La rupture semble consommée entre les Français et les politiques sur la question de l’argent. Le politologue Olivier Rouquan pose un diagnostic sur le manque de confiance entre dirigeants et électeurs et donne des pistes pour rétablir un vrai lien. 

Planet.fr : Pourquoi, selon vous, les Français sont-ils si attachés à l’idée de savoir combien gagnent les hommes et femmes politiques ?

Olivier Rouquan : Depuis plusieurs années maintenant, ça date même des années 90, il y a un soupçon de corruption des dirigeants. Il y a même un indicateur Sofres qui montre que 70% des gens pensent que les politiques sont corrompus. C’est faux, mais ça donne une idée de la défiance. Il y a une attente de transparence de ce qu’ils font avec l’argent public.

Planet.fr : Est-ce que l’argent est l’une des raisons pour lesquelles les Français ont moins confiance dans la politique

Olivier Rouquan : Non, je pense qu’il y a plusieurs choses. La confiance a durablement baissé parce que les résultats des politiques publiques ne correspondent pas aux attentes. Les citoyens pensent que les politiques ne se soucient pas de ce qu’ils vivent. Il y a aussi l’inefficacité par rapport à la crise, au chômage et la progression des inégalités, cela rend la question de l’argent plus sensible. Sur le plan culturel, on sait que la question de l’argent dans les pays de tradition catholique et paysanne reste taboue et dépreciée.

Planet.fr : On a beaucoup parlé de l’affaire Fillon, est-ce que selon vous, il y a un avant et un après ?

Olivier Rouquan : Non je ne pense pas parce que les affaires vont continuer. Il y a peut-être un après avec la nouvelle loi de moralisation politique et l’interdiction de l’emploi des proches mais ça ne règle pas la question de la relation des dirigeants à l’argent. Entre 2012 et aujourd’hui, il y a eu beaucoup de progrès juridiques notamment avec les lois qui ont été votées sous (François) Hollande en 2012 et la loi Sapin sur les lobbys, même si elle ne va pas au bout. La nouvelle réforme va dans le bon sens, mais beaucoup de choses sont renvoyées aux assemblées. Ce sont elles qui vont décider comment répartir l’argent.

Planet.fr :  Que faudrait-il faire, selon vous, pour venir à bout de cette défiance ?

Olivier Rouquan : Il faut plus de pédagogie pour expliquer que la démocratie a un coût. Ensuite, le financement de la vie publique existe en France et c’est une chance. Ce qu’il faut garantir c’est l’autonomie des partis politiques vis-à-vis des grands groupes privés. La formation et la sélection des élites doit se différencier des intérêts privés.

Planet : On a fait beaucoup de cas du passage d’Emmanuel Macron par la banque Rothschild.

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Olivier Rouquan : Il ne faut pas caricaturer, (Henri) Emmanuelli et (Georges) Pompidou aussi y sont passés, mais de par la suite de leur parcours, ils ont montré qu’ils étaient autonomes. C’est aux partis politiques de créer une culture autonome. Ce qui est important c’est que leur financement soient différents des intérêts privés. C’est plutôt le cas, mais on peut aller plus loin.

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