Le Premier ministre est, dit-on, sur la sellette. Emmanuel Macron souhaiterait s'en débarrasser, tantôt par peur, tantôt par jalousie. Pour Frédéric Farah, d'autres raisons justifieraient largement son départ.
"Comptable des morts et du désarroi hospitalier, Édouard Philippe doit partir"AFP

Gérald Darmanin l'a dit, il veut "peser davantage". Ils sont nombreux, dorénavant, à convoiter la rue de Varenne et à mettre en place leurs pions pour remplacer Édouard Philippe. L'ancien maire du Havre, qui pourrait être réélu à la tête de sa ville le 28 juin 2020 risque en effet d'être remercié, comme l'a déjà largement expliqué la presse française, dont Planet.

Si Édouard Philippe doit partir, c'est d'abord en raison des tensions idéologiques qu'il peut exister entre lui et le président de la République, affirme Gaël Sliman, chroniqueur politique et cofondateur du cabinet Odoxa, interrogé par La Dépêche. C'est aussi parce que "c'est le bon moment". "C'est logique de changer de Premier ministre après 3 ans, d'autant qu'Emmanuel Macron a en ligne de mire la prochaine élection présidentielle de 2022", résume-t-il.

Toutefois, pour l'économiste Frédéric Farah, c'est bien autre chose qui devrait motiver ce départ. L'universitaire, marqué à gauche, est professeur de sciences économiques et sociales à la Sorbonne Nouvelle. Il est également chercheur affilié au Laboratoire PHARE de la Sorbonne. Et il ne mâche pas ses mots.

"Édouard Philippe est l'incarnation d'une certaine classe politique française, libérale très conservatrice, qui jouit d'une certaine sympathie dans tout ou partie de la presse française. Il faut le comprendre : c'est un homme élégant, posé et raisonnable. Mais cela ne change rien. En pratique, il représente toujours cette même idéologie dangereuse qui, on l'a vu, a largement ajouté à la crise sanitaire", assène-t-il d'entrée de jeu.

"Naturellement, Édouard Philippe n'est pas le seul responsable. Mais il fait partie de cette France qui a souhaité, imaginé et mis en place le tout marché, qui a transformé l'hôpital public en entreprise. Par conséquent, il est mécaniquement comptable des morts du coronavirus Covid-19, autant que du désarroi hospitalier que l'on connaît aujourd'hui en France", poursuit-il, amer. Et c'est loin d'être le seul reproche qu'il a à formuler.

"C'est lui, aussi et pas seulement, qui a voulu que l'on maintienne pas les lits de réserve, qui a préféré une politique de flux-tendus, y compris à l'hôpital. Son gouvernement nourrit cette idéologie de la France-entreprise et de la start-up nation. Ils sont tous responsables, mais c'est ainsi que fonctionne la Vème République. Edouard Philippe sera mécaniquement plus désigné que les autres", explique encore le chercheur.

Edouard Philippe doit-il partir pour protéger Emmanuel Macron ?

"N'oublions pas, par ailleurs, qu'il est de facto le fusible du président de la République. C'est pourquoi, pour assurer la pérennité de l'action d'Emmanuel Macron, il devra mécaniquement partir. Cela ne signifie pas que le chef de l'Etat soit moins responsable, au contraire. Ils viennent du même monde et affichent la même tendance au dédain et à la morgue que peuvent avoir les gens issus de la main droite de l'Etat", juge Frédéric Farah.

Et l'économiste d'ajouter que "le confinement n'est que la réaction logique du manque de moyen de nos hôpitaux", combien aussi il faut qu'Emmanuel Macron lui même parte. "Comme Edouard Philippe, comme leurs prédécesseurs respectifs, il n'a pas fait ce qu'il avait à faire et a préféré rejeter la responsabilité sur les Françaises et les Français, qui respecteraient mal les mesures sanitaires. Pourtant, si ce président jugeait sérieusement et respectueusement ses électeurs, alors il lui faudrait déclarer la dissolution de l'Assemblée nationale et peut-être même la remise en jeu de son mandat", affirme-t-il enfin.

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