Ancien chef économiste au FMI, Olivier Blanchard estime que l'euro pourrait se désagréger, constat que partage d'ailleurs le ministre de l'économie. Dans un tel scénario, le risque que les choses tournent très mal est très élevé. Vous pourriez y perdre beaucoup...
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L’euro va-t-il mourir ? Le risque qui pèse sur la construction européenne

Le projet européen est-il menacé ? Lui, pas forcément, mais l’euro oui ! C’est en tout cas l’avis d’Olivier Blanchard, un ancien chef économiste reconnu du Fond Monétaire International (FMI). "Il est possible que dans les années à venir, un Etat estime que son salut est hors de la monnaie unique. La transition vers la sortie lui serait très coûteuse. Mais dans le pire des cas, l’UE survivrait à l’euro. Après tout, elle existait avant lui", indique-t-il dans un entretien accordé au Monde.

Et il n'est pas le seul à le penser : Bruno Le Maire, ministre de l'économie, est lui aussi très alarmiste. "Il y a ceux qui considèrent comme moi que l'euro est désormais menacé. Il n'a jamais été aussi menacé", a-t-il déploré à l'occasion d'une rencontre avec des journalistes de la presse diplomatique, précise Le Figaro. Il s'est également inquiété d'un "risque de surévaluation des actifs et de retour d'une crise financière"...

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"Le risque d’une sortie de l’euro est réel, mais pas imminent", explique Nicolas Goetzmann, macro-économiste et auteur d’un rapport sur la politique monétaire européenne. Selon lui, le risque est plus politique qu’économique. "Tant que l’économie européenne dysfonctionnera, ce qu’elle fait depuis 2008, le risque d’une mort de l’euro est possible. Il est lié à l’écrasement de la demande intérieure en Europe, laquelle a des conséquences politiques claires : la montée des populismes", souligne-t-il. Il pointe également du doigt les fortes disparités qui existent entre les Etats membres de la zone euro. "Certains Etats, comme l’Allemagne, sont excédentaires. D’autres, comme la France, sont au contraire déficitaires. Cette situation fait peser un risque sur l’unité politique de la zone euro", juge-t-il.

"Je n’imagine pas la mort de l’euro", commente pour sa part Philippe Crevel, économiste et directeur du Cercle de l’Épargne. "Bien sûr, je suis conscient des risques qui pèsent sur l’euro. Le prix Nobel Joseph Stiglitz et Olivier Blanchard les ont déjà soulignés par le passé. Toutefois, on ne peut pas souhaiter la fin de la monnaie unique en Europe… Fort heureusement, les 16 pays de la zone euro savent que cela coûterait extrêmement cher. Il n’y aurait aucun gagnant à ce jeu-là", poursuit-il.

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La mort de l’euro : une situation apocalyptique pour les contribuables ?

Selon lui, l’éclatement de la zone euro auraient des conséquences catastrophiques. "Nous ne savons pas déconstruire une monnaie. Une sortie de l’euro, ou son explosion, engendrerait une période très trouble. Pour le contribuable Français, la situation serait désastreuse", souligne Philippe Crevel. "L’épargne serait bloquée, les retraits d’argent contrôlés et limités pour éviter une fuite massive des capitaux… La situation de la Grèce fait office d’avant-goût. Mais ici, le problème serait autrement plus grave", détaille le directeur du Cercle de l’Epargne. Il mentionne également le risque de dévaluation. "La nouvelle monnaie française serait mécaniquement dévaluée de 30 à 40% par rapport à l’euro. Pour les Français, cela implique nécessairement une baisse du pouvoir d’achat puisqu’on entrerait dans une crise de l’importation. Cela soulève également le problème de la dette et de la crise du change : soit elle reste évaluée en euro et elle est impayable, soit elle est évaluée dans la nouvelle monnaie et on met le créancier en faillite… Ce qui nous ramène à une situation de blocage de l’épargne."

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"Tout dépend de comment cela se fait", tempère Nicolas Goetzmann. "Selon la façon dont une sortie de l’euro se fait, la situation sera plus ou moins risquée. Telle que prévue par un parti comme le FN, avec des mesures insensées, c’est l’assurance d’affoler les marchés et d’engendrer une crise systémique", décrit-il. En cas de problème sur la dette, ce sont les banques françaises qui se retrouveront dans le rouge… Avec toutes les conséquences qu’on sait sur l’argent des contribuables. "Cependant, si cela se fait après une concertation des pays de la zone euro, en suivant une stratégie crédible, les risques seront moins importants. Cela sera certainement douloureux dans un premier temps, mais une fois passées les incertitudes la situation pourrait s’améliorer. Pour autant, je doute que cela soit la meilleure solution : la zone euro ne fonctionne pas bien aujourd’hui, certes, mais il serait probablement plus efficace de pousser une banque centrale à ne pas faire d’erreur dans sa politique économique plutôt que 16." A ses yeux, il y a davantage à gagner à transformer la zone euro de l’intérieur. "Cela sous-entend de prendre en compte un objectif de plein-emploi à échelle européenne. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Il faut aussi relancer la demande intérieure. Depuis l’intervention de Mario Draghi, le président de la Banque Centrale Européenne (BCE), la situation s’est améliorée, mais c’est encore insuffisant", continue le macro-économiste. Modifier la politique monétaire pourrait constituer une alternative.

L’euro va-t-il mourir ? Pourquoi la France pourrait le réformer

Est-ce à dire que la zone euro ne souffre d’aucun problème structurel, que la France n’aurait rien à gagner à une sortie de la monnaie unique ? Pour Philippe Crevel la réponse est claire. "Je ne vois pas de réel avantage à sortir de la zone euro ou à souhaiter son explosion. Je ne crois pas à une sortie négociée, ni à la mise en place d’un euro du sud, d’un euro du nord, de l’est ou de l’ouest avec des taux différents. Dans ce genre de composition, il y aurait nécessairement un maillon faible, que les marchés attaqueraient sans relâche jusqu’à ce qu’il soit déclassé et ainsi de suite. On en revient à la crise de change", assène-t-il. "La France ne redeviendrait pas maître de sa politique monétaire, au contraire."

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"Étonnamment, peut-être, c’est sans doute la France qui aurait le plus à gagner d’une sortie de la zone euro", juge pour sa part Nicolas Goetzmann. "Compte tenu du fort différentiel démographique en sa faveur, de son potentiel économique qui reste fort et des ralentissements de son économie provoqués par la politique macroéconomique européenne, c’est elle qui pourrait en bénéficier le plus. En théorie, cela devrait faire d’elle le candidat idéal pour transformer la zone euro sans la supprimer : elle dispose du plus fort levier de pression politique", explique-t-il. Pour autant, une telle transformation ne semble pas au programme. "Jusqu’à présent, nous n’en avons rien fait. Les objectifs affichés par le président de la République ne sont pas très ambitieux et pourtant il n’a rien obtenu…"

En l’état, pourtant, la zone euro regorge de défauts. "L’ambition originelle de la construction européenne, c’était la convergence de nos économies. Or, aujourd’hui, on assiste clairement à une divergence des économies européennes. On a creusé les inégalités dans les pays et entre les pays", précise Nicolas Goetzmann. "N’oublions pas non plus qu’au sein de la zone euro, tous les pays n’ont pas le même intérêt. La France a besoin d’une croissance plus forte que celle de l’Allemagne. De son côté, du fait de sa population vieillissante, l’Allemagne a besoin de davantage de main d’oeuvre. C’est l’une des raisons pour lesquelles Angela Merkel a souhaité accueillir une partie des victimes de la crise migratoire."