Planet.fr a procédé à un appel à témoins afin de déterminer quels étaient les arguments avancés par les électeurs ayant fait le choix FN. Voici ce qui en ressort.

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À travers un appel à témoins réalisé par Planet.fr et au gré des commentaires laissé sur les sujets concernant la victoire du Front National, la rédaction a établi une liste de quatre arguments récurrents. Exposés ci-dessous, nos journalistes ont confronté ces arguments avec les données tangibles dont nous disposons.

1. "L’immigration coûte trop cher"

"Beaucoup d’étrangers qui viennent profiter des aides de l'État (CMU, Caf etc.)" nous indique une internaute. "Ne venez pas me faire un discours pour dire que l’immigration est primordiale pour la France car c'est totalement faux, elle n’a fait que ruiner les Français" croit savoir une autre. Alors, qu’en est-il ?

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Selon une étude réalisée par trois économistes sur laquelle s’est basé le journal spécialisé Les Echos, l’immigration rapporte par an 300 millions d’euros à la France. Mieux, elle aurait même stimulé la croissance entre 1994 et 2008. Quant à l’idée selon laquelle l’immigration coûte cher en raison des prestations sociales accordées aux étrangers, un audit sur la question a montré que celle-ci était fausse.

L’économiste Lionel Ragot rappelle que la majorité des étrangers (entre 25 et 50 ans) travaillent, donc cotisent. "La contribution aux budgets publics des immigrés est donc positive" selon le spécialiste qui a consacré un ouvrage à cette question. Pour l’économiste, ce n’est pas parce qu’ils sont surreprésentés sur certaines prestations sociales (RSA, allocations) que les immigrés pèsent plus sur les finances publiques.  

2. "L’immigration nuit à l’identité française"

"Les étrangers viennent nous imposer leurs mœurs" réagit un internaute en prenant pour exemple la "construction de mosquées" ou le "racisme anti blanc". Cette préoccupation, qu’il serait facile de qualifier de xénophobe, signifierait donc qu’existerait une corrélation entre la présence d’étrangers et le vote FN. En d’autres termes, l’argument laisse penser que ceux qui ont voté FN vivraient dans un milieu où existe cette présumée "acculturation" engendrée par une trop importante présence d’immigrés. Alors, qu’en est-il ?

Comme le montre ce tableau réalisé par Le Monde avec les données du ministère de l'Intérieur, les endroits où les étrangers sont les plus nombreux ne sont pas les zones où le FN engrange les meilleurs scores. Ceci montre que cette préoccupation est plus liée à l’image de l’immigration qu’à la réalité de celle-ci. Ce sont bien des préjugés qui prévalent ici.

Autre donnée importante, la France compte moins d’étrangers sur son territoire que ses voisins européens. Alors que l’hexagone compte 5.9% d'étrangers sur son sol ils représentent 12.3% de la population en Espagne, 8.8% en Allemagne et 7.2% au Royaume-Uni.

3. "Tous pourris"

S’il n’est pas formulé de cette façon par les internautes sollicités, il s’agit bien d’un vote sanction pour beaucoup. "Ras le bol", "bien fait", "marre des magouilles" reviennent régulièrement dans le discours des internautes qui fustige une classe politique intéressée "que par le fric".

Ces derniers temps, les déçus de la classe politique ont été pour le moins gâtés (affaires Cahuzac, présidence de l’UMP, Karachi, Bettencourt, écoutes téléphoniques, Bygmalion etc.). Ces affaires qui ont jeté le discrédit sur les formations classiques sont venus s’ajouter aux échecs successifs des deux partis majoritaires qui ne sont pas parvenus à enrayer les dégâts engendrés par la crise.

"Après deux ans de CAE dans un établissement privé, me retrouver au chômage avec 450 € par mois, c’est une honte" nous indique une lectrice qui a fait le choix FN. Outre les réelles idées défendues par Marine Le Pen, c’est davantage le désir de punition d’une classe politique incapable de répondre aux préoccupations des Français qui émane des commentaires qu’une véritable adhésion au programme du FN.

4. La sortie de l'euro

"C'est juste simplement parce qu'il [le FN] propose de sortir de l'euro et de retrouver notre monnaie et notre souveraineté" nous explique une autre internaute concernant les raisons qui ont motivé son choix. Cet argument est le plus marginal parmi ceux que la rédaction a récolté. Celui-ci laisse entendre que les problèmes économiques rencontrés en France sont en grande partie dus à la monnaie unique qui aurait endommagé le pouvoir d'achat des Français.

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Selon plusieurs études, la sortie de l'euro entraînerait forcément une dévaluation. Si la dévaluation observée est de 20%, la dette que la France a contracté en euro augmenterait de 20%. En plus d'envoyer un signal négatif aux potentiels investisseurs, la sortie de l'euro impactera la valeur de votre capital qui aura suivi la courbe de l'inflation observée. Comme le rappelle un article de Rue 89, la situation n'était guère plus stable sous le franc. En effet, "la Bundesbank allemande suivait sa politique monétaire sans se soucier des autres, et chacun devait s’aligner sur les taux d’intérêt allemands, même si ces taux étaient peu adaptés à leur situation" selon le site qui souligne que l'argument de la "souveraineté retrouvée" ne tient pas. Ainsi, derrière cette préoccupation monétaire se cache la déception de n'avoir su trouver chez les partis majoritaires de véritables propositions relatives à la sortie de la crise et à la baisse des inégalités.

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