Planet : À l'aune de campagnes de cet ordre mais aussi de ressentiment potentiel entre les générations, faut-il craindre une rupture consommée entre les jeunes et leurs aînées ? Quels en seraient les impacts, tant sur les plans sociétaux que politiques et comment l'éviter, le cas échéant ?

Erik Neveu : Les tensions entre générations sont un élément structurant de la vie sociale, on l’a vu en 68, en 2006 dans la mobilisation des lycéens et étudiants contre le "contrat première embauche" qui leur proposait un SMIC au rabais. Beaucoup de jeunes actuellement ont de fortes raisons de penser que le sort ne les a pas fait naître au moment le plus paradisiaque : elles et ils galèrent pour trouver un emploi, subissent des années de petits boulots précaires. Leur vie sociale est aujourd’hui détruite par le COVID et des mesures qui – au moins avant l’apparition de variants plus agressifs – visaient surtout à protéger les aînés.

"Développer des politiques spécifiques vers les jeunes"

Il y a donc bien urgence à développer des politiques spécifiques vers les jeunes. Et des travaux comme ceux de Tom Chevalier, montrent qu’aider les jeunes à accéder à l’autonomie économique, comme cela se fait en Scandinavie, et y compris par l’accès à des minima sociaux de type RMI, n’a pas pour effet d’enraciner une culture de l’assistanat mais développe plus la confiance en soi, l’attachement au système politique. Et puis le B.A. BA d’une réflexion sur ce qui fait société c’est aussi de penser que le monde est fait de générations, mais au moins autant de classes, de détenteurs de ressources inégales, de familles politiques. L’agriculteur de 70 ans qui touche 500 euros de retraite, les veuves d’ouvriers qui comptent chaque sous à partir du 15 du mois sont-ils des profiteurs des Trente glorieuses ? Jeff Bezos, Elon Musk ou les actionnaires de Pfizer pour qui la crise du COVID a été une formidable occasion d’accumuler plus de richesses sont-ils des "boomers" ? Le total sous-équipement informatique du monde scolaire français dont les élèves voient les joyeux effets, la consécration par la loi d’une précarité au travail généralisée, cela ne date pas des trente glorieuses et de vilains boomers...mais bien d’équipes gouvernementales où des générations plus jeunes étaient bien présentes. N’y avait-il pas d’écologistes au gouvernement quand on votait la Loi El Khomri ?

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