Entretiens d’embauche, évaluations régulière… La start-up nation commence à l’Elysée avec un fonctionnement proche des logiques managériales. Planet décortique.

Pendant sa campagne, Emmanuel Macron a affiché sa volonté de faire de la France une start-up nation. Si sur les réseaux sociaux, cela s’est traduit par de nombreux détournements plus ou moins humoristiques, les pratiques entrepreneuriales ont trouvé un écho immédiat dans l’organisation même de l’exécutif. Ce lundi, Le Nouvel Obs se fait l’écho d’un article de ce que fut le premier entretien d’embauche d’Edouard Philippe. Convié à dîner entre les deux tours par le futur président de la République, l’ancien maire du Havre est en fait évalué par les proches d’Emmanuel Macron : "Une fois l'invité reparti, les participants – Gérard Collomb, Richard Ferrand, Alexis Kohler, Philippe Grangeon... – furent invités par Macron à remplir une fiche d'évaluation sur Philippe".

Les exemples sont nombreux. Outre avoir limité le nombre des conseillers de ses ministres à 10, le chef de l’Etat a également prévu des évaluations régulières, ainsi qu’il l’avait annoncé le 18 mai. Mi-février, Le Monde se faisait justement l’écho d’un de ces entretiens d’évaluation. Objectif : faire le point après neuf mois et ajuster "la feuille de route pour la rentrée". Face aux ministres, se trouvent notamment Alexis Kohler, secrétaire général de l’Elysée, et son adjointe, Anne de Bayser. Le quotidien du soir évoque même un "tableau des engagements" afin de vérifier que les promesses de campagne sont tenues.

L'étape au-dessus

La méthode n’est pas vraiment nouvelle au regard de l’ensemble de la fonction publiques. "Déjà sous le précédent quinquennat, il y a eu un certain nombre de réformes dans le recrutement pour certaines postes. Par exemple à l’ENA, il y a eu la mise en place de simulation par jeu de rôle. Dans une autre mesure, Nicolas Sarkozy avait une vision approchante avec la RGPP (révision générale des politiques publiques)", note Ie politologue et p rofesseur à l'Institut supérieur de management public et politique,  Olivier Rouquan. Cependant avec le nouveau président de la République, ce qui change c’est l’ampleur. "Emmanuel Macron passe à l’étape supérieur. Cela se voit avec les ministres mais aussi avec les élus de La République en Marche à l’Assemblée nationale qui viennent plus du privé", ajoute le spécialiste.

Comme le pointe du doigt Julien Boelaert, chercheur et auteur avec Sébastien Michon et Étienne Ollion l'auteur de Métier : député. Enquête sur la professionnalisation de la politique en France, malgré son renouvellement l'Assemblée nationale fait la part belle aux classes supérieures. "L e fait marquant des législatives de 2017, c'est ce renouvellement très important, qui a vu arriver à l'Assemblée des personnes qui avaient beaucoup moins d'expérience politique que leurs prédécesseurs. Cette ouverture est toutefois limitée, car cette Assemblée est socialement encore moins représentative de la population française que les précédentes. Les ouvriers et employés en sont toujours pratiquement absents alors qu'ils représentent près de la moitié de la population active. Et parmi les classes supérieures il y a eu un vrai déplacement en faveur des cadres supérieurs du privé et des chefs d'entreprise", analyse-t-il.

Le parcours d'Emmanuel Macron, mais pas seulement...

Ces pratiques managériales appliquées au politique s’expliquent en partie par le parcours d’Emmanuel Macron, ancien de la banque Rothschild  mais également ancien Secrétaire général de l’Elysée. Il y a chez le président de République une culture du privé, qui a l’Elysée se transforme "dans un top management" et un souci constant d’efficacité. "Il y a aussi chez Emmanuel Macron une volonté de réinsuffler la confiance, car la défiance des citoyens est fondée sur l’inefficacité de certaines politiques, comme le chômage par exemple".

A ce titre, le gouvernement a souvent été taclé pour son côté technocrate. Aux ministres l’expertise, au Premier ministre et au président la partie politique."Les ministres restent relativement en retrait, ils s’exposent moins médiatiquement que leur prédécesseurs. Sur plusieurs réformes, on a surtout parlé d’Edouard Philippe et d’Emmanuel Macron, qui en ce sens s’inspirent des grands patrons qui gèrent de nombreux dossiers. L’aspect collectif est moins valorisé", note Olivier Rouquan. La communication très verrouillée du président de la République répond également à cette analyse.

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Toutefois, cette approche montre ses limites. "Peut-on diriger la sphère politique et administratrice comme la sphère entrepreneuriale ? La légitimité du politique ne se trouve pas forcément dans l’efficacité", ajoute Olivier Rouquan tout en avançant deux arguments : "Quand on se revendique de l’efficacité, on est dans une culture politique de droite et donc pas au centre", mais surtout, "la légitimité passe aussi par le travail délibératoire, à l’Assemblée nationale et avec les partenaires sociaux. Cela entre dans le registre de la politique traditionnelle et ça demande du temps".

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