Assurance-vie : avis de gros temps sur les rendements©Getty Images
En chute en 2015, les rendements ont à nouveau reculé en 2016 et ils pourraient s'effondrer en 2017. 

Aubaine pour les emprunteurs, la baisse des taux est une catastrophe pour les épargnants. Cette année, le rendement des fonds en euros ne devrait pas dépasser 1,5/% après avoir chuté sous les 2% en 2016.

Mutavie, filiale d’assurance vie du groupe MACIF, vient d’annoncer des rendements compris entre 1,20% et 1,80%. Sur les contrats Actiplus et Actiplus Option, ce rendement est de 1,8%, contre 2,4% en 2015. Il tombe de 1,8 à 1,2% sur les contrats Livret Vie et Multi Vie. Mutavie justifie cette piètre performance par le niveau des taux qui a pour conséquence de pénaliser les rendements des fonds en euros et de mettre en péril la garantie du capital.

La MACIF n’est pas le seul assureur à annoncer des rendements en baisse. La donne est identique chez AG2R La Mondiale, etc. Les autres assureurs sont peu ou prou tous logés à la même enseigne. Le taux de leurs contrats va accuser une baisse de plusieurs dixièmes de points par rapport à 2015. Selon le cabinet Fact and Figures, la rentabilité des fonds en euros tourne autour de 1,95% en 2016 alors qu’elle se situait à 2,3% un an plus tôt.

La situation ne va pas s'arranger

Et ce n’est pas cette année que la situation va s’arranger. Les professionnels estiment que de nouvelles chutes de rémunération de 0,3 à 0,50% sont prévisibles si les taux ne remontent pas. Le rendement moyen de l’assurance-vie en euros pourrait donc descendre jusqu’à 1,5/1,6% en 2017. C’est 2 fois plus que le Livret A, mais il s’agit d’un rendement brut, dont il faut encore déduire les prélèvements sociaux (15,5%), la fiscalité, etc.

En cas de remontée des taux, un autre péril menace les épargnants : si cette hausse est rapide, elle risque de faire sabrer la valeur des obligations que les compagnies ont mis en portefeuille, ce qui pourrait provoquer des mini-banqueroutes et susciter un mouvement de panique chez les épargnants. Les fonds en euros représentent plus de 80% de l’encours contrats d’assurance. Soit environ 1300 milliards d’euros sur un total de 1600 milliards. Sachant que la majorité de ces fonds sont placés en titres d’état (obligations, etc.), on imagine sans peine l’effet dévastateur que susciterait un retrait d’épargne de grande ampleur.

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Suspendre, de retarder ou de limiter les nouveaux versements

Pour se garder contre cette situation, le gouvernement vient de faire voter la loi Sapin II. Ce dispositif, ratifié par le Conseil constitutionnel en décembre dernier, permet à l’Etat de suspendre, de retarder ou de limiter les nouveaux versements ou les retraits de fonds durant 6 mois en cas de "risques représentant une menace grave et caractérisée" pour la stabilité du système financier. En d’autres termes, l’Etat a la possibilité de transformer les contrats d’assurance vie en souricière. 

Ce n’est pas tout. Les titres que les assureurs acquièrent actuellement pour investir les primes déposées par les épargnants rapportent moins que le rendement servi par les contrats. Pour tenir leur rémunération, les assureurs compensent avec les obligations (plus rémunératrices) acquises dans le passé. Et ils tirent dans leur bas de laine, c’est-à-dire dans les réserves qu'ils ont mis de côté.

C’est une situation dangereuse, affirme le régulateur du secteur qui a incité à plusieurs reprises les assureurs à baisser le rendement de leurs contrats de façon plus significative. Comme ceux-ci traînent les pieds, l’Etat est désormais en droit d'imposer aux assureurs de placer davantage de fonds en réserve grâce à un article de la loi Sapin II.

Si cette mesure est appliquée elle entraînera automatiquement une baisse de la rémunération des contrats d'assurance-vie, ce qui fait craindre aux Cassandres qu’à terme l’Etat pourrait indirectement contrôler indirectement le rendement des fonds en euros comme il le fait déjà avec les livrets d’épargne réglementés.