Parce que la façon dont on s'habille dit beaucoup de choses de nous, la mode est politique. Samir Hammal fait le point avec Planet sur différents accessoires dont les politiques raffolent, et ce qu'ils veulent dire. 
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Il y a des vêtements de droite et des vêtements de gauche, c’est ce qu’a rappelé, Samir Hammal, enseignant à Sciences-Po et créateur d’un cours sur la mode et la politique. "Le choix d’un vêtement constitue un message que vous envoyez et un indicateur du groupe social auquel vous appartenez. Quand vous avez une étiquette politique, vous ne pouvez pas vous permettre certaines choses. Jean-Luc Mélenchon, ne pourrait pas forcément arborer des chaussures Berlutti, alors qu’on acceptera plus volontiers de voir Nathalie Kosciusko-Morizet porter un sac de couturier à plusieurs milliers d’euros", explique-t-il. Planet s’est donc interrogé sur le look des politiques et ce qu’ils essayaient de faire passer comme message.

La barbe

La barde de trois jours d’Emmanuel Macron ou de Manuel Valls a beaucoup fait parler. Traditionnellement, comme le relève Samir Hammal, la barbe était plutôt un "accessoire de gauche qui renvoie historiquement à la barbe révolutionnaire, symbolisée par exemple par la pilosité assumée de la décennie de la contestation (mai 1968) et qui s’inscrit dans le droit fil de la figure de Che Guevara".

Aujourd’hui, le message est vraiment différent. « En ce moment, la barbe c’est l’idéal type du quadra. Il y a une volonté avec Emmanuel Macron et ceux qui le suivent sur la barbe de dire ‘’Je suis jeune, je suis un homme de ma génération, je casse les codes’’ », explique Samir Hammal.

La cravate

Objet de discorde s’il en est, la cravate est récemment revenue sur le devant de la scène, via notamment les députés de La France Insoumise. Ainsi que le relève Samir Hammal, comme dans de très nombreuses professions : la cravate c’est un élément de crédibilité. "Le vêtement est aussi un élément producteur d’autorité", ajoute-t-il.

Résultat, en matière de mode et de politique, c’est plutôt le fait de l’enlever qui est remarqué : "enlever la cravate, c’est un acte de communication. Ca a un côté ‘’casual’’, sur le terrain. Ça veut dire qu’on se retrousse les manches, et comme souvent celui qui le fait est en jean, ça ajoute un côté ‘’on est là pour faire le job’’".

Les lunettes

Depuis que Marine Le Pen a fait sa rentrée politique, elle ne se dépare plus de ses lunettes rondes. Auparavant, elle avait plutôt tendance à les porter sur la tête, ou autour du cou. Si la forme ronde de la monture adoucit le visage, Samir Hammal précise que les lunettes de manière générale font passer un message de sérieux. "On travaille des symboles inconscients avec les accessoires, on projette des choses sur les gens", ajoute-t-il.

Le jean

Le jean est un vêtement qui n’a que très peu sa place en politique. "Il renvoie à la mode urbaine, c’est un vêtement de la rue. Il est normalement exclu de domaines professionnels rigoureux comme la finance, le droit, la banque. Il n’y est pas le bienvenu", détaille Samir Hammal.

Certains ont tenté de faire évoluer les lignes comme Cécile Duflot, mais son jean au conseil des ministres n’est pas très bien passé. Chez les responsables politiques on a plutôt tendance à le voir lors des universités d’été, précise le spécialiste.

La montre

La montre est "l’un des plus importants marqueurs sociaux qu’il soit". C’est donc souvent un point de cristallisation et Jean-Vincent Placé a récemment fait les frais des internautes en évoquant sa montre à 7000 euros, volée lors de son agression.

Samir Hammal explique que les montres sont un sujet légèrement tabou : "Ce sont souvent des belles montres et leur prix n’est pas forcément assumé. C’est pour cela que personne ne communique jamais là-dessus".

Boutons de manchette

Plus discrets, les boutons de manchette sont pourtant "très connotés socialement". Comme le relève Samir Hammal, "c’est aussi un marqueur social, qui peut indiquer une chemise de grande qualité, donc plus chère". Si le look des politiques répond à certains codes, c’est cependant via des accessoires, comme les boutons de manchette, qu’ils peuvent exprimer leur personnalité.

Les chaussettes

Les chaussettes sont au même titre que les boutons de manchettes ou la chevalière, un accessoire avec lequel les politiques peuvent exprimer un peu plus leur personnalité. La personnalité la plus emblématique en la matière, c’est certainement Bernard Cazeneuve qui confiait au Parisien, outre avoir un placard plus grand que celui de sa femme, "être très sensible aux chaussettes qui disent beaucoup des gens". Régulièrement présent dans les classements des hommes les mieux habillés de France, Samir Hammal analyse son look comme très "dandy".