Au cours de l'intronisation du président de la région, les discours et la mise en scène dans l'hémicycle corse ont inquiété le gouvernement et provoqué la colère de la classe politique.
AFP

A l’occasion de la double élection du président de l’Assemblée de Corse et du chef du conseil exécutif (le mini-gouvernement de l’île) jeudi, plusieurs scènes ont donné lieu à des motifs d’inquiétudes de la part du gouvernement.

Dans les termes tout d’abord. L’indépendantiste Jean-Guy Talamoni, allié avec le victorieux Gilles Simeoni, a évoqué lors de cette séance "le premier gouvernement national depuis le XVIIIe siècle", le siècle de la "nation" corse, tandis que Gilles Simeoni appelait à "une relation repensée et reformulée avec l’Etat."

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Un discours en langue corse

Les neufs élus du "gouvernement" de l’île ont ensuite terminé la séance par une étrange prestation de serment, "provoquant la stupeur de Manuel Valls. Le Premier ministre cherchait vendredi matin à joindre M. Simeoni.", écrit Le Monde. En effet, à peine élu, Gilles Simeoni, le nouveau président de la région, a prononcé un discours (lisible ici) en langue corse, traduit ainsi pour les journalistes continentaux : "Je serai naturellement le président de tous les élus de cette Assemblée, mais il me faut dire quelques mots au nom de cette partie du mouvement national qui n’a jamais accepté de reconnaître le principe de la tutelle française sur la Corse, au nom de tous ceux qui depuis 1768 [la deuxième révolution corse], n’ont cessé de combattre pour que la Corse demeure une nation, au nom de ceux qui n’ont jamais renoncé à l’idée d’indépendance."

"Un serment du Jeu de paume à la sauce Paoli"

Un discours conclu par un "Evviva a Nazione, Evviva a Corsica…" et suivi du Diu vi salvi regina, l’hymne corse, qui a provoqué l’embarras de nombreux élus de l’opposition. En guise de conclusion à cette journée "historique" comme ils l’avaient déclarée, Jean-Guy Talamoni et les neuf membres (nationalistes) du "gouvernement corse" se sont réunis auprès d’un pupitre pour prêter serment. Jean-Guy Talamoni a prêté serment (en corse) sur La Justification de la révolution corse (1758).

Un vrai "s erment du Jeu de paume à la sauce Paoli [la figure du nationalisme corse, NDLR]", murmurait-on agacé jeudi soir à la préfecture. "Désormais, quand on ira à la préfecture on ira au consulat et quand on ira au conseil départemental ce sera l’ambassade", a fait savoir au Monde un élu de droite agacé.

La classe politique indignée

Pour certains responsables politiques de droite comme de gauche, la pilule est mal passée. Invité d'Europe 1 vendredi, Jean-Pierre Pierre Chevènement s'est dit "choqué" par le discours d'investiture de Jean-Guy Talamoni. Sur BFMtv vendredi matin, Jean-Luc Mélenchon a lui affirmé que s'il "aimait la Corse", il se sentait "un peu offensé quand le président d'une assemblée française ne parle pas dans la langue que je comprends." Le numéro deux du Front national, Florian Philippot, a lui écrit sur Twitter : "Dans les institutions de la République, il faut plus encore qu'ailleurs défendre et promouvoir la langue française, notre trésor !" Du côté de la droite, François Fillon a appelé le Premier ministre à la fermeté.

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