Le gouvernement a récemment revu l'utilité de la carte de paiement des demandeurs d'asile. La mesure, qui fait polémique, pourrait ne pas aider les étrangers qui arrivent sur le sol français. Explications.
Carte de paiement des demandeurs d’asile : à quoi sert-elle réellement ?IllustrationAFP

"C'est une réforme qui a pour objectif de pourrir la vie des gens", assène sans hésitation le directeur de la Fédération des acteurs de la solidarité (FNARS), Florent Gueguen. D'autres, comme Pierre Henry qui dirige France Terre d'Asile, pointent du doigt une "mesure technocratique à rebours des nécessités et de la réalité du terrain". Il n'hésite d'ailleurs pas à parler de "la loi de l'emmerdement maximum". Mais pourquoi ces patrons d'associations s'agacent-ils autant ? Parce que, souligne Libération, depuis le 5 novembre 2019, les demandeurs d'asile sont "à court de liquide". Le gouvernement a revu les fonctionnalités de la carte de paiement dont bénéficient celles et ceux qui demandent l'asile en France. Ils ne peuvent plus s'en servir pour retirer de l'argent.

Cette carte de paiement, qui a fait l'objet de très nombreuses intox en provenance de l'extrême droite rappelle Ouest France, ne permettait pas à l'origine de régler une quelconque facture. Elle ne pouvait être utilisée que trois fois par mois, afin de retirer le montant de l'allocation accordée aux demandeurs d'asile, lequel varie d'un bénéficiaire à l'autre. Parce qu'elle est réservée uniquement à ce type de migrant bien spécifique, celles et ceux qui attendent la décision de l'administration sur leur statut de réfugié, elle ne peut être utilisée par les autres étrangers qui trouvent refuge sur les terres de France.

Mécaniquement, expliquent les associations, il s'agit d'une perte d'autonomie pour les migrants. D'autant plus qu'ils ne pourront pas dépasser les 25 paiements mensuels, sauf à être facturés 50 centimes de plus à chaque fois. La FNARS parle d'ailleurs d'une "entrave à la libre disposition de l'allocation", qui "limite les possibilités d'accès à un mode de vie normal le temps de l'instruction" de la demande.

Carte de paiement pour les demandeurs d'asile : pourquoi ça change ? 

Dorénavant, la carte de paiement permettra aux bénéficiaires de régler leurs achats dans tous les commerces… Sous réserve, évidemment, que ceux-ci soient équipés des terminaux spécifiques nécessaires. Le paiement en ligne n'est pas possible.

Certains accusent le gouvernement de procéder à ces évolutions dans l'idée de faire des économies. En effet, une carte de retrait coûte 2,02 euros mensuels, quand elle permet cinq opérations, estime un rapport de la Commission des finances de l'Assemblée nationale. La carte mixte est estimée à 3,96 euros par mois tandis que celle mise en place le 5 novembre ne coûterait que 1,94 euros. 

Didier Leschi, directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii), conteste cette visée de la réforme. "L'ADA ne baisse pas, ça ne change rien sur le montant. Ca n'a aucun rapport avec des économies. Les demandeurs d'asile sont en difficulté quand il leur reste moins de 10 euros sur la carte, car ils ne peuvent plus retirer. Or pour certains, ce n'est pas négligeable, ça peut faire 5% de l'allocation", explique-t-il.