanuel Macron qui pourrait être affecté par ces dissensions mais plutôt Richard Ferrand, le chef de file des députés LaRem à l’Assemblée nationale. "Ca va cependant révéler des lignes de fractures interne et ça risque de fragiliser quelqu’un comme Richard Ferrand. Sa sortie en réunion de groupe n’a pas plu à tout le monde. Quand il a expliqué qu’il n’y avait pas possibilité de voter contre et qu’il a posé un ultimatum. Ça a été assez mal vécu par certains députés, des anciens, mais aussi des nouveaux", précisé Jonathan Bocquet. 

Cette analyse est par ailleurs soutenue par l’une des voix dissonantes des élus LaRem, Martine Wonner. Cette élue du Bas-Rhin a ainsi confié au Point qu’après la réunion où Richard Ferrand a brandi la menace de l’exclusion, "certains députés se sont rapprochés de nous pour signer des amendements suite à son discours".

Si l’élu breton tente de maintenir les rangs, au plus proche de l’exécutif il y a vraisemblablement une volonté de temporiser. "On a toujours su que des parlementaires prendraient leurs distances", a ainsi confié une source de Beauvau au Figaro. Reste à savoir si rancœur il y aura. En attendant,le gouvernement d'Edouard Philippe peut compter sur deux éléments pour faire oublier cet accroc dans sa majorité : la nature clivante du projet de loi et sa propre fièvre réformatrice.

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