''Le Distrait'', ''Le Grand Blond avec une chaussure noire'', ''La Chèvre''... Les titres de plusieurs films dont il était à l'affiche résument son personnage. L'acteur passe à table dans ''Je sais rien, mais je dirai tout'' (avec Jérémie Imbert, Flammarion, Pop culture), mémoires désopilants de sa carrière de comédien burlesque.

Gérard Depardieu décrit Pierre Richard avec délicatesse. ''Contre toute attente, il est facile d'être [son] partenaire [...] : il suffit de le suivre. C'est comme jouer avec un enfant'', explique Gégé dans la préface aux mémoires de son ''frère'' comédien, Je sais rien, mais je dirai tout (avec Jérémie Imbert, Flammarion, Pop culture, 384 pages, 21 euros).

Pierre Richard a beau avoir 80 ans, il ne peut se fâcher de la comparaison. C'est un grand enfant qui enquille dans ce savoureux récit anecdotes et bons mots sans cynisme, qui continue à admirer Philippe Noiret, Michel Piccoli, Michel Serrault et tant d'autres acteurs, comme s'il n'avait jamais tourné avec eux, comme s'il n'appartenait pas à leur famille. C'est un grand enfant qui a participé chez Bernard Blier, un autre camarade, à des courses de chevaux de plomb, qui a fait le fou sur et en dehors des plateaux avec Jean Carmet et Gérard Depardieu.

Pierre-Richard Defays a vite compris qu'il pouvait faire pleurer... de rire. Se formant à son métier, il suscite l'hilarité au cours Dullin en prononçant une réplique de Britannicus, la tragédie de Jean Racine. Une rencontre lui ouvre le chemin de la gloire. Au milieu des années 1960, son destin bascule grâce à Yves Robert. En une audition, l'homme de théâtre et de cinéma devine le potentiel du jeune artiste, qui est déjà apparu sur le grand écran et a connu des succès sur les planches, notamment avec Victor Lanoux. Il le choisit pour jouer à ses côtés au Poche-Montparnasse à Paris deux pièces du Polonais Sławomir Mrożek, mises en scène par Antoine Bourseiller. Puis lui offre un petit rôle dans Alexandre le Bienheureux (sorti en 1968).

Le conseil d'Yves Robert

À son poulain, Yves Robert donne un précieux conseil : ''Tu n'as aucune place dans le cinéma français. Tu n'es pas un comédien, tu es un personnage. Tu n'es pas un jeune premier comme Alain Delon, tu n'es pas une rondeur comme Bertrand Blier, tu n'es rien de tout ça. C'est ton atout. Tout t'est permis. Invente-toi.''

Alors Pierre Richard s'invente. Il écrit avec André Ruellan et réalise Le Distrait (1970), où il est un publicitaire très imaginatif. Les spectateurs (environ 1,4 million) apprécient cette histoire légère mais féroce contre l'autorité. L'acteur le tient, son personnage burlesque. Durant les années 1970 et 1980, il enchaîne les rôles d'auguste. Lorsqu'il ne repasse pas derrière la caméra, c'est un maître de la comédie populaire qui le dirige : Yves Robert encore, en particulier dans Le Grand Blond avec une chaussure noire (1972) et Le Retour du Grand Blond (1974), Georges Lautner, Edouard Molinaro, Gérard Oury, Francis Veber et Claude Zidi. Pierre Richard ne joue pas le méchant, le sale type, il est le gentil maladroit, le bon entouré de gens brutaux voire glaçants, qu'il éreinte méthodiquement. Ainsi avec Gérard Depardieu en clown blanc, il a constitué ''un couple […] magique'', qui a triomphé dans une ''trilogie'' de Francis Veber (La Chèvre en 1981, Les Compères en 1983, Les Fugitifs en 1986).

Pendant que Jean-Paul Belmondo s'accroche aux hélicoptères et aux métros en marche, il exécute aussi ses cascades. Comme l'Américain Buster Keaton, il tombe avec souplesse.

Sa propre source d'inspiration

Pierre Richard l'admet : il a été sa propre source d'inspiration. À force, le public a fini par le confondre avec son fameux personnage. ''C'est peut-être pourquoi j'ai toujours douté d'être un comédien. C'était [...] moi, confronté à des situations comiques : distrait, malchanceux, timide, inadapté souvent'', observe l'acteur.

Peu à peu, dans les années 1990, il a brisé la mécanique qui lui réussissait, poursuivant sa carrière au cinéma et sur les planches, sur un autre mode.

Ses fans lui demandent : ''Quand est-ce qu'on vous reverra comme avant ?'' Ils n'ont qu'à aller au théâtre : l'artiste se plaît à évoquer les films burlesques où son nom était en haut de l'affiche – ''un antidote à la vieillesse'', selon lui. Son dernier spectacle solo, Pierre Richard III, écrit avec et mis en scène par Christophe Duthuron, cartonne depuis 2012.

Né avec une cuillère d'argent dans la bouche, élevé dans un pensionnat catholique, éphémère kinésithérapeute, cet ancien cancre ne regrette pas d'avoir suivi sa vocation. ''J'ai passé ma vie en vacances, affirme-t-il. Chaque fois que j'entendais le mot 'moteur' sur un tournage, c'est comme si j'entendais le mot 'récréation.'''

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''Pour moi, la vie est un gros gâteau, avec des tranches de réalité et des tranches de rêve, estime Pierre Richard. Ce sont ces dernières que j'avale avec le plus d'appétit, et ça depuis l'enfance.'' Les spectateurs en ont également profité.

En vidéo sur le même thème : Pour ses 80 ans, Pierre Richard accueille TF1 dans son vignoble 

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