L'amour peut coûter cher. Preuve en est, les arnaques sur les sites de rencontres se multiplient au point de vous faire perdre jusqu'à 88 000 €. Voici comment les escrocs opèrent.
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En 2017, la plateforme de signalement de contenu illicites Pharos a reçu 153 000 signalements, dont 79 000 pour escroquerie. Parmi elles, on trouve 877 escroqueries aux sentiments et 2 384 chantages à la webcam. Les arnaques existent partout et l’amour n’a jamais fait exception.

En vérité, elles fleurissent même grâce aux multiples sites de rencontres qui existent sur le web. Tout commence généralement là : un individu en mal d’amour rencontre quelqu’un sur l’une de ces plateformes et après avoir appris à se connaître, c’est le début d’une histoire. Méfiez-vous, il n’est pas impossible qu’un voleur se cache derrière ce nouveau partenaire. Dans Le Figaro, François-Xavier Masson, chef de l'Office Central de Lutte contre la Criminalité liée aux Technologies de l'Information et de la Communication (OCLCTIC) revient sur ce qu’a vécu une Hélène*, une quadragénaire qui a noué une relation avec un faux marchand d’art italien.

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Un mode opératoire bien rodé

De plus en plus régulièrement, l’homme lui demande une aide financière. "Les excuses varient : il est hospitalisés ou il a un problème de droit de douane, ce genre de choses", explique le patron de l’OCLTIC. Au final, en quelques mois, la quadragénaire envoie une somme conséquente : pas moins de 9 000 euros, versés par l’intermédiaire de cartes bancaires prépayées. Elle finit par porter plainte en 2015. L’enquête menée par l’Office Central de Lutte contre la Criminalité liée aux Technologies de l’Information et de la Communication emmène les agents jusqu’en Côte d’Ivoire. Là, ils découvrent qu’au total, 27 Françaises et Français ont été floués et ont envoyé au total plus de 88 000 euros. Côté français, les escrocs s’étaient organisés de façon à disposer de "relais" chargés des contacts téléphoniques avec les victimes. Ils devaient aussi monétiser les cartes bancaires prépayées et transférer l’argent vers la Côte d’Ivoire.

François-Xavier Masson est formel : il s’agit d’une "organisation logistique très bien structurée". "C’est leur métier", estime-t-il pour nos confrères du Figaro. Les escrocs ne se limitaient d’ailleurs pas à de seules "arnaques à la romance" puisque plus d’une centaines d’identités ont été usurpées. Le but : acheter des cartes prépayées. Cette fois-ci, le montant total est estimé à trois millions d’euros. En conséquence, cinq individus d’origine ivoirienne et malienne ont été interpellées en région parisienne, au début du mois. Par ailleurs, les enquêteurs ont également saisi 1 300 cartes prépayées mais aussi des téléphones, des cartes vitales ou des passeports. Ils ont aussi trouvé 150 cartes SIM et la trace d’achats en bitcoins pour une valeur totale de 250 000 euros. Le responsable policier indique l’existence d’un "système de blanchiment" permis par des "banquiers occultes en France, des commerçants de cartes prépayées complaisants".

Des victimes qui gardent souvent le silence

Selon le patron de l’OCLCTIC, il s’agit d’une affaire "très emblématique des ‘arnaques à la romance’". Mais le phénomène reste difficile à quantifier, du fait de "l'éclatement des plaintes" sur le territoire et de la vision "très parcellaire" qu’elle implique.

"Souvent, les victimes ne se signalent pas : elles sont toujours enferrées dans l’histoire, y croient toujours ou alors elles ont honte. Le plus souvent, c’est un proche qui appelle", précise François-Xavier Masson. Pour lui, "tous les milieux sont concernés". "Les hommes sont plus souvent victimes de chantage à la webcam après s’être dénudés devant la caméra."

Pour mieux anticiper et lutter contre ce type d’infraction, les autorités travaillent actuellement à la création de Thésée, une nouvelle plateforme de plainte en ligne dont la mise en place est prévue pour la fin de l’année. Cette dernière doit permettre, d’une part, de porter plainte en ligne, sans avoir à se déplacer. D’autre part, il s’agit aussi d’un outil facilitant le recoupement de petites affaires pour les enquêteurs et donc, potentiellement, de déceler de possibles infractions massives.

*Le prénom a été modifié