Sommaire

Planet.fr : Qu'est-il advenu des idéologies alternatives qui, jadis, défendaient un tel monde ? Pourquoi n'ont-elle plus de voix audibles aujourd'hui ?

Frédéric Farah : L'explication, cela ne vous surprendra probablement pas, est multifactorielle.

L'effondrement du système socialiste après la chute du mur de Berlin - et surtout la crise intellectuelle des partis de gauche au terme de l'affrontement Est-Ouest - est l'un des premiers éléments à prendre en compte. En France comme ailleurs, les figures politiques de gauche ont été tout simplement incapables de penser le lendemain. Elles ont fini par accepter le marché, puis par l'accompagner. Certes, avec moins d'entrain que les libéraux ou qu'une certaine droite, mais sans volonté de le contraindre ou de le corriger. Tout juste ont-ils tenté d'atténuer ses pires défauts.

"Avec la disparition du monde syndical, nous avons perdu des savoirs et des savoirs-faire", Frédéric Farah

Les forces qui auraient pu porter ces voix aujourd'hui se sont épuisées. C'est le cas de tout une partie de la démocratie sociale qui n'a pas su se transformer et a donc été balayée. A bien des égards, le monde du syndicalisme a disparu, avec tout ce que cela signifie de perte de savoir et, surtout, de savoir-faire. Nous n'avons plus de contre-mouvements de ce type. Ce qui ne signifie pas qu'il n'en existe aucun : on pourrait citer les écologistes, qu'ils soient décroissants ou collapsologue, ou plusieurs mouvements sociétaux. Mais, hélas, ce n'est pas tout à fait le même combat, pas le même débat. Aujourd'hui, je le crois, les thématiques sociétales - sur lesquelles la gauche cherche à se reconstruire, au moins électoralement - ont remplacé le social, pour l'essentiel.

"Ne plus discuter du sexe des anges mais vulgariser les savoir utiles aux plus vulnérables"

Pourtant, l'intelligence collective existe. Des mouvements comme celui des économistes attérés, qui réunissent des individus brillants, le prouvent bien. Cependant, je constate avec déception que nous n'arrivons pas à trouver de modalités d'incarnation dans une force politique qui puisse proposer une alternative crédible. Certaines de nos discussions les plus techniques, sur le fonctionnement des banques centrales européennes par exemple, sont essentielles mais aux yeux des nons initiés, cela revient fondamentalement à discuter du sexe des anges : ce n'est pas audible. Il faut que nous trouvions le moyen de vulgariser tout ça, de sorte à pouvoir toucher celles et ceux qui ont le plus besoin de ces réflexions aujourd'hui.

"Il m'apparaît difficile de recréer des espérances collectives" - Frédéric Farah

Le manque d'incarnation politique, l'épuisement des partis traditionnels dorénavant convertis au capitalisme, tout cela n'est pas sans engendrer une vraie crise de la gauche. D'autant que, peut-être plus que la droite, ces figures politiques issues des rangs de la gauche ont accompagné le marché. Elles ont, il faut le dire, fait un travail de sape, de réaction et non de défense de nos acquis. C'est tragique : intellectuellement, nous avons toutes les ressources pour penser ce nouveau monde, mais il m'apparaît difficile, dans les conditions actuelles, de recréer des espérances collectives et des motivations globales.

Cet article vous a intéressé ?

Découvrez encore plus d'actualités,
en vous abonnant à la newsletter de Planet.

Votre adresse mail est collectée par Planet.fr pour vous permettre de recevoir nos actualités. En savoir plus.