Marine Le Pen porte plainte contre Madonna… après Ruquier, Mélenchon, Montebourg, etc.Creative Commons
Depuis sa nomination à la  tête du FN, en janvier 2011, Marine Le Pen fréquente autant les plateaux télé que les prétoires. Parvenue à "dédiaboliser" le parti fondé par son père, l'ancienne avocate enchaîne les plaintes contre quiconque viendrait ternir son image.
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Madonna : plainte pour "injures"

Samedi 14 juillet, durant son concert au Stade de France, Madonna diffuse un clip vidéo dans lequel Marine Le Pen apparaît brièvement affublée d'une croix gammée sur le front.

Madonna : plainte pour "injures"© Creative Commons

"Une plainte pour injure avec constitution de partie civile sera déposée la semaine prochaine devant le tribunal de grande instance de Bobigny, dont la juridiction couvre le Stade de France", annonce dès le lendemain Florian Philippot, vice-président du FN.  

Le Front National espère 1 million de dollars de dommages et intérêts. "C'est à la fois une injure très grave à l'encontre de l'intéressée, mais c'est aussi une déclaration de guerre contre une partie de son public car, même s'il se réduit de jour en jour, il comprend des électeurs de Marine Le Pen" a expliqué Florian Philippot ce week-end. 

La star "attendue au tournant"

Quelques semaines auparavant, Marine Le Pen avait mis en garde contre la diffusion de ce clip déjà projeté par Madonna  à Tel-Aviv : si elle "fait ça en France, on l'attendra au tournant".

Le clip en question, illustrant la chanson "Nobody Knows Me", montre le visage de la star mêlé à celui d'autres personnalités comme Benoît XVI ou Hosni Moubarak etc. Marine Le pen apparaît quelques secondes, suivie du visage d'Adolf Hitler.

"C'est une provocation de plus destinée à lutter contre les difficultés qu'elle rencontre avec son public puisque sa tournée s'apparente à un bide retentissant", avait encore répliqué Florian Philippot. 

"Mais cette provocation est inadmissible parce qu'elle a recours à la relativisation de choses très graves. Il est de notre devoir de porter plainte pour prendre la défense de nos électeurs et de nos sympathisants".

Caroline Fourest : plainte pour "diffamation et injures"

Caroline Fourest : plainte pour "diffamation et injures"© Creative CommonsLe parquet a requis jeudi 5 juillet la relaxe "pour pratiquement tous les chefs de poursuites" à l’encontre des auteurs d’une biographie de Marine Le Pen, Caroline Fourest et Fiammetta Venner, jugées pour diffamation et injures au tribunal correctionnel de Paris.

La 17e chambre correctionnelle du tribunal de Paris rendra sa décision le 4 octobre.

Une quinzaine de passages de leur ouvrage, sobrement intitulé "Marine Le Pen", et publié en juin 2011 chez Grasset, avaient été démentis et traînés en justice par le FN.

Les plaignants réclamaient au total 120 000 euros de dommages et intérêts aux deux auteurs.

Ceux-là  se voyaient, entre autres, reprocher d’avoir utilisé d’anciennes interviews de la mère de Marine Le Pen, Pierrette, parues en 1988 dans les revues Globe et Rolling Stone, où elle disait notamment que ses filles avaient été élevées par leur père dans un "antisémitisme primaire".

Parmi les autres passages attaqués, Jean-Claude Martinez décrit Marine Le Pen comme "paresseuse, fainéante, incapable" et Fernand Le Rachinel, ex-financeur du FN, affirme que Jean-Marie "Le Pen devient fou quand il s’agit d’argent".

L’avocat du FN, Me Wallerand de Saint-Just, dénonçait une "absence d’enquête" des deux essayistes qu’il a accusées d'"animosité personnelle", décrivant leur livre comme "un tissu d’inexactitudes".

Le FN essaie "d'autocensurer la presse"

Face à lui, Me Georges Kiejman, l’un des avocats des deux auteurs, a fait valoir "la modération du ton" de ce livre, "un ouvrage de scientifiques", et "le sérieux" de leur enquête.

Cet ouvrage ne pouvant selon lui être attaqué "sur le fond", "la seule manière de le discréditer était de l’attaquer par le biais de la diffamation", et d’essayer de tirer de cette procédure "un profit financier et moral", a-t-il ajouté.

Son confrère, Me Richard Malka, a également souligné qu’en engageant "une avalanche de procédures" en diffamation, les dirigeants du FN essaient d'"auto-censurer la presse".

Au final, le procureur, Alexandre Aubert, a relevé "l’absence de faits précis attentatoires à l’honneur et la considération", tout en accordant aux auteurs "le bénéfice de la bonne foi". Il a requis "la relaxe pour pratiquement tous les chefs de poursuites".

Eva Joly : plainte en diffamation

Eva Joly : plainte en diffamation© Creative CommonsLa cour d'appel de Paris a débouté, samedi 21 avril, la présidente du FN de l'action en diffamation qu'elle avait engagée contre Eva Joly, candidate écologiste durant l'élection présidentielle. Si les juges ont bien considéré que les propos de Mme Joly étaient "diffamatoires", ils lui ont accordé "le bénéfice de la bonne foi".

Le 10 avril 2012, Eva Joly avait déclaré sur RMC-BFMTV que Marine Le Pen était "l'héritière de son père milliardaire par un détournement de succession".  L'ancienne magistrate faisait allusion à l'héritage qu'avait reçu Jean-Marie Le Pen dans les années 1970 d'un de ses amis…

Jugées "irrecevables" en première instance par le tribunal correctionnel de Paris - qui avait estimé que la candidate du FN "n'était pas visée par les propos incriminés" mais que l'attaque était dirigée vers son père -, les poursuites engagées par Marine Le Pen ont été déclarées "recevables" par la cour d'appel. Les juges ont considéré que la présidente du FN était "nommément mise en cause par Eva Joly" et disposait donc d'"un intérêt direct et personnel à agir". 

Ils ont également considéré que les propos de la candidate d'EELV étaient bien "diffamatoires" car ils "mettent en cause la probité personnelle" de Marine Le Pen. Mais ces propos "ont été tenus dans le cadre d'une polémique électorale", ont nuancé les juges d'appel.

Compte tenu "des conditions d'une émission réalisée en direct, de l'absence d'animosité personnelle et des controverses sur la fortune de Jean-Marie Le Pen", la cour a "accordé à Eva Joly le bénéfice de la bonne foi". Mais la cour d'appel n'a pas non plus donné raison à la candidate écologiste qui réclamait 20.000 euros de dommages et intérêts pour procédure abusive.

Etat français : plainte pour "détournement de subventions"

Etat français : plainte pour "détournement de subventions"© Creative CommonsDans un communiqué du 14 avril 2012, le FN indique que Martine Le Pen "prépare avec ses avocats une procédure judiciaire contre l'Etat français qui accorde près d'un demi-million d'euros par an de subventions publiques à une association qui détourne sa raison sociale".

En cause : une vidéo de la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme), diffusée la veille, où l'on voit Marine Le pen en train de démaquiller dans sa salle de bain et prendre le visage de son père. Le texte du message est clair: "Seule la façade a changé, Le Pen reste Le Pen"

"Marine Le Pen exige des différents ministères qui accordent ces subventions des explications sur ce détournement manifeste de subventions publiques. Elle s'étonne de la complaisance avec laquelle le gouvernement UMP de Nicolas Sarkozy laisse une association marquée politiquement et subventionnée par l'argent public s'introduire dans la campagne présidentielle", poursuit le communiqué.

"Le FN n'est pas Républicain"

Alain Jakubowicz, le président de la Licra, assume : "Je ne me cache pas derrière mon petit doigt, j'ai toujours combattu et je combattrai toujours le Front national et ses idées." Pour lui, "le Front national n'est pas un parti républicain, il a été fondé par des miliciens et des collaborateurs, les bases idéologiques restent les mêmes, elles font partie de son ADN". 

Dans un communiqué, la Licra avait aussi répondu que son clip "a été réalisé par des professionnels-citoyens et n'a pas coûté un centime, ni à la Licra, ni à la collectivité".

Arnaud Montebourg : Plainte en diffamation

Arnaud Montebourg : Plainte en diffamation© Creative CommonsLe 29 février dernier, Marine Le Pen annonce qu'elle porte plainte en diffamation contre Arnaud Montebourg (député de Saône-et-Loire à l'époque), pour avoir mis en cause "directement la responsabilité du FN dans l'agression" dont il a été victime la veille avec sa compagne Audrey Pulvar.

Le député et la journaliste ont été pris à partie mardi 28 février par une "quinzaine" d'individus qui ont proféré des injures antisémites à leur encontre.

"Ca témoigne d'un climat de libération d'une parole raciste et à connotation fascisante dans le parti de Mme Le Pen", et "à l'évidence, c'était des militants politiques du Front National puisqu'ils criaient Bleu-Blanc-Rouge! La France aux Français! Le Pen président!", a déclaré Arnaud Montebourg.

Condamnant cette agression, Marine Le Pen a également rétorqué : "lui et ses amis exploitent éhontément l'incident dont il se plaint. Cela dans le but de tenter de contrer la très grande popularité de Marine Le Pen, popularité qui à l'évidence gêne un candidat socialiste terne et transparent", a également réagit le FN.

Pour Marine Le Pen, "en accusant le FN", Arnaud Montebourg et Audrey Pulvar ont effectué une "instrumentalisation politique que je trouve indigne (...) La seule victime de cette affaire, c'est moi", s'est-t-elle plainte. Les agresseurs "ne sont pas affiliés au FN. Ce sont des gens qui sont affiliés à d'autres groupements radicaux, qui ne sont pas du tout, ni de près ni de loin, et qui sont même des adversaires du FN".

Laurent Ruquier : plainte pour "injure"

Laurent Ruquier : plainte pour "injure"© Creative CommonsSamedi 5 novembre 2011, dans son émission "On n'est pas couché", Laurent Ruquier  présente un livre de Jean-Louis Beaucarnot (Le tout-politique) consacré aux origines des politiciens. 

L'animateur parodie, entre autres, l'arbre généalogique de Marine Le Pen, sous la forme d'une croix gammée.

Quelques jours après (le 10 novembre) l'intéressée annonce qu'elle porte plainte.

"Sous couvert d'humour, Laurent Ruquier accuse régulièrement d'antisémitisme Marine Le Pen sans contradiction, puisqu'il a fait le choix de ne pas l'inviter", déclare dans la foulée au JDD.fr Wallerand de Saint-Just, l'avocat de la présidente du FN.

Marine Le Pen sera pourtant bien invitée plus tard sur le plateau de Laurent Ruquier, mais dans le cadre de la campagne présidentielle. 

 

Jean-Luc Mélenchon : plainte pour "injures publiques"

Jean-Luc Mélenchon : plainte pour "injures publiques"© Creative CommonsLundi  8 mars 2011, Wallerand de Saint Just, l’avocat de Marine Le Pen  annonce que sa cliente porte plainte contre Jean-Luc Mélenchon car ce dernier "a été jusqu’à invectiver gravement Marine Le Pen en la traitant de "fasciste". Dans ces conditions, la présidente du Front national a donné instruction à son avocat de déposer plainte contre M. Mélenchon pour injures publiques." 

En cause : le samedi précédent, Jean-Luc Mélenchon avait réagi à certains sondages présentant Marine Le Pen en tête du premier tour des élections présidentielles, en déclarant (selon l’AFP) à une journaliste qui lui demandait s’il croyait possible une victoire de la responsable frontiste : "Pourquoi voulez-vous que le peuple français soit le seul peuple qui ait envie d'avoir un fasciste à sa tête, pourquoi ils seraient comme ça les Français ?"

"Les tribunaux ne sont pas à son service"

Mis en examen en juin dernier, le co-président du Parti de Gauche a justifié l'emploi du terme utilisé :  "C'est très typique de l'attitude du Front national qui ne cesse de dénoncer les syndicats comme corrompus, comme vendus au patronat. Deuxièmement, c'est une vision de l'organisation de la société par corporation. Voilà ce qu'est le fascisme historiquement".

(…) J'estime donc que personne n'a à se sentir injurié dès lors qu'il est l'objet d'une caractérisation. Je pense que la madame a dû venir jusqu'ici dans un moment d'emportement mal maîtrisé et qu'elle va bientôt découvrir que les tribunaux ne sont pas à son service pour éliminer ses adversaires".

Cortex : plainte pour "injures et menaces de mort"

Cortex : plainte pour "injures et menaces de mort"© Creative CommonsMercredi 17 mars 2010, Marine Le Pen, alors vice-présidente du FN annonce son intention de saisir le procureur de la République à Paris après la diffusion sur Internet de deux vidéos du rappeur Cortex.  

Dans une première vidéo de quatre minutes, l’homme, "au milieu d’un tombereau d’injures, va jusqu’à menacer Marine Le Pen de lui faire subir 'une tournante' ", s’insurge le FN.

Dans une seconde vidéo d’un peu plus de deux minutes, "il se présente un couteau de boucher à la main en assumant les menaces de mort qu’il profère, indiquant qu’il compte nous égorger. Il mime d’ailleurs l’acte d’égorgement", précise un second communiqué du parti.

"Je suis un jeune de quartier et moi aussi je me sens menacé quand on attaque la banlieue", a rétorqué Cortex dans un communiqué à l'AFP. 

Marine Le Pen s’est, de son côté, affirmée "imperméable à ce type d’intimidation qui, au contraire, renforce sa détermination à défendre les Français". "Ces gens-là ne peuvent pas tout se permettre, a-t-elle prévenu, interrogée par l’AFP. Les injures, bon! Mais la menace de "tournante", je trouve cela infâme. Au delà de moi-même, je défends toutes les femmes françaises qui sont victimes d’actes infâmes et abjects." 

Condamnation

Près d'un an et demie plus tard, mardi 5 juillet 2011, le rappeur Sébastien Gozlin, alias Cortex, son nom de scène, a été condamné à verser 500 euros d'amende et 1 000 euros de dommages et intérêts, par le tribunal correctionnel de Paris, pour avoir menacé "d'égorger" Marine Le Pen, dans une vidéo diffusée sur le Web en mars. Dans la vidéo en question, Cortex ne rappait pas mais parlait à la caméra et insultait Marine Le Pen, alors vice-présidente du FN, la menaçant notamment de se faire "baiser dans des tournantes".

En guise de défense, Sébastien Gozlin s'est décrit comme "un artiste" et a justifié ses propos devant le tribunal : "Elle fait de la provoc, je fais de la provoc, en même temps ça fait de la pub". Face à lui, Me Gilbert Collard, avocat de Marine Le Pen l'a interpellé : "Vous avez voulu, en vous servant de Marine Le Pen, vous faire de la pub. C'est facile. Vous portez préjudice à l'image de ces jeunes des banlieues qui sont polis, qui travaillent et n'insultent pas les femmes."