Est-on encore en démocratie ? Certes, dieu merci, Emmanuel Macron est très loin d’être un nouveau Kadhafi – que certains regrettent. Mais sa désinvolture face à des dossiers lourds laisse perplexe. De plus, et surtout, la mansuétude des médias à son égard devient inquiétante. "Un média gentil, ça n’intéresse personne".

La taxe de 3 % sur les dividendes des sociétés jugée illégale à la fois par l’Europe et par le Conseil constitutionnel va creuser un trou financier évalué entre 5 et 15 milliards d’euros, ce qui n’est tout de même pas négligeable. Cette taxe est essentiellement due au gouvernement précédent. Nul n’ignore que l’économie ne passionnait pas François Hollande : dans ce domaine, il s’appuyait sur Emmanuel Macron ; c’est donc celui-ci qui est le vrai responsable de cette taxe. Or, même en arrivant au pouvoir, il a laissé traîner ce boulet. Est-ce par paresse, car ce dossier ne l’intéressait pas ? Ou est-ce par cynisme puisque les bénéficiaires de ce gâchis sont de puissantes multinationales ? François Fillon a été victime d’un lynchage médiatique pour infiniment moins que cela. En dépit d’un gros titre accrocheur, dans ses pages intérieures, le Canard enchaîné lui-même fait patte de velours ; quand il liste les responsables, Emmanuel Macron n’est évoqué que du bout du bec.

Le dossier des "travailleurs détachés" est encore plus inquiétant ; comme prévu, Emmanuel Macron n’a rien obtenu de substantiel ; la porte de la France est grande ouverte ; les travailleurs étrangers viennent en France pour prendre des emplois peu qualifiés, au détriment du petit peuple ; les travailleurs français hautement qualifiés vont chez nos voisins plus riches en privant la France de compétences dont elle aurait le plus grand besoin.

L’attaque virulente contre les HLM laisse pantois ; la France a besoin de construire et de rénover des logements pour les moins fortunés ; c’est exactement l’inverse que nous prépare l’actuel gouvernement. Certes, il fallait rénover l’APL, mais à l’inverse de ce qu’a fait notre Président. La "loi travail" a apporté quelques satisfactions au patronat – pourquoi pas – mais elle n’a apporté aucune simplification administrative, domaine qui dépend surtout de l’État. La palme d’or revient à la demi-suppression "aveugle" de l’ISF qui va, entre autres, alimenter les fonds spéculatifs.

Le gouvernement actuel a su arrêter quelques initiatives débiles dues au quinquennat précédent : c’est bien, mais cela ne suffit pas. Selon moi et sauf à la marge, la "méthode Macron", au service du grand patronat et à la remorque de l’Europe, est structurellement erronée. Si tel est le cas, dans deux ou trois ans, le petit peuple constatera l’ampleur des dégâts ; la réaction pourrait être violente et le tsunami pourrait emporter les médias qui n’ont pas eu la lucidité de tirer la sonnette d’alarme.