Circulez, y a rien à voir !

La gauche et une partie de la droite font bloc derrière le président de la République : pas question de revenir sur les erreurs passées, ce serait trop dangereux pour les uns et les autres. Mêmes les émissions en général les plus "ouvertes" ont compris le message de la classe politique : les critiques doivent être mesurées et suffisamment sibyllines pour que seuls les publics avertis puissent décoder.

Sur ce créneau, Manuel Valls est à la pointe : la moitié du temps il fustige, y compris à l'Assemblée nationale, ceux qui "manquent de dignité" en osant s'interroger sur telle ou telle disposition ou, pire encore, sur les incontestables et dramatiques négligences antérieures, quand ce n'est pas plus.  L'autre moitié de son énergie est employée à exalter l'extraordinaire efficacité de son gouvernement : selon moi, sa mauvaise foi n'a rien à envier aux régimes communistes les plus totalitaires.

Certains pensent peut-être que cela est nécessaire pour endiguer la montée en puissance de Marine Le Pen ; je suis convaincu du contraire car cela crédibilise le sigle "UMPS" et le changement de nom des "Républicains" ne saurait faire illusion. Je le redis une fois de plus, le jour où Marine Le Pen proposera un programme qui tient la route, elle prendra le pouvoir. Dans ce domaine, ses inflexions sont déjà notables.

Alors, que faut-il faire ? Rester digne.

Face à la barbarie, le peuple français a déjà montré qu'il était capable de faire front : "même pas peur".

Mais il faut aussi rester digne face à l'essai d'instrumentalisation des attentats du 13 novembre en faveur d'un statu quo politique anesthésiant. Le 11 janvier 2015, le pouvoir en place a détourné une partie de la grande manif, à laquelle j'ai participé, au profit de l'esprit Charlie Hebdo. Aujourd'hui, il veut canaliser le sursaut de la France au profit des apparatchiks associés au pouvoir.

Rester digne, c'est reconnaître qu'il y a des aspects positifs dans l'action du président. L'assaut à Saint-Denis montre à l'évidence l'utilité de l'état d'urgence. Il faut aussi se réjouir de l'augmentation des effectifs de la police, tout en sachant qu'on ne forme pas un bon flic en quelques jours : il n'y a pas que les aspects techniques. Le plus long est probablement d'inculquer les valeurs de la France, à commencer par le respect de l'autorité judiciaire, quelles que soient les terribles erreurs de celle-ci.

Mais rester digne c'est aussi ne pas être dupe. A chacun de choisir ses priorités. Selon moi, "profiter" des événements pour accélérer le dérapage de la dette serait une grave erreur. Je crois, au contraire, qu'il est temps de redevenir digne de nos enfants en restreignant nos dépenses inutiles.

En vidéo sur le même thème :Manuel Valls : "L'objectif est de détruire Daesh"


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