La double vie du docteur

Dans le petit bourg de Prévessin-Moëns, à la frontière suisse, la famille Romand coule des jours heureux. Fils unique, né le 11 février 1954 à Lons-le-Saunier dans le département du Jura (Franche-Comté), Jean-Claude Romand étudie la médecine à Lyon dans les années 70. Sur les bancs de la fac, il rencontre Florence avec qui il se marie en 1980. Diplômé en 1983, le docteur devient chercheur à l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé), dont le siège est à Genève. Le couple donne naissance à deux enfants : Caroline en 1985 et Antoine en 1987. 

A leur arrivée dans le pays de Gex en 1984, le jeune couple occupe un modeste appartement et possède une simple Volvo. Mais Jean-Claude compte bien asseoir sa situation de chercheur, profitant du salaire suisse, et, de l'autre côté de la frontière, de l'art de vivre français. Six ans plus tard, la famille emménage dans une villa. Jean-Claude roule en BMW. Les enfants sont inscrits dans le privé, à l'Institut Saint-Vincent. Florence donne des cours de catéchisme à Prévessin avec le père Michel, et assure quelques remplacements dans une pharmacie.   

Jean-Claude est plutôt discret, "solide, silencieux, les pieds bien sur terre comme un sapin de son Jura" selon ses amis. Il est celui vers lequel on se tourne pour se confier sur un problème de santé, ou même ses problèmes financiers. Oui, en apparence, Jean-Claude Romand est un père, un mari, un fils, et même un ami, idéal. Mais les apparences sont trompeuses...  

Une escroquerie organisée

En vérité, Jean-Claude Romand s'est construit une vie tissée de mensonges. Depuis vingt ans, il fait croire qu'il occupe un bureau de l'OMS à Genève. Faux. Il n'a même jamais eu son diplôme de médecin. Au total, il s'est inscrit douze fois en deuxième année, sans jamais s'être présenté à l'examen final. Pour parvenir à berner son entourage, issu comme lui du milieu médical, il est abonné à toutes les revues spécialisées, participe à des colloques et débat sur la culture cellulaire. Ses connaissances sont pointues et actualisées. Ses proches n'y voient que du feu.  

Pour assurer son train de vie, Jean-Claude Romand fait l'escroc. Il fait croire à ses proches que, grâce à ses relations, il peut les enrichir en plaçant adroitement leurs économies. Dans un premier temps ses parents l'aident en lui versant un peu d'argent et en lui achetant un appartement qu'il revendra 300 000 francs. Puis son beau-père et ses oncles lui remettent diverses sommes en liquide pour qu'il les "place en Suisse". Pendant des années, il investit les grosses sommes qu'on lui prête dans des opérations prétendument fructueuses. En fait, il rembourse l'un avec l'argent de l'autre, une escroquerie que l'on appelle "cavalerie". En tout, ce sont près de millions de francs qui lui sont généreusement versés et qu'il dépense allègrement afin d'entretenir son mensonge.  

Mais la réalité le rattrape. Malgré ses généreux "mécènes", ses comptes bancaires sont pour la première fois depuis dix ans débiteurs. Jean-Claude Romand est ruiné, la banque est sur son dos, les traites de la BMW sont rejetées, et ses amis, échaudés, ne lui confient plus d'argent. Certains commencent même à poser des questions. D'ici peu, le masque va tomber. Jean-Claude est inquiet. Il sait que bientôt le mensonge de sa vie va éclater et il ne le supporte pas. Que vont penser de lui sa femme, ses parents, ses enfants, et tous ses voisins ? 

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