La victoire du 8 mai 1945 et le rôle de l'Armée d'Afrique

Le 8 mai 2015 marque le 70ème anniversaire de la victoire sur le régime nazi à laquelle l’Armée d’Afrique a grandement contribué. Dans son appel du 18 juin 1940, de Gaulle évoquait déjà le recours à cette force : "La France n’est pas seule… Elle a un vaste Empire derrière elle".

En août 1944, les Français sous occupation allemande ont vu déferler dans le Midi les divisions de Tirailleurs, de Zouaves, de Spahis, de Goumiers, de Tabors, de Chasseurs d’Afrique,...entonnant le chant des Africains et parlant arabe. Langue que les officiers avaient apprise dans leur formation et que l’on retrouvait sur les insignes militaires aux symboles musulmans. Le débarquement de Provence venait d’avoir lieu, mon père en faisait parti.

Il faut rappeler qu’auparavant, cette même Armée d’Afrique avait combattu et vaincu l’armée allemande en Tunisie et qu’elle participa au premier débarquement contre les forces de l’Axe en Italie. En effet, fin 1943, au sein du Corps expéditionnaire français (CEF), commandée par le général Juin, elle s’illustra lors de cette campagne d’Italie durant plusieurs batailles comme celles de Monte Cassino et du Belvédère. Elle entrera victorieuse dans Rome.

Dans le même temps, les Goumiers en tenue traditionnelle participèrent en première ligne à la libération de la Corse. Les combattants musulmans aguerris de cette héroïque armée formeront tout naturellement le fer de lance de la future Première Armée française sous les ordres du général de Lattre de Tassigny.

Le débarquement de Provence à partir du 15 août 1944 et la campagne de France et d’Allemagne (1944-1945) furent de très beaux morceaux de bravoure de l’Armée d’Afrique. Elle libère rapidement Toulon, Marseille, Grenoble, Lyon, la Franche-Comté. Elle entre en Alsace après avoir fait la jonction avec les troupes alliées débarquées le 6 juin 1944 en Normandie. Enfin, elle traverse le Rhin et poursuit sa lutte pour la victoire jusqu’au Danube en Autriche.

Les hauts faits d’armes de l’Armée d’Afrique et ses innombrables victoires permirent à son commandant, le général de Lattre de Tassigny, de siéger en compagnie des chefs des Alliés pour obtenir la capitulation de l’armée allemande. Dans son ordre du jour numéro 9 du 9 mai 1945, il écrit à ses soldats : "De toute mon âme, je vous dis ma gratitude. Vous avez droit à la fierté de vous-même comme celles de vos exploits."

Le général de Goislard de Monsabert, libérateur de Marseille avec “ses Africains” de la 3ème DIA écrira lui aussi à ce sujet :“C'est grâce à l'Armée d'Afrique que la France a retrouvé non seulement le chemin de la victoire et la foi en son armée, mais aussi et surtout l'honneur et la Liberté.”*  

Malheureusement alors qu‘en France et dans toute l’Europe les populations célébraient dans l’enthousiasme et dans la joie la liberté retrouvée, les habitants de Sétif et de ses environs en Algérie, sortis pour manifester à cette victoire, subissaient un massacre par mer, air et terre mené par l’armée aidée des milices locales organisées par des colons. Le gouvernement français vient de reconnaître officiellement cette terrible répression en envoyant pour la première fois le secrétaire d’Etat aux anciens combattants se recueillir devant le mémorial érigé en souvenir de cette tragédie. Parmi les milliers de victimes, toutes civiles, se trouvaient de nombreuses familles qui avaient des parents qui combattaient au sein de cette Armée d’Afrique venue au secours de la métropole. Quel triste sort.

En 2006 la création d’une aumônerie militaire musulmane dans les armées françaises, la sortie du film “Indigènes” et l’inauguration à Verdun d’un monument en hommage aux soldats musulmans ont eu pour conséquence entre autres de rafraîchir notre mémoire collective et de nous rappeler le souvenir de ces “oubliés” de l’Histoire et de la glorieuse Armée d’Afrique.

Tout au long de ses 130 années d’existence de 1832 à 1962, que ce soit sous la Monarchie, le Second Empire ou la République et même quand la France paraissait réduite, occupée, humiliée, l’Armée d’Afrique lui est demeurée fidèle. Elle a vaillamment soutenu plusieurs guerres notamment quand la France fut envahie en 1870, en 1914 et en 1940. L’ensemble des guerres auxquelles elle a participé a coûté un million de vies humaines à l’Armée d’Afrique.* Durant toute cette période à travers victoires et désastres, querelles intestines et changements institutionnels en métropole, l’Armée d’Afrique quant à elle est toujours restée la force militaire indéfectible de la France.

Il est important qu’au-delà des anciens combattants, notre nation, liée à l’histoire de cette Armée d’Afrique par le cœur et par les sacrifices qu’elle a consentis pour sa liberté, enseigne et évoque régulièrement le souvenir de celle-ci.

Devant les profanations que l’on déplore parfois des tombes de ces soldats coloniaux, l'inquiétant développement du racisme, la montée de l’antisémitisme et de l’islamophobie, les discriminations et les exclusions de toutes sortes qui envahissent notre société souvent désemparée et devant les troubles internationaux, il est crucial de faire appel à la mémoire et au souvenir de l’Histoire de France.

* L’Armée d’Afrique 1830-1962, direction général R. Huré. éditeur Charles Lavauzelle. Paris 1972.

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