"Insoumise", le livre de Delphine Batho, sort ce mercredi. Un ouvrage où l'exaspération et l'espoir s'entremêlent. 

Delphine Batho, l’ex-ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie s’apprête à sortir un livre à charge portant à la fois sur ses combats quand elle était en poste, sur les désillusions qui ont suivi et ses espoirs pour la suite. Insoumise relate notamment les diverses influences au sein du pouvoir et la pression exercée pour minimiser constamment le poids politique de son ministère et satisfaire les besoins de quelques entreprises peu scrupuleuses en matière d’environnement.

Le livre sortira le 15 octobre prochain alors même que la loi sur la transition énergétique est débattue en ce moment à l’Assemblée nationale. Le magazine Le Point a publié en avant-première quelques extraits de ce brûlot pro-écologiste.

Delphine Batho, "méga-enquiquineuse" ?

"Je suis une ’méga-enquiquineuse’ (…) Jugez-en par la liste des recules qui sont intervenus après mon éviction : levée du moratoire sur les retenues de substitution, allègement de la réglementation sur les élevages porcins en matière de nitrates, suppression du crédit d’impôt pour les particuliers qui s’équipe de panneaux photovoltaïques, baisse du bonus pour l’achat d’une voiture électrique, abandon de la perspective d’une loi-cadre pour l’économie circulaire, recul de la position de la France sur les trois objectifs contraignants à l’horizon 2030 concernant le paquet énergie-climat européen, report puis reculade sur la taxe poids lourd (…), diminution des investissements d’avenir pour l’écologie, en dessous de ceux mis en place par Jean-Louis Borloo… La liste et longue !"

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Un renvoi déjà programmé :

"Le lendemain matin, le président de la République décide de se rendre sur place et nous demande, à Manuel Valls et moi-même, de l’accompagner. Nous partons en avion pour Tarbes. Dans l’avion, à l’aller, nous parlons de choses et d’autres. Puis le président de la République glisse à un moment, amusé et sérieux à la fois : ‘Je connais déjà le nom de vos successeurs, vous savez.’ J’ai répondu : ‘Je n’en doute pas.’"

"La machine à signer" :

"Les Français ne savent pas qu’il y a dans les ministères des machines à signer qui peuvent remplacer les ministres et imiter parfaitement leur signature. Ainsi, les directeurs de cabinet prennent les décisions et les machines signent décrets, arrêtés, circulaires, réponses aux questions parlementaires…"

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"De nouveau, j’épluche scrupuleusement chaque dossier. Les documents sont assez sommaires. Je pose des questions. Les informations sur les couches géologiques visées laissent à penser qu’il y a anguille sous roche. Surtout, la décision de Hess Oil d’attaquer devant la justice la décision de l’État d’interdire les forages horizontaux est surprenante. Je ne veux pas signer des permis d’exploration pour du gaz de schiste à mon insu."

S’en suit une conversation déroutante avec une de ses conseillères qui lui demande de signer ces documents :

" - … Je ne signe pas, rétorque la ministre.  - C'est-à-dire que… en fait j’ai eu un appel d’Emmanuel Macron, finit-elle par lâcher dans un soupir. J’aurais dû vous le dire.  - Hein ? Comment est-ce possible que le secrétaire général adjoint du président de la République vous appelle pour que je signe ces permis miniers là et que vous ne me le diziez pas dans l’instant ? Et en plus, vous me proposiez de signer ce parapheur sans me le dire ?, lui demandé-je en colère, stupéfaite.  - Je crois qu’il faut signer, Madame, il vaut mieux pour vous, vraiment, me dit-elle très calmement, visiblement embarrassée."

Au sujet d’Henri Proglio, patron d’EDF :

"Que Henri Proglio défende son point de vue est une chose, qu’il gagne presque tous les arbitrages en est une autre. Ce que je refusais, il l’obtenait du Premier ministre directement."

"Quand il est apparu que le projet de loi sur la transition énergétique renoncerait à se donner les moyens d’atteindre l’objectif du président de la République sur la réduction de la part du nucléaire, j’ai fini par appeler avec ironie Henri Proglio le 'ministre fantôme' de l’Énergie pour dire à quel point ce n’est pas l’État qui dirige EDF, mais à l’inverse le patron d’EDF qui semble diriger l’État."

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