Erdogan protège Daech

En abattant un avion russe, Erdogan a clairement choisi son camp. Dans ce contexte, que peut faire François Hollande ?

Le soutien de la Turquie à Daech n'est ni nouveau, ni surprenant. Pour l'instant, Daech ne menace pas directement Erdogan : l'attentat du 10 octobre à Ankara visait la communauté kurde, le véritable ennemi du pouvoir actuellement en place en Turquie. De plus, et surtout, les trafics entre Daech et la Turquie sont la source de profits considérables ; pour une grande part, ce commerce est clandestin et donc perméable à la corruption, ce qui arrange tout le monde.

Que fait Hollande ? Il a eu raison de faire voter l'état d'urgence : on y reviendra plus loin. Enivré par ce succès, François Hollande, telle la mouche du coche, s'est lancé dans une activité diplomatique tous azimuts. Le monde entier le comble de belles paroles, mais regarde ailleurs. Pour David Cameron, l'alignement sur les Etats-Unis reste l'axe prioritaire. Pour l'administration américaine, l'alliance avec la Turquie reste un pilier de sa politique au Moyen-Orient, plus important que la lutte contre Daech. Affirmer que "la Turquie a le droit de défendre son territoire" – comme l'a fait Obama – n'est pas crédible. Si un avion allié frôle d'un peu trop près sa frontière, on émet de vigoureuses protestations diplomatiques, mais on ne l'abat pas. Le premier but d'Erdogan était d'ailleurs probablement de tester la réaction d'Obama. Quant à Madame Merkel, elle a assez à faire avec les réfugiés pour ne pas ouvrir un autre front en Syrie.

Envoyer notre porte-avion sur zone fait penser à la grenouille qui veut se faire plus grosse que le bœuf. Même multipliée par trois, notre force de frappe reste négligeable comparée à celle de la Russie ou à celle des Etats-Unis. De plus, les bombes coûtent cher. Mieux équiper la police française est plus urgent. L'engagement antérieur était largement suffisant pour nous autoriser à donner notre point de vue. Enfin, accentuer cet engagement va obliger l'état-major à élargir le champ des cibles et donc à aggraver les dommages collatéraux.

Alors, quelle doit être la priorité de la France ? On l'a déjà dit : soutenir le peuple kurde. L'effondrement de la résistance kurde serait la pire des catastrophes pour toute la région car, à ce jour, c'est le seul sursaut interne à peu près démocratique qui soit crédible. Espérons que François Hollande saura convaincre Vladimir Poutine sur ce point : sinon, son périple ne serait que de la com destinée aux naïfs et, sur le fond, ne servirait vraiment absolument à rien.

Revenons sur l'état d'urgence. François Hollande a eu raison : les événements récents le prouvent. Sans l'état d'urgence, la police eût été bien moins efficace. Elle n'aurait pas donné l'assaut à Saint-Denis et il y aurait eu un autre drame à la Défense. Mais il ne faut pas oublier la cause de ce recours nécessaire à un procédé intrinsèquement dangereux pour les libertés individuelles : on l'a déjà dit, c'est le parti pris d'obstruction systématique de la justice contre toutes les demandes de la police et du Front national et ce au nom de la défense des libertés individuelles. Le mieux est l'ennemi du bien et cela peut aller jusqu'à inverser complètement la situation. Madame Taubira n'est peut-être pas coupable mais, selon moi, sa responsabilité personnelle est peu contestable : je l'ai déjà dit. Mais des parents de victimes aussi commencent à poser des questions et il faut bien avouer que la droite classique se croit bâillonnée par les erreurs de Sarkozy : il est temps qu'elle se libère.

Non, je ne suis pas pour le Front national ; du moins pas encore. Mais il est malsain de nier les évidences.

En vidéo sur le même thème :La Turquie abat un avion russie : "On vous avait prévenu"


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