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Rencontre avec les syndicats, appel à un "nouveau contrat social", explication sur les "premiers de cordées"…  Le président semble multiplier les appels du pied à gauche.
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Emmanuel Macron : cherche-t-il à séduire sa gauche ?

"Il a convenu que la première année de son mandat avait été menée à son rythme à lui et qu’il n’avait pas écouté beaucoup", a lâché Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, à la sortie d’une réunion de près de trois heures avec le président de la République et les sept autres chefs de file des organisations syndicales et patronales. Pour Pascal Pavageau (FO), il y aura probablement "un avant et un après 17 juillet", rapporte L’Express. "Il a dit qu’il allait désormais devoir s’appuyer sur nous", poursuis François Asselin (CPME). Il serait même "disposé à nous donner notre place, la place qu’on réclamme", abonde Philippe Louis (CFTC).

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"Je reste méfiant car le naturel revient très vite", expliquait toutefois François Hommeril (CFE-CGC). Si certains patrons d’organisations syndicales demeurent méfiants, ce n’est pas le seul signe qu’a envoyé Emmanuel Macron, récemment.

"Ce n’est pas le premier de cordée qui tire les autres sur la corde. Chacun doit aller, aspérité après aspérité, prendre sa propre prise. Mais quelqu’un a ouvert la voie", a déclaré mardi le président, devant les patrons des cent plus grandes entreprises françaises. "Je le dis parce qu’une société qui n’a pas ses premiers de cordée, qui n’a pas des gens qui arrivent à ouvrir la voie dans un secteur économique, social, dans l’innovation, ne monte pas la paroi. Mais quand il n’y a personne qui assure, le jour où ça tombe, ça tombe complètement", a-t-il poursuivi, rapporte BFMTV. Devant le Congrès, il n’avait pas non plus hésité à parler de "nouveau contrat social".

Est-ce à dire à dire que le chef de l’Etat opère soudainement un virage à babord, comme pour réactiver les électeurs qu’il perd toujours plus sur son flanc gauche ? Pas exactement, estime Bruno Cautrès, politologue, chercheur au CEVIPOF et enseignant à l’Institut d’Etudes Politique (Sciences Po). "Emmanuel Macron n’a pris un virage à gauche. Il a décidé, à l’évidence, de revoir sa méthode de travail mais pas l’orientation générale de sa politique. N’oublions pas que pour lui et son parti, les questions de droite et de gauche constituent un faux problème, ou en tout cas un problème dépassé", souligne-t-il. Il rappelle également l’un des "mantras" du président, qui voudrait que les choses soient "justes parce qu’elles sont efficaces et efficaces parce qu’elles sont justes". Fondamentalement, le politologue ne voit pas d’évolution dans la ligne de l’exécutif. "Pour Emmanuel Macron, l’efficacité c’est toujours mener une politique plus équitable qu’égalitariste", juge-t-il.

Emmanuel Macron : un risque de confusion avec le "vieux-monde" qu'il dénonce ?

Néanmoins, il y a clairement un changement d’attitude à l’égard des partenaires sociaux. Et même si cette évolution ne concernera – peut-être – que la forme, elle a de quoi être notée. "Ce n’est pas tant par projet politique que par nécessité qu’Emmanuel Macron a bougé sur cette question. Il s’agit de casser l’image d’un président qui passe coûte que coûte, sans jamais trembler et sans jamais prêter attention aux avis contradictoire. Bien sûr, c’est un de ses traits de personnalité qui est parfois mis à son crédit… Mais c’est aussi l’une des principales raisons pour lesquelles il est jugé arrogant, cassant, monarchique. Il veut montrer qu’il sait écouter, tenir compte et éventuellement retenir une leçon", analyse le chercheur. Selon lui, c’est pour enrayer la violente hémorragie de sa popularité que le président a décidé de fléchir sur la forme. "Emmanuel Macron est perçu par une partie de l'électorat comme le président des riches. L’exécutif a bien compris que ce n’était pas un thème passager dans l’opinion, qu’il s’était durcit. A l’approche de rendez-vous électoraux importants, il ne souhaite pas s’exposer à une sanction que pourraient utiliser La France Insoumise ou le Rassemblement National (ex-FN)", poursuit l’enseignant. Pour lui, l’enjeu stratégique d’Emmanuel Macron est clair : se montrer ferme, mais capable d’écouter. "Il cherche clairement à renouer avec la tonalité d'ouverture de sa campagne présidentielle, pour mieux fidéliser les familles politiques qu'il cherche à conserver : le centre-droit et le centre-gauche."

Une telle initiative pourrait-elle brouiller son image de président réformateur et évoquer un "vieux-monde" davantage près à des concessions ? A des réformes qui ne seraient pas menées à leur terme par "lacheté politique" ? "C’est un risque", estime Bruno Cautrès. "Cependant, je doute qu’Emmanuel Macron en souffre énormément."