Elle est une marque ! Elle surgit de ses studios de la rue Mohamed-Diouri, en plein cœur de Casablanca, les cheveux encore mouillés, tennis rouges aux pieds et petit chemisier qu'elle finit d'ajuster... de travers. Jolie et fraîche, elle fait mine de s'excuser de ne pas être plus apprêtée pour la séance photo. A côté, quelques jeunes femmes voilées s'activent déjà en cuisine, tandis que, dans la salle mitoyenne, on boucle le numéro spécial Ramadan de Saveurs & Cuisine du Maroc, son journal lancé en octobre 2005. En deux ans à peine, Choumicha est devenue une référence en matière culinaire, en même temps qu'une véritable marque commerciale. Ambitieuse, la jeune femme prévoit la construction prochaine de 900 m2 de plateau près de la ville d'Azemmour, pour des tournages et des ateliers culinaires, la réhabilitation d'un riad transformé en salon de thé au quartier Habbous de Casablanca et des versions internationales de son magazine. La fée télé des petits plats Avec un programme culinaire quotidien (Ch'hiwate Choumicha) sur 2M, la deuxième chaîne nationale, un second, régional et hebdomadaire (Ch'hiwate bladi), des livres de cuisine en français et en arabe qui se vendent comme des petits pains, un site Internet et une revue bimestrielle tirant à plus de 20 000 exemplaires (chiffre très honorable au Maroc), Choumicha a conquis un large public. La fée des petits plats fait même des émules dans les maternités. Des fillettes portent aujourd'hui son prénom, pourtant rare, qui signifie "petit soleil" en arabe. Il suffit de déambuler avec elle dans les rues de Casa pour mesurer le capital de sympathie dont elle jouit.

Et hop un couscous !

Ce jour-là, au Marché central, les gens l'interpellent avec tendresse et spontanéité : "''Alors Choumicha, tu nous prépares le couscous aujourd'hui ?''" lance un chibani, assis sur une caisse retournée, à deux pas d'un vendeur de légumes. Au quartier Habbous, ce sont des gamines qui virevoltent autour de leur idole avant de venir l'embrasser. Choumicha répond à toutes ces marques d'affection par autant de petits mots gentils. A force d'apparaître au quotidien dans les foyers pour expliquer, avec simplicité, pourquoi il est préférable de ne pas ajouter de cumin au poisson m'chermel, elle a presque fini par faire partie de la famille ! Et chacun d'écouter religieusement, avant de les mettre en pratique, les conseils de ce fin gourmet.

De la chimie à la cuisinePourtant, il y a peu, Choumicha taquinait davantage les éprouvettes que les casseroles. De formation scientifique, elle étudiait la chimie. Elle n'est pas pour autant une adepte de la gastronomie moléculaire. "''Mais j'ai eu l'occasion de rencontrer Hervé This (1) à Fez et je trouve ses travaux très intéressants.''" Nul besoin toutefois de la chimie pour lever le voile sur les secrets cachés au fond des tajines : "''Ma grand-mère, qui m'a communiqué l'amour de la cuisine, savait par expérience qu'il fallait citronner un légume pour qu'il ne s'oxyde pas et ne pas laisser trop longtemps des pommes de terre dans l'eau pour conserver leur goût.''" Pour Choumicha, la cuisine est une affaire de cœur qu'elle appréhende "''de façon ludique''" : "''Ma grand-mère m'a aussi appris à faire la pâte à pain, à éplucher, à connaître les mélanges heureux ou non... Il s'agissait surtout pour elle d'un savoir qu'elle se devait de me transmettre pour me préparer à devenir une femme accomplie.''"

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Après des études de communication interrompues par son mariage, la jeune femme a animé Le mot juste, sur 2M, puis une émission féminine de conseils sur Radio FM durant deux ans, avant de se voir proposer l'émission qui a fait sa renommée.

''En partenariat avec le magazine DM''

(1) Hervé This est physico-chimiste à l'INRA, attaché à la Direction scientifique Nutrition humaine et sécurité des aliments.