Dissidente dans le monde culinaire, l'auteur de livres de cuisine et épouse du grand pâtissier, Frédérick e. Grasser Hermé est un mélange d'impertinence plutôt déstabilisante, et de bagout, terriblement captivant. Preuve en est ce prélude, lancé abruptement à propos de la sortie de son dernier livre "Le noir, dix façons de le préparer" : "Je ne travaille jamais sur commande, les idées viennent toujours de moi. J'ai eu l'idée des recettes à base d'aliments noirs bien avant que la déferlante (vestimentaire, décorative...) ne démarre. Cela peut paraître prétentieux mais c'est vrai !" Et on la croit aisément. En vraie avant-gardiste de la cuisine, elle a su imposer son style inventif et anti-conformiste, sans jamais se démonter face aux "ayatollah de la cuisine". Et pourtant, son parcours culinaire, marqué par la sortie de son poulet au Coca-cola, fer de lance du "Pop Art culinaire" ("Délices d'initiés", 1999), en a fait bondir plus d'un. "C'est tout le problème des gens qui ne goûtent pas. Avant d'essayer, ils ont tous grimacé. Et pourtant, au final, les gens ont pour la plupart aimé son petit côté aigre-doux". Comme disait Oscar Wilde,"Il faut goûter à tout !", se défend Frédérick.

Une pincée de révolution, un brin de conformisme

Et pour elle, goûter à tout signifie "tout essayer". Son argument est "qu'il faut oser provoquer" : "Ainsi, je trouve que le fooding fait plutôt avancer les choses. Il y aura toujours des pour et des contre, et toujours des has been ! Quand Pierre Hermé [son mari] a présenté ses nouvelles recettes avec un designer (que je lui avais présenté...), cela n'a pas plu à tout le monde, mais c'était intelligent", se souvient-elle.

Publicité
Publicité

Militante pour l'innovation oui, mais pas pour n'importe quoi pour autant. Son bémol, ce sont ces "nouveaux chefs", "qui vont jusqu'à se présenter avec leurs food designers : "Par exemple, en ce moment, c'est la grande mode de l'hydrogène liquide, de l'alchimie... Mais on ne devrait pas le montrer ! Ce sont les plats et les recettes qui priment, et non l'inverse."Toujours dans la formule et un brin professorale, Frédérick e. Grasser Hermé avertit : "Comme disait Jean Cocteau "La mode est quelque chose qui se démode"... Il faut faire attention à l'outrance, à l'excès non utilitaire. Si une utilisation n'est pas justifiée au niveau gustatif, il y a faute."