L'héritière

Publicité

Fille de, héritière, splendide, Carla aurait pu profiter de ce CV idéal pour bâtir une classique carrière de jetsetteuse. Mais voilà. Dans la famille Bruni Tedeschi, prendre les voies de traverse est plus que possible, mais il est recommandé de s'y aventurer. L'exemple vient d'en haut, incarné par Alberto le père de Carla. Le jour, il est le patron de la CEAT, important sous-traitant de l'industrie automobile turinoise, qui produit câbles électriques et pneumatiques. La nuit, il s'échappe dans les méandres de la musique dodécaphonique qu'il compose au point d'en devenir l'un des maîtres, ami d'Herbert von Karajan, fou de Wagner, un temps directeur du théâtre royal de Turin dont il a aussi accompagné la renaissance. A tout moment, il retrouve aussi ses peintures miniatures XVIIe et XVIIIe, portraits à la précision diabolique qu'il collectionne.

Publicité

Aux premières loges, sa femme Marisa observe sans s'immiscer. A l'autre bout de la demeure, le piano occupe le domaine de cette ancienne concertiste, diplômée du conservatoire Giuseppe Verdi. A tout moment, les sonates de Mozart de la senora cohabitent avec les expériences sonores de monsieur, sans laisser beaucoup de place aux soucis des enfants. Nés entre 1959 et 1968, ils sont trois, Virginio, Valeria, et Carla, apprennent la musique et les bonnes manières. Les filles portent des robes à smocks et invitent leurs amis pour d'impeccables "merendes", goûters d'anniversaire organisés sous les arbres centenaires du parc.