Lors de son interview sur BFMTV, Emmanuel Macron a prononcé une petite phrase laissant peu de doute quant à son ambition de se représenter en 2022. Avec quelle stratégie ? Décryptage.
AFP

L'objectif est très clair pour Emmanuel Macron : en marche vers 2022

"Si ça ne marche pas dans 5-10 ans, ce sera (ma responsabilité)". Sur le plateau de BFMTV, il y a quelques semaines, Emmanuel Macron a confirmé : l’objectif c’est sa réélection en 2022. D’ailleurs dès les députés de la majorité élus en juin dernier, leur chef de file, Richard Ferrand avait posé les bases, déclarant : "L'objectif, c'est la réélection d'Emmanuel Macron en 2022 !".

Pour autant, le président de la République va devoir continuer à convaincre pendant au moins quatre années avant de prétendre de nouveau aux fonctions suprêmes. Pour l’instant, les marqueurs sont plutôt au vert. Même si sa cote de popularité connaît quelques soubresauts, elle reste au-dessus de celle de ses deux prédécesseurs, et la posture régulièrement jugée verticale ou autoritaire satisfait. Un sondage Ifop-Fiducial pour Paris Match, Sud Radio et Cnews montre que pour 57% des personnes sondées, il tient ses engagements, et que pour 73% il a de l’autorité.

S’il veut être élu, Emmanuel Macron n’a aucun intérêt à changer une méthode qui fonctionne estime le politologue et maître de conférence à Science Po Grenoble, Vincent Tournier, pour qui le président comble un déficit d’autorité dont souffrait François Hollande et que réclame les Français. Il a également tout intérêt à continuer sur le rythme soutenu des réformes, ajoute Jean Petaux, politologue à Science Po Bordeaux. "Il n’a pas d’autre option que de continuer à foncer, de continuer sur le même rythme intense. Il ne peut pas faire de pause. Son ambition politique, son mouvement politique est basé même sur la notion d’avancement et de mouvement (…) S’il s’arrête, il sera dans la situation du cycliste qui arrête de pédaler et qui donc, tombe", explique-t-il à Planet.

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C’est en partie pour cela, juge que Jean Petaux, que d’ici 2022, le président de la République a tout intérêt à produire des marqueurs forts, dont le plus récent n’est autre que la réforme de la SNCF : "Le dossier emblématique jusqu’à l’été, c’est la réforme de la SNCF, c’est symbolique plus que stratégique. S’il arrive à passer là-dessus, il aura un boulevard devant lui comme Margaret Thatcher après son bras de fer avec les mineurs au début des années 80".

Outre ces marqueurs, Emmanuel Macron sera évidemment jugé sur le respect de ses engagements – "je fais ce que je dis" - et donc forcément la situation sociétale et économique du pays, chômage et service public compris, mais également des questions qui le mettent peut-être plus en danger : la sécurité et l’immigration. Car ce sont précisément sur ces sujets que l’attendent la droite et l’extrême-droite, et qu’il va lui falloir contenir.

Laurent Wauquiez et Marine Le Pen en embuscade

"Le péril vient de la droite", assure sans douter Vincent Tournier. Jugeant la gauche dans l’incapacité de se reconstruire complètement et assez solidement d’ici 2022, il estime que c’est une alliance à droite qui menace le plus Emmanuel Macron, d’autant que des récents signaux ont été émis en ce sens récemment.

Parmi ces signaux, se trouvent notamment l’appel d’Angers pour l’unité de la droite, signé aussi bien par des personnalités de Les Républicains, comme Thierry Mariani, que par des gens affiliés ou proches du Front National, comme Jacques Bompard, et Robert et Emmanuelle Ménard. "Le FN a compris qu’il n’y arriverait pas tout seul et les LR parviennent de plus en plus à cette conclusion là aussi. L’enjeu pour Emmanuel Macron c’est d’arriver à empêcher la construction d’une unité de droite radicale. C’est face à cela qu’il va devoir préparer sa stratégie et notamment continuer à cristalliser les oppositions autour de la question européenne. Il va continuer à se présenter sur ce front là, tout en bétonnant à côté les questions de sécurité et d’immigration", explique Vincent Tournier.

Et les élections municipales et européennes ? Les deux politologues sont formels, elles ont finalement peu d’importance au regard du passé, rappelant notamment comment le gaullisme a eu du mal à s’implanter localement en 1962. "Selon moi nous allons donc avoir un parlement de plus en plus hors sol, sans ancrage territorial et de l’autre côté des pouvoirs locaux découpés du pouvoir parlementaire. Mais c’est un grand changement qu’a compris Emmanuel Macron. Il a possiblité de fonctionner avec un parti dominant à l’Assemblée nationale et un contre-pouvoir local", assure Jean Petaux. Et Vincent Tournier d’ajouter : "Il va trouver des relais notamment chez les élus locaux PS et LR mais aussi chez ceux qui sont sans étiquette. Je crois qu’il fait le pari que ça vienne rapidement". Reste à attendre 2022 pour savoir si sa stratégie s’avérera payante...

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