Emmanuel Macron cherche à tout prix à convaincre au délà des métropoles. Il en a de nouveau fait la démonstration à l’occasion du Salon de l’agriculture.

"Je suis un provincial, je suis monté à Paris à 16 ans", a récemment déclaré Emmanuel Macron alors qu’il rencontrait des agriculteurs. Les faits donnent évidemment raison au chef de l’Etat, natif d’Amiens, où il a fait sa scolarité du primaire et du secondaire.

Cependant, c’est principalement à Paris qu’a ensuite résidé Emmanuel Macron. Le jeune adolescent a effectué son année de terminale au lycée Henri IV où il effectuée ensuite ses classes préparatoires. La suite est connue : Science-po et Philo puis l’ENA à Strasbourg. Sitôt sorti de la promotion Senghor, il intègre l’inspection générale des finances.

N’en déplaise d’ailleurs à Emmanuel Macron, qui ne croit pas à "une France des villes et une France des champs", force est de constater - selon les chiffres du ministère de l’Intérieur - que c’est la première qui lui a permis d’accéder à la fonction suprême : 58% des voix qu’il a reçues au premier tour venaient des cœurs des grandes aires urbaines. Un chiffre qui ne sert pas vraiment le président au moment où il a besoin de se détacher de son image de président des "riches", de président des "villes". Car derrière ce côté provincial, c’est en réalité de "ruralité" qu’il est question. Sa côte de popularité a dévissé pour atteindre 43%, selon un sondage BVA et Orange pour RTL et la Tribune, alors que dans une étude du Figaro 69% des Français le jugent "plutôt éloigné de la France rurale".

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Objectif : ancrage local

Autant dire donc que le chef de l’Etat avait grand-intérêt à réussir sa visite du salon de l’agriculture. L’effort a été anticipé : 700 agriculteurs accueillis à l’Elysée en amont, et la performance à la hauteur : 12h30 dans les allées du salon. Ce n’est pas la première fois d’ailleurs que le président essaye de se détacher d’une image urbaine, en démontre, entre autres, son soutien à la chasse et son souhait de rétablir les chasses présidentielles.

Si comme le souligne le journaliste Olivier Biffaud sur Slate, les clivages politiques se calquent de moins en moins sur les clivages géographiques, il n’en reste pas moins que justement les hommes politiques aiment à l’entretenir, le premier d’entre eux : Laurent Wauquiez. Cette stratégie d’Emmanuel Macron, de s’ancrer dans le terroir, c’est donc aussi une volonté de ne pas se laisser déborder sur sa droite par le chef des Républicains qui n’hésitait pas à dire du président qu’il a "une haine de la province", et d'anticiper les prochaines élections.

Si La République en Marche a fait un carton aux législatives, les municipales tout comme les européennes seront beaucoup plus délicates. C’est aussi pour cela qu’Emmanuel Macron envoie des signaux et s’entoure de relais forts à l’instar de François Patriat. Le sénateur de Côte d’Or a d’ailleurs été nommé comme l’un des quatre délégués nationaux aux élections et aux territoires. Charge à eux d’organiser la stratégie de la majorité pour les municipales. Le défi s’annonce d’ailleurs de taille comme le relevait Olivier Rouquan pour France Inter. "En 2 ans, vouloir conquérir cet électorat très périphérique, c’est ambitieux. Cet électorat s’est depuis longtemps tourné vers les partis souverainistes qui contestent l’Union européenne. LREM s’y met progressivement avec cette stratégie mais cela va prendre du temps pour obtenir des résultats significatifs sur la plan électoral."

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