Ce candidat à la tête du parti d'opposition espère vaincre Nicolas Sarkozy dont il a été ministre. Pendant sa campagne, il s'est rapproché des militants.
AFP

Il a beau avoir été dans son gouvernement, il ne défie pas l'ex-chef de l'Etat pour la gloire. Prétendant à la présidence de l'UMP contre Nicolas Sarkozy et le député Hervé Mariton, Bruno Le Maire croit en ses chances. ''Tout est ouvert et je pense sincèrement que la victoire est à portée de main'', déclare-t-il dans Le Monde du jeudi 27 novembre, veille du début du scrutin.

Depuis son entrée en campagne en juin, il a au moins amélioré sa notoriété, grâce à sa présence croissante dans les médias (son entourage n'a pas donné suite à nos demandes d'interview). ''Il a utilisé les méthodes d'un candidat à la législative d'une petite circonscription : il a rencontré le maximum d'électeurs'', en l'occurrence les adhérents de sa formation, analyse le politologue Thomas Guénolé, auteur de Nicolas Sarkozy, chronique d'un retour impossible ? (First, 2013). ''Bruno Le Maire a fait plus de 90 déplacements'' et pris ''un réel plaisir à discuter avec les gens'', assure la députée UMP Laure de La Raudière, qui le soutenait déjà en 2012. À cette époque, il avait échoué à se présenter à l'élection à la présidence de son parti, faute de parrainages d'adhérents en nombre suffisant. ''Il n'était pas assez disponible'' pour le contact lors des réunions publiques, admet cette proche. En six mois de campagne, ''il s'est bonifié, renchérit le député UMP Arnaud Robinet, un autre des 59 parlementaires qui soutiennent Bruno Le Maire. J'ai constaté une métamorphose, j'ai vu quelqu'un d'accessible, qui tient compte comme une éponge de ce que disent les militants. Il a voulu fendre l'armure et briser son image de technocrate.''

''Le renouveau, c'est Bruno''

Son slogan tient du poncif politique : ''Le renouveau, c'est Bruno''. Sous-entendu : contrairement à d'autres. Le prétendant le jure : il n'a pas mené sa campagne en fonction de Nicolas Sarkozy. Il lui fait même part de son ''admiration'' dans Jours de pouvoir (Gallimard, 2013), un récit sur son expérience au gouvernement de 2010 à 2012.

Pourtant, tout les oppose. L'ancien chef de l'Etat prend parfois des libertés avec la langue française ? Bruno Le Maire a un ton posé et choisit ses phrases au trébuchet. Lui et son entourage se plaisent à souligner d'autres différences. Nicolas Sarkozy cherche à prendre sa revanche en 2017 ? Le député n'affiche aucune ambition pour la prochaine présidentielle et clame dans Le Monde son refus de ''confondre les échéances''. ''Ses soutiens sont des élus de terrain. Ils tirent leur légitimité du suffrage universel, pas de leurs passages à BFMTV et à i>Télé'', estime, cinglant, Arnaud Robinet. Quand Nicolas Sarkozy entend ''reconstruire un parti de la droite et du centre'', son adversaire souhaite ''conserver la marque UMP'', note Laure de La Raudière. Quand l'un adapte son propos sur le mariage homosexuel à un public hostile à cette réforme, l'autre ''a le même discours à Lille et à Nice''. Quand le nom de l'ex-président apparaît dans plusieurs dossiers judiciaires, le député ''veut apporter la transparence financière dans les comptes de l'UMP'' après l'affaire Bygmalion, selon l'élue. Dans son parti, Bruno Le Maire a profité d'un désir de ''renouvellement, de probité et d'une volonté de tourner la page des années Sarkozy'', observe Thomas Guénolé.

Le ''renouvellement'', vraiment ? À la tête de l'UMP, peut-être, mais le candidat a douze ans de vie politique derrière lui. Il est né en 1969 à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) dans une famille bourgeoise. Normalien, agrégé de lettres modernes, diplômé de Sciences Po Paris, énarque puis diplomate : sa jeunesse brillante lui a permis de pénétrer dans les arcanes du pouvoir.

Débuts politiques auprès de Dominique de Villepin

En 2002, il devient conseiller de Dominique de Villepin au Quai d'Orsay. Bruno Le Maire contribue à son célèbre discours du 14 février 2003. Aux Nations unies, le ministre des Affaires étrangères justifie avec des accents gaulliens la non-intervention de la France en Irak. Fidèle, le jeune homme le suit au ministère de l'Intérieur puis à Matignon, où il est nommé directeur de cabinet en 2006.

Après l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République l'année suivante, Dominique de Villepin, son rival, est rejeté aux marges de la vie politique, en étoile filante de la droite. Bruno Le Maire sort, lui, de l'ombre et compte bien tracer seul son chemin. À l'inverse de l'ancien Premier ministre, il ose se présenter au suffrage universel. Il est élu en juin député de la première circonscription de l'Eure. Et puis, en décembre 2008, Nicolas Sarkozy en fait son secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, comme pour narguer encore Dominique de Villepin.

''Jamais été aussi heureux'' qu'à l'Agriculture

Nouvelles fonctions en juin 2009. Bruno Le Maire devient ministre de l'Agriculture, un portefeuille qu'il conserve jusqu'à la fin du quinquennat. Il n'a ''jamais été aussi heureux dans [s]a vie professionnelle'' qu'à ce poste, confie-t-il dans son dernier livre, À nos enfants (Gallimard, 2014). Il revendique sa proximité avec les agriculteurs, en proie à de sévères difficultés économiques.

Bruno Le Maire ne craint pas de créer la polémique dans son parti. En septembre 2011, en charge du projet présidentiel de l'UMP, il propose notamment de fiscaliser les allocations familiales. Avant l'élection, il exerce déjà son droit d'inventaire. À trois mois du premier tour, il dit au sujet du refus de Nicolas Sarkozy de réduire les déficits dès 2007 : ''Il faut avoir l'humilité de reconnaître que dans ce que nous avons fait, il y a eu des vraies réussites, mais aussi des échecs." Le ministre tient à son indépendance. Il se fait d'ailleurs discret dans les médias pendant la campagne présidentielle, désapprouvant la stratégie de séduction à tout prix des électeurs du Front national.

Réélu à l'Assemblée, il brise une tradition française en démissionnant de la fonction publique en octobre 2012. Certains membres éminents de son parti manifestent contre le mariage homosexuel ? Il cultive encore sa singularité. Avec quatre autres députés UMP, il s'abstient en 2013 lors du vote du projet de loi. Qu'on ne s'y trompe pas : souvent, lorsqu'il critique l'exécutif, il sort la sulfateuse.

Le pari du rassemblement et de la modération

Dans son camp, Bruno Le Maire fait le pari du rassemblement et de la modération. Conscient de la radicalisation des sympathisants, il lance des propositions iconoclastes. L'UMP est peuplée de barons ? Il prône dans À nos enfants le non-cumul des ''mandats dans le temps'' et la réduction du ''nombre de parlementaires''. Sur le plan économique, il est moins original. Il écrit dans le même ouvrage : ''Nous [les responsables politiques] ne retrouverons pas notre crédit en refusant de tailler dans les dépenses publiques et en réclamant sans cesse des délais supplémentaires pour revenir à l'équilibre.'' À l'UMP, qui pourrait le contredire ?

Au fond, ce qui distingue le plus Bruno Le Maire dans son parti et au-delà, dans le monde politique français, ce sont ses talents d'auteur, exprimés dans six livres. Avec un sens du détail proche de la précision chirurgicale, cet amoureux des lettres relate histoires du pouvoir et de sa vie intime. En janvier 2013, il expliquait : ''Ma part de folie passe dans la littérature et non dans l'exercice du pouvoir.'' Et dans la conquête ?

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