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Côté pile : certains placements ont tout pour plaire. Côté face : ils regorgent de "vices-cachés" qui peuvent, si vous n'y prêtez pas suffisamment attention, vous coûter très cher.
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Les faux "bon placement" en 2018 : quels sont les mauvais ami ?

Vous disposez d’un petit patrimoine et souhaitez le faire fructifier ? Il existe différents placements susceptibles de vous épauler dans cet objectif. Face au nombre considérable de possibilités, il est possible de se sentir un peu démuni et de ne pas nécessairement savoir quoi choisir. C’est normal ! D’autant plus que certains placements sont de véritables faux-amis.

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Avant d’investir, donc, prudence ! Il convient de bien se renseigner sur les différents secteurs susceptibles de vous intéresser. Philippe Crevel, économiste et directeur du Cercle de l'Épargne, ainsi que Nathalie Cariou, consultante en intelligence financière, sont formels : plusieurs placement en apparence intuitifs peuvent s’avérer au pire dangereux, au mieux risqués. Dans tous les cas, certains ne s’adressent évidemment pas à tous les épargnants.

Les faux "bon placement" en 2018 : l’or

Pour beaucoup, l’or constitue un placement parmi les plus sûrs. En 2015, à en croire un sondage Ifop pour Aucoffre.com, 60% des Français estimaient en effet que l’or est capable d’aider à traverser une crise financière ou une période de chômage, par exemple. Il était d’ailleurs considéré comme un placement spécialement rassurant, derrière l’immobilier ou l’assurance-vie et accessible.

Malheureusement, la vérité est moins dorée pour ce type de placement. "Ce n’est pas un placement qui rapporte, parce qu’il ne produit aucune valeur. Il ne peut compter que sur la spéculation pour prendre de la valeur, ce qui implique de le vendre pour en voir la couleur", souligne Philippe Crevel. Pour Nathalie Cariou, qui pointe aussi du doigt son caractère très spéculatif, ce n’est pas un investissement très intéressant. "Outre le risque évident de perdre sa mise, il ne faut pas oublier qu’aujourd’hui le niveau de l’or est assez élevé et qu’il y a peu de chances de faire une plus-value à la revente. Ce n’est pas le moment d’en acheter", conclut-elle.

Les faux "bon placement" en 2018 : les Sociétés civiles de placement immobilier (SCPI)

Ces dernières années, la SCPI compte parmi les placements les plus privilégiés des épargnants, et pour cause ! "C’est un placement étrange, compte-tenu des règles du marché classique. Il est assez sécurisé puisqu’il n’y a pas de forte variations de taux, comme cela peut être le cas de placement plus spéculatifs, et propose un rendement annuel qui oscille entre 4% et 5%. C’est plus que considérable, quand on sait les risques", estime la consultante en intelligence financière.

Qu’est-ce qui fait de ce placement un faux-ami alors ? Pour Philippe Crevel c’est avant tout le fait qu’il "ne peut se penser que sur la durée". "Pour qu’une SCPI soit rentable, et elle peut tout à fait l’être, il faut avoir le temps", explique le directeur du Cercle de l’Epargne. "Il n’y a aucun intérêt à acheter et à revendre immédiatement une SCPI, notamment du fait des frais d’entrées", concède Nathalie Cariou. "Ce n’est pas un placement pensé pour l'instantanéité", conclut-elle.

Les faux "bon placement" en 2018 : le Plan d’épargne logement (PEL)

Le Plan d’épargne logement (PEL) est accessible à l’intégralité de la population : il n’y a pas besoin d’être majeur pour en ouvrir un. Toutefois, il n’est pas possible d’en ouvrir plusieurs pour un même individu. Après une phase d’épargne, il permet à son titulaire l’obtention d’un prêt d’épargne logement.

A l’ouverture, il est nécessaire de verser un montant minimum de 225 euros. Ensuite, chaque année, il faut continuer à verser au moins 540 euros. Passé 10 ans, il n’est plus possible de verser quoique ce soit sur le PEL, qui continue cependant à produire des intérêts.

Pour Nathalie Cariou, il s’agit essentiellement d’un "compte de sécurité", qui peut aider en cas de coup dur. "C’est l’occasion de mettre de côté 3 à 6 mois de salaire environ, mais cela ne présente absolument aucun intérêt du point de vue du rendement, d’autant plus qu’il est impacté par la flat tax à 30%. Même sur le droit à crédit c’est finalement un placement assez peu intéressant", insiste-t-elle. Cependant, il a un mérite : "il permet de diversifier ses placements et d’envisager des placements plus risqués en conservant une base plus sécurisée".

Les faux "bon placement" en 2018 : les vignes

Investir dans un, ou plusieurs, vignoble(s), c’est une façon de diversifier son patrimoine. Si le rendement n’est pas nécessairement faramineux, c’est un placement qui permet généralement de réaliser une plus value intéressante à très long terme. Cependant, pour Philippe Crevel, il s’agit d’un placement "trop exotique pour être vraiment accessible à n’importe qui". "Fondamentalement, c’est un investissement qui peut être intéressant, mais il demande d’avoir au préalable certaines connaissances du secteur ou, au moins, d’être un épargnant averti. Ce n’est pas par là que je commencerais", indique-t-il à Planet.

Nathalie Cariou ne s’inscrit pas en faux avec cette analyse. "Ce placement ne présente pas beaucoup de risques intrinsèques. En revanche, il ne peut se faire que de deux façons : soit on connaît le domaine et on peut progresser seul, soit il faut passer par un intermédiaire. C’est souvent à ces étapes qu’on est le plus vulnérable. Si l’intermédiaire n’est pas fiable, vous ferez mécaniquement une mauvaise opération. Or, il est très difficile de savoir à quel point on peut faire confiance à ces intermédiaires", déclare-t-elle.

Les faux "bon placement" en 2018 : le diamant

Comme l’or, le diamant est un placement qui inspire naturellement confiance. Pour de nombreux épargnants c’est même une valeur refuge. Nathalie Cariou le décrit même comme "un placement généralement plus tranquille que le marché de l’or, susceptible de prendre 5% à 7% de valeur chaque année". De quoi attirer le chaland.

Attention, toutefois. En pratique, la situation est un peu plus compliquée. "Le diamant souffre des mêmes problèmes que l’or", insiste Philippe Crevel. "Il s’agit d’un placement qui ne produit pas de valeur et dont tous les gains sont basés, encore une fois, sur la spéculation. Son rendement n’est pas maîtrisable comme peut l’être celui d’une action", indique-t-il. Autre danger, mis en avant par Nathalie Cariou : le risque d’arnaque. "Il ne faut surtout pas acheter sur internet et s’assurer d’avoir à un moment ou un autre, la pierre précieuse en main. Toute société qui se refuse à vous fournir votre bien, qui existe matériellement, est très probablement en train de vous escroquer", ajoute la consultante en intelligence financière.

Les faux "bon placement" en 2018 : le livret A

Ce n’est un secret pour personne, le livret A est le placement préféré des Français. Est-ce que cela en fait mécaniquement un bon placement ? Pas nécessairement. Philippe Crevel est clair sur la question : ce n’est pas un placement susceptible de vous rapporter quoique ce soit. "Le rendement du livret A est inintéressant et il n’est pas exclu qu’à terme son taux descende sous l’inflation", précise-t-il. Si c’était le cas, cela contribuerait notamment à éroder le pouvoir d’achat des épargnants qui ont parié sur ce produit, comme le rappelle Le Point.

Nathalie Cariou souscrit à cette analyse. A ses yeux, le livret A n’est "pas si différent du PEL", quand bien même il répond potentiellement à des besoins différents. "Il permet de se constituer un réservoir en cas de coup dur mais pas de prétendre à un rendement intéressant. Cela dit, encore une fois, il peut être utile pour ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier", juge-t-elle.

Les faux "bon placement" en 2018 : les forêts

De la même façon que les vignes, les forêts constituent un placement un peu atypique mais qui gagne de plus en plus visibilité. Là encore, en soi, c’est un investissement qui est loin d’être inintéressant, comme l’expliquait déjà Planet, mais qui nécessite une attention particulière, et des connaissances considérables du secteur. "Comme dans le cadre des vignes, c’est souvent l’intermédiaire qui risque le plus de vous poser problème", indique Nathalie Cariou, qui invite les épargnants intéressés à se renseigner sur les rendements potentiels. "La forêt n’est pas un placement à très fort rendement, même s’il permet de faire de la défiscalisation. A partir de là, il faut rester attentif aux propositions que font les intermédiaires. Un rendement au dessus de 10% doit vous alerter, par exemple", précise-t-elle. "C’est un raisonnement qui s’applique à tous les placements exotiques comme cela peut être le cas pour les oeuvres d’art, les voiture de collection, par exemple. Il faut faire attention au chant des sirènes."

Autre problème potentiel : les forêts sont potentiellement soumises à des risques causés par des aléas climatiques, indique Philippe Crevel. "C’est quelque chose auquel pensent les intermédiaires et contre lequel ils vous assurent, mais ce n’est pas systématique", rappelle Nathalie Cariou.

Les faux "bon placement" en 2018 : les crypto-monnaies

Les crypto-monnaies, comme l’emblématique Bitcoin, le Ripple ou l’Ether, sont des monnaies virtuelles. Elles n’existent pas sous forme physique et ne peuvent être utilisées que sur le web. Chaque acheteur détient un code de cryptage, susceptible de prendre diverses formes (code secret, emprunte digitale, par exemple, mais pas seulement). Elles permettent de réaliser tout type de transaction pourvu que cela se passe en ligne et peuvent être échangées contre des devises traditionnelles sur des sites de changes spécialisés.

Toutefois, malgré l’engouement qu’elles suscitent, il ne s’agit pas forcément d’un placement avisé d’après Philippe Crevel qui déplore le côté très spéculatif du marché. "Les crypto-monnaies subissent régulièrement d’importantes fluctuations modifiant du tout au tout leur valeur", rappelle-t-il. De son côté Nathalie Cariou est plus mesurée. "C’est un très bon placement si on est bon joueur. Techniquement, il est possible de gagner beaucoup. C’est un pari et il est très difficile d’avoir une vision claire de ce qu’il peut rapporter. Aujourd’hui, la valeur des crypto-monnaies est basse, il est donc probable qu’elle remonte. Mais on reste sur un placement très spéculatif", indique-t-elle.