Vous avez été des milliers à nous apporter vos témoignages de Mai 68. Nous avons sélectionné les 20 meilleures anecdotes, parmi lesquelles la première dont l'auteur remporte un livre "Mai 68, la révolte en images" !
Mai 68 : vos 20 meilleures anecdotes

En mai 68, j'ai participé, avec mon unité de gendarmerie (escadron du Sud-Ouest), à la reconduite à la frontière ( allemande) de M. "Dany le rouge" et à la "libération" de la Sorbonne.Sur la photo n° 5 de votre rétrospective, vous découvrez en premier plan un jeune gendarme, en barrage avec son escadron du Sud-Ouest. C'est moi.

Au cours d'un défilé dans les rues d'Aix-en-Provence, j'ai crié "libérez Babar !" et 15 000 personnes ont repris en choeur pendant 500 m ! Je ne savais plus où me mettre, j'en ris encore 40 ans après !

Juste une anecdote concernant Mai 68 : mi-juin, j'ai reçu un colis contenant une biographie du Che, du beurre mayennais, de l'andouille de Vire, du chocolat... Je vous laisse imaginer l'état des objets après un mois et demi de stationnement sur un quai de gare entre Laval et Belfort ! Seul le Che s'en est sorti, mais une odeur particulière, indéfinissable, ne l'a jamais quitté...

C'était début mai 1968 : lje me souviens de la chute de mon père dans l'escalier de l'immeuble, après une petite discussion avec ma mère. Mon père lui avait dit : "S'il faut faire la révolution, on descendra dans la rue !".Et ma mère de lui répondre : "En attendant, descends la poubelle..."Mon père a raté une marche et s'est cassé les côtes. La révolution s'est terminée par un repos forcé !

Dès la 2e semaine de mai 68, nous étions sous les drapeaux, à Toul, et quelques bruits de couloir nous faisaient comprendre la possibilité d'un ordre de mobilisation pour aller aider les forces de l'ordre sur Paris.Avec quelques amis militaires, nous avions mis au point une stratégie de refus et surtout d'insubordination : on prévoyait de s'emparer de nos véhicules de transport pour aller rejoindre la capitale et les "camarades" en grève, et se mettre à leur disposition... Quelquefois, je pense à cette journée mémorable, où peut-être nous aurions fait "boule de neige" et, pourquoi pas, démarré une vraie"révolution" grâce au contingent... L'ordre n'a jamais été donné...

Le 10 mai je n'ai pu aller à un dîner à la Tour d'Argent à cause des embouteillages.Le 13, je suis allé à un bal costumé au château de Pontchartrain donné pour la sortie du film "Le Bal des vampires", et c'est déguisé en Dracula que j'ai ramené à cinq heures du matin une amie qui habitait place Beauvau, devant des policiers étonnés !A la maison, le manque d'essence nous a privé de golf.Le reste est sans importance.

Un jour de mai 68, je revenais de Paris en voiture quand, sur la colline de La Celle-Saint-Cloud, sur une route de campagne (c'était encore ainsi à cette époque, avec du bocage), au détour d'une courbe, j'ai vu une femme assez âgée, aux cheveux blancs, en tenue de fermière, avec des bottes crottées, tenant un drapeau rouge dans chaque main, les bras en croix au milieu du chemin, m'interdisant d'aller plud loin...Je me suis arrêté, interloqué, car je trouvais que cette dame était un peu âgée pour faire la révolution, et que le lieu était curieux pour un barrage... Je m'apprêtais à sortir de mon véhicule pour aller lui demander calmement le passage, mais je suis resté la bouche ouverte, comme un idiot, car j'ai vu s'engager sur la route... une jolie vache laitière, puis une deuxième, puis tout un troupeau, me regardant au passage et entrant tranquillement dans le pré de l'autre côté de la route !La dame m'a fait un grand sourire et a suivi ses vaches, fermant la clôture derrière elle. C'est la seule manif que j'ai précieusement gardé dans ma mémoire !

Nous nous battions pour ne pas devenir ce que nous sommes devenus

Aujourd'hui, peut-être que j'irai en prison pour avoir dit ça (en Chine, c'est sûr !), mais je me souviens qu'en mai 68 il faisait beau, j'avais 17 ans, j'étais amoureuse et je défilais dans les rues de Limoges avec ma meilleure amie en criant ce slogan : "CRS SS" !L'anecdote, c'est que son père était CRS...

Début Mai 68, alors que je rentrais d'une manifestation à Martigues après avoir crié "Pompidou des sous", une surprise m'attendait au domicile parental. Ma mère me tendit... ma feuille de route pour le service militaire ! (...) Finis les cheveux longs et les manifs ! Je montais la garde, avec une mitraillette sans munitions. Ma mission : empêcher de laisser rentrer les grévistes dans le centre... Heureusement, personne n'a tenté de pénétrer dans l'enceinte militaire. Je n'aurais empêché personne de rentrer ni opposé aucune résistance !

Ce qui m'est resté de manière très nette de cette période de Mai 68, c'est la prise de conscience que le peuple pouvait s'exprimer autrement que par la voix du général de Gaulle en noir et blanc à la télé et que les dirigeants n'avaient pas forcément raison. C'est aussi la découverte que mes parents étaient vraiment des ringards...

J'étais secrétaire dans une agence immobilière à Vincennes et j'habitai Champigny. Mon patron et les deux négociateurs se relayaient pour venir me chercher et me ramener, l'un d'eux était célibataire (40 ans), moi aussi (27 ans). Finalement, c'est lui qui se dévouait le plus souvent, nous avons eu de longues conversations en dehors du travail, nous nous sommes aperçus que nous avions beaucoup de points communs, notre amour s'est concrétisé au mois de juin 68, et nous ne sommes plus quittés : mariage en 70, 4 filles... Notre union a duré pendant 39 ans, jusqu'à son décès en août dernierLes événements ont facilité le déclenchement de notre histoire. Merci aux étudiants.

Je me souviens des affrontements dans une rue de Toulouse, les CRS d'un côté, les étudiants de l'autre... J'avais 25 ans.

Mais je n'ai aucune envie de cette pseudo commémoration nostalgique ! Aucune envie d'entendre ou de lire ces anciens combattants qui, soit-disant parce qu'ils ont jeté un ou deux pavés, veulent nous faire croire qu'ils étaient le Che...

Pourquoi vous faites-vous complices de ces m'as-tu-vu qui paradent tels des paons devant une jeunesse actuelle qu'ils ont si égoïstement abandonnée ? Eux, ces repus de l'aisance qui n'ont eu que la chance d'être jeunes au meilleur moment des Trente Glorieuses...

J'étais sur la place du Lion de Denfert-Rochereau, à Paris.Je faisais la circulation en pleine manif : j'ai arrêté un camion militaire, j'ai cru qu'il ne s'arrêterait pas. Il s'est arrêté, j'étais médusé : un jeune étudiant qui arrête un camion de l'armée !

J'avais 18 ans et j'avais commencé à travailler à 15 ans aux archives d'une assurance qui a disparue depuis. Les étudiants, c'était un autre monde.Il n'y avait plus de transport en commun et nous faisions du stop pour aller à Montmartre où des gens jouaient de la guitare sur les marches...C'est là que j'ai rencontré pour la première fois une fille qui avait un badge "Faites l'amour, pas la guerre", et qui m'a embrassé sur la bouche.C'était bien, ce Mai 68 là !

En pleine grève, je roulais avec une Dauphine, un chiffon rouge à l'antenne. Nous gardions notre usine. Nous manifestions à Reims. En face, il y avait des contre-manifestations organisées par l'UNR. J'ai pris mon premier coup de matraque, lors d'une manif place de la République, à Reims. On voit plein de couleurs.

Au cours d'une manifestation dans une petite ville de province, j'ai vu une lavandière âgée qui avait quitté son travail (elle lavait le linge d'un "notable" à la rivière). Elle regardait passer les manifestants et en passant près d'elle, j'ai lu dans ses yeux l'espoir d'une vie enfin meilleure. Je n'ai jamais oublié ce regard.

Cela n'a rien à voir avec la politique, mais mon mari et moi nous nous sommes mariés le 07 mai 1968, alors que la France entière disait NON, nous, nous avons dit OUI !!

J'étais gréviste (avec un salaire de 1 000 F/mois), l'ingénieur qui me dirigeait ne l'était pas (son salaire : 10 000 F/mois). Après l'application des accords de Grenelle, j'ai gagné 1.130 F/mois, l'ingénieur 11 300 F/mois. L'augmentation a été de 1 300 F/mois pour l'ingénieur, donc supérieure à la totalité de mon salaire mensuel (Société Ascinter-Otis). Sans commentaire.

J'étais alors étudiante en journalisme à Strasbourg et nous manifestions devant le palais universitaire. Des policiers strasbourgeois formaient une ligne destinée à nous empêcher de passer. Nous essayions de les convaincre de la justesse de notre action, calmement, en discutant avec eux, quand nous avons entendu d'énormes bruits de pas derrière nous : les CRS chargeaient ! En une fraction de seconde, le commandant des policiers alsaciens, un homme d'âge mur qui aurait pu être mon père, a décidé de briser sa ligne et de nous faire passer derrière ses hommes. Les forces de l'ordre se sont donc retrouvées face-à-face, les policiers locaux devenant... nos protecteurs. Et alors qu'il nous couvrait (ce qui a certainement dû lui coûter cher !) j'ai entendu notre ange gardien marmonner : "Mais qu'est-ce qu'ils foutent, ce ne sont que des gosses de l'âge des nôtres ! On ne va pas les massacrer !"

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